On vous livrait la semaine dernière une édition printanière de notre top 15 des espoirs les plus importants du CH.
Nouvelle année, autre top 15 très convaincant, malgré les graduations de Slafkovsky et Hutson, témoignant une fois de plus d'une reconstruction bien pensée.
C'est bien sûr une excellente chose de bien penser sa reconstruction et de bien continuer le travail qui avait déjà été entamé par les prédécesseurs.
Mais aujourd'hui j'ai envie de penser un peu plus comme Martin St-Louis et dire qu'au final, le mérite revient d'abord et avant tout aux joueurs.
La raison première pour laquelle la plus jeune équipe de la LNH a réussi sa reconstruction au point de se retrouver déjà parmi les meilleurs clubs dans l'Est, pour ne pas dire de toute la LNH, est la suivante : ses principaux jeunes joueurs ont (presque) tous rempli ou surpassé les attentes.
C'est aussi simple que ça.
Les dirigeants ont beau prendre un paquet de bonnes décisions, ne pas couper les coins ronds, ne pas prendre de raccourcis, embaucher le meilleur personnel, mettre en place le meilleur environnement et instaurer la meilleure culture possible, si les joueurs sur lesquels ils décident de miser font choux blanc, la maison va s'écrouler.
En retraçant d'anciens articles que j'ai écrits sur ce site, revenons sur les attentes et le chemin parcouru par ces espoirs de jadis et d'aujourd'hui qui satisfont pleinement leurs patrons.
À commencer par ce quintette de feu : Suzuki, Caufield, Slafkovsky, Hutson et Demidov.
Nick Suzuki
On a souvent rapporté que Cody Glass était le joueur visé par Marc Bergevin lors de l'échange de Max Pacioretty à Vegas. Les Knights ont dit non et Marc Bergevin a alors demandé à Trevor Timmins si Nick Suzuki pourrait faire l'affaire et ce dernier a acquiescé.
Ainsi, après avoir réussi son entrée lors de ses premières saisons avec l'équipe, voici ce qu'on disait de Nick Suzuki lorsqu'on l'a gradué de notre classement des espoirs du CH à l'été 2022:
Si Martin St-Louis est capable de l'aider à chasser les longues périodes où il se contente juste d'être seulement « correct », Suzuki pourrait s'immiscer dans la conversion des 15-20 meilleurs centres de la LNH au zénith de sa carrière. Un des 10 meilleurs? Pas impossible, mais il lui faudrait prendre une grosse coche au plan défensif tout en continuant sa progression offensive.
Comme pour ses comparables [Bergeron, Krejci, Lindholm et O'Reilly) il lui faudra aussi deux bons ailiers pour qu'il puisse s'épanouir pleinement, car son talent individuel et ses capacités physiques ne sont pas du même niveau que la crème de la crème (McDavid, MacKinnon, etc.). Caufield peut certainement être un de ces deux-là, et Juraj Slafkovsky pourrait bientôt être l'autre.
Au moment d'écrire ces lignes, Suzuki venait de connaître une deuxième saison de suite de 60-61 points (au prorata). On anticipait alors, au « zénith de sa carrière », un excellent leader et joueur sur 200 pieds et des saisons avoisinant le point par match dans des conditions optimales.
En 2026, il est le leader incontesté du club, joueur de 100 points et aspirant ou gagnant du Trophée Selke pour encore plusieurs saisons à venir. L'Ontarien n'est donc pas devenu un tout autre joueur que ce qu'on anticipait, mais il a quand même surpassé nos attentes.
Et, comme anticipé, c'est Caufield et Slafkovsky qui l'ont grandement aidé à s'épanouir pleinement.
Tournons-nous donc vers eux.
Malgré sa petite taille, on a toujours cru que Caufield allait continuer à marquer beaucoup de buts dans la LNH après son passage dans la NCAA:
Voici ce qu'on écrivait en pleine pandémie, en mai 2021, quelques semaines après qu'il eut donné ses premiers coups de patins avec le CH, alors qu'on l'avait tout juste fait passer devant Suzuki dans notre classement parce qu'on le trouvait un peu plus spécial et dynamique :
[…]personne ne serait surpris si Caufield devenait le meilleur buteur du CH dans un très proche avenir. Un marqueur annuel de 40 buts, voire davantage un jour? Loin d'être impossible pour celui qui en a marqué quatre à ses 10 premiers matchs dans la LNH, une saison projetée de 32 buts au prorata.
[…] malgré son modeste gabarit à comparer à celui du Tsar [Ovechkin], Caufield a suffisamment d'outils et de talent pour devenir un des meilleurs buteurs de sa génération en compagnie des Austin Matthews et Patrik Laine.
À 25 ans, Caufield est aujourd'hui au sommet de son art et on peut penser qu'il pourrait connaître quelques saisons de 50 buts et plus.
Six de suite comme Guy Lafleur entre 1975 et 1980?
Peut-être pas.
Mais il pourrait supplanter les deux campagnes de 50 buts de Stéphane Richer.
HE DOESN'T STOP SCORING 🤯
COLE CAUFIELD HAS 49 GOALS. pic.twitter.com/ZILvcpZFpH
— TSN (@TSN_Sports) April 3, 2026
Juraj Slafkovsky
Celui qui écrit ces lignes est un croyant de la première heure du talent de Juraj Slafkovsky. Extraits d'un texte qui précédait le repêchage dans lequel je le préférais à Shane Wright :
Slafkovsky est dans le moule des attaquants de puissance « nouveau genre » : gros, fort, agile et talentueux. Comme d'autres l'ont dit, il se veut un mélange de Svechnikov (2e en 2018), Nichushkin (10e en 2013) et Rantanen (10e en 2015). Il semble avoir la touche de marqueur, le tir et les mains souples du premier, la force brute du deuxième, et la créativité du troisième. Ce n'est donc pas un style plus traditionnel « meat and potatoes » comme Brady Tkachuk.
[…]
Comme d'autres l'ont dit, ça rassemble beaucoup à Svechnikov, mais en plus gros et plus fort. À ce compte, je dirais que ça peut aussi faire penser à Hossa et Jagr. Pas exactement un style qui passe inaperçu aux yeux des recruteurs!
[…]
Mais si jamais il le repêche, ça voudra dire que le Slovaque a fait l'objet d'un très, très fort consensus au sein de l'organisation comme étant le meilleur joueur du repêchage, toutes positions confondues.
[…]
Ça impliquerait aussi qu'on a pris la décision de donner à Suzuki un autre ailier de premier plan qui, théoriquement, pourrait compléter à merveille le duo qu'il forme avec Caufield.
[…]
Slafkovsky pourrait permettre aux deux copains d'exploser et donnerait au CH un VRAI premier trio. Imaginez seulement comment il allègerait la tâche de ses partenaires qui ont besoin de temps et d'espace pour être efficaces…
[…] en plus de ses vigoureux replis défensifs, son habileté à transporter la rondelle en zone centrale et à réussir des entrées de zones avec aisance est un autre élément qui ne doit pas passer inaperçu aux yeux du Tricolore.
[…]
Quitte à me répéter, personnellement, si on oublie un peu les comparables plus récents, et sans dire qu'il est un slam dunk pour le Temple de la renommée, je pense qu'on peut même voir certaines similitudes avec Hossa et Jagr.Ça peut sembler gros, je sais, mais le jeune Slovaque possède tous les attributs pour devenir un des bons ailiers de puissance de sa génération et possiblement devenir une « supervedette »
[…]
Déjà menaçant, voire dominant contre des adultes et des professionnels aguerris sur une scène internationale assez relevée, il n'est logiquement pas très difficile d'avancer qu'il devrait être très bon dans la LNH dans cinq ans. En demeurant en santé et en évitant les blessures, s'il n'est pas le meilleur de la cuvée, il ne devrait vraiment pas être loin…
[…]
Comme la plupart des ailiers complets et dominants, pensons encore à nos comparatifs, Slafkovsky, avec sa capacité à monter la rondelle, tirer, créer des jeux, aller dans le trafic et une volonté d'être le game breaker, joue un peu comme un « joueur de centre ».
[…]
Présentement, n'en déplaise au jeune Ontarien [Wright] et son affirmation – qui sonnait pas mal apprise par cœur – selon laquelle il est « le meilleur et qu'il mérite d'être repêché premier », le top dog c'est Slafkovsky. En ce moment, avec ce qu'on a vu de lui cette saison, Wright serait incapable de dominer parmi des hommes comme le fait Slafkovsky.Et, si j'avais à parier, c'est encore Slafkovsky qui selon moi sera le meilleur des deux dans cinq ans.
Enough said!
Même pas quatre ans après son repêchage, Slafkovsky a exactement rempli toutes les promesses et a permis à Caufield et Suzuki d'atteindre des sommets personnels presque inespérés.
Et les « porteux » de chandails de Shane Wright sont disparus…
Lane Hutson
On a toujours cru que Hutson avait ce qu'il fallait pour rapidement devenir une vedette dans la LNH. Quelques semaines après avoir été repêché au 62e rang, il a fait son entrée au 4e rang de notre classement à l'été 2022 :
Hutson est le joueur qui se mérite jusqu'ici la plus haute note de notre palmarès en fait de potentiel. Et c'est aussi le premier à qui on accordera du véritable « star power » ; lorsque le fruit sera mûr, Lane Hutson pourrait devenir une vedette quasi instantanée dans la LNH.
[…]
En plus de posséder ce que plusieurs considéraient être le meilleur QI hockey du dernier repêchage, Hutson possède une vitesse de pieds et de mains ainsi que des feintes à faire rêver. On dirait qu'il est coincé et qu'il va perdre la rondelle, mais non! Il active tous les mécanismes de son corps et de son cerveau et se sort d'impasse!
[…]
La plus belle assurance que Hutson capitalise sur son potentiel vient probablement de son propre caractère qui s'illustre plutôt bien avec la citation suivante provenant de la bouche même du cheval :« It's all about how you play the game, not how big you are. When you get on the ice, everyone's the same size. ».
Telle est la mentalité de Hutson, une mentalité qui semble transcender dans son jeu.
Voilà. Même pas trois ans après sa sélection, Hutson était déjà une supervedette avec un Calder en poche.
Et, évidemment, il est encore meilleur cette saison.
Le repêchage de 2024 est sans doute celui que j'ai le plus analysé en amont et à mes yeux, Ivan Demidov était le seul qui avait une chance de rivaliser avec Macklin Celebrini en cours de carrière :
Au niveau du talent brut, il se peut fort bien que Demidov (Demi-dieu?) soit devant Celebrini. Il n'est peut-être pas un patineur aussi rapide en ligne droite et son tir semble un peu moins bon, mais il possède de meilleures mains, une créativité supérieure et une mobilité latérale inégalée. On remarque aussi son équilibre incroyable sur patin. Très engagé et dynamique, il semble propulsé par un moteur infatigable, toujours en train d'attaquer l'espace disponible avec avidité.
Je serai bref ici, mais après avoir vu la deuxième saison de Celebrini dans la LNH, on a déjà tous hâte de voir celle de Demidov, n'est-ce pas?
DEMIDOV WE ARE NOT WORTHY pic.twitter.com/2ekQPhYk3o
— Spittin' Chiclets (@spittinchiclets) October 23, 2025
Il ne gagnera peut-être pas le Calder, mais il semble déjà nous montrer un autre niveau de jeu en cette fin de saison alors qu'il devient le boss incontesté du deuxième trio.
Alex Newhook
Oui, oui, Newhook s'est brièvement retrouvé dans notre classement en 2023, tout de suite après son acquisition par le Tricolore. Voici ce qu'on pensait alors :
Ainsi, on a déjà vu le « plancher » de Newhook dans la LNH [au Colorado], soit celui d'un centre de troisième trio capable d'une trentaine de points. Il y a des Lars Eller de ce monde qui ont connu des assez belles carrières avec ça. Ironiquement, c'est ce même Eller rendu sur le déclin qui est venu un peu prendre la place de Newhook en fin de saison avec l'Avalanche l'an dernier, sans grand succès…
Ne reste plus donc qu'à espérer voir la pleine hauteur du « plafond » du nouveau #15, que l'on peut encore estimer dans les eaux de 60 points par saison. Pour cela, on lui suggère de devenir un joueur important en avantage numérique où le CH se cherche toujours un joueur dominant pour transporter la rondelle, ainsi que dans le fameux rôle de « bumper »[…].
Bon, Newhook devra continuer à se contenter des miettes restantes sur la deuxième unité du jeu de puissance. Mais il évolue présentement sur un deuxième trio efficace et sans sa blessure à la cheville, il voguerait vers une saison de 53 points, une deuxième saison de 50 points au prorata à Montréal.
Il devra cependant éviter les blessures s'il veut conserver un tel rôle à Montréal car la compétition sera très forte très bientôt sur le deuxième trio…
N'empêche, Newhook semble un bon coup pour Hughes et Gorton en retour des choix 31 et 37 en 2023. Un très bon joueur rapide, consciencieux de milieu d'alignement qui peut dépanner « plus haut » au besoin. On aime aussi qu'il ait grandement amélioré son tir cette saison.
Et Kirby Dach, lui?
Parlant de blessures…
Après nous avoir donné l'espoir qu'il pourrait rivaliser avec Suzuki pour le poste de premier centre pendant quelques mois en 2022-2023, le Kirby Dach en santé qu'on a pu voir ici et là depuis son arrivée à Montréal est, au final, pas mal le joueur qu'on anticipait en 2022, alors qu'il n'avait que 152 matchs au compteur dans la LNH:
Il faut ensuite lire ce qu'anticipe l'organisation à la lumière du contrat de quatre ans qu'il vient de signer.
Et à quoi peut ressembler cette contribution générale anticipée de la part de l'organisation?
Pour l'instant, elle semble voir en Dach un jeune pivot de troisième trio qui peut aspirer au poste de deuxième centre lors des quatre prochaines saisons, tout en produisant de 35 à 55 points. Mais pour demeurer au centre Dach devra s'améliorer au cercle des mises en jeu, sans quoi un transfert à l'aile n'est certainement pas à écarter.
Peut-être qu'un tel transfert pourrait faciliter un certain déblocage offensif dans son cas.
À suivre…
Dach a aussi essentiellement joué à l'aile cette saison, tantôt sur un deuxième, tantôt sur un troisième trio.
Il est bien sûr facile et tentant d'abandonner dans son cas après une autre saison ponctuée de blessures relativement importantes au pied puis à l'épaule.
On verra si les dirigeants voudront encore miser sur lui en lui offrant un autre contrat cet été. Mais jusqu'ici, sans être une catastrophe parce que le joueur est mauvais, ce n'est pas le pari qui a le mieux tourné pour HuGo.
Les autres…
Il y a quand même encore beaucoup de l'héritage Bergevin/Timmins parmi « les autres ». Kaiden Guhle, Jayden Struble, Oliver Kapanen et surtout, un certain Jakub Dobes, qui ressemble de plus en plus à un potentiel gardien # 1 dominant dans la LNH, ont tous égalé ou surpassé les espoirs qu'on plaçait en eux.
J'ai très souvent été très critique à son endroit à cause de son style kamikaze, mais, en santé, Guhle est un bon défenseur top 4 qu'on a présentement le luxe de faire jouer sur une troisième paire. Il ajoute beaucoup à la conscience défensive et l'esprit de compétition de la brigade montréalaise. Je l'avais choisi au 12e rang de notre mock draft en 2020. Certainement pas un mauvais coup du CH au 16e rang cette année-là…
Struble, 46e choix au total en 2019, est pour sa part une très belle police d'assurance. Il joue à la hauteur de son rang de sélection.
Kapanen, 64e choix de 2021, surpasse pour sa part les attentes cette saison. Sans être spectaculaire ni un grand fabricant de jeu à titre de pivot, il est d'une grande efficacité autour du filet adverse et présente un jeu mature dans les trois zones.
On comprend donc que la reconstruction du CH s'appuie d'abord sur un quintette de feu auquel on a greffé une autre pièce importante en Noah Dobson.
Ce quintette – peut-être déjà le meilleur de la LNH? – n'aura probablement pas d'égal dans toute la LNH lors des 6 à 8 prochaines années.
Qui pourra mettre cinq aussi bons joueurs que Suzuki, Caufield, Slafkovsky, Hutson et Demidov en même temps sur la glace, cinq supervedettes, voire joueurs élite?
Puis, on ajoute Dobes et Fowler qui s'apprêtent à devenir peut-être un des meilleurs duos du circuit devant le filet.
Et il y a encore Hage, Zharovsky, Reinbacher dans le système et d'autres, comme Engstrom et Pickford, dans la poche arrière…
Vous rappelez-vous de la série « Dynastie » à TVA? C'était très bon…