On en entend de toutes les sortes et de toutes les couleurs sur la fameuse méritocratie qui, selon plusieurs, devrait régir toutes les actions des bons dirigeants de la Flanelle et de la LNH. Ainsi donc, la méritocratie serait LA façon de faire, le grand principe, la seule manière de bien gérer une équipe et une organisation.
Pourtant, la méritocratie – comme le mythe maintes fois déboulonné de « choisir le meilleur joueur disponible » au repêchage (alors qu'en réalité, 80% du temps, les dirigeants choisissent le joueur le plus optimal pour leur organisation) – n'est en réalité utilisée qu'à temps très partiel par une écrasante majorité d'organisations.
Des exemples?
1. Slaf méritait-il de faire l'équipe du Canadien à 18 ans?
Pas nécessairement. On a surtout préféré avoir sous l'œil de Martin St-Louis celui qu'on venait de repêcher au tout premier rang en début de reconstruction et l'utiliser parcimonieusement.
2. Samuel Montembeault méritait-il autant de départs l'an dernier?
Non. Aucunement. Mais on aimait le gars, on avait du respect pour tout ce qu'il avait fait pendant la reconstruction, on avait à cœur de le relancer. C'était humain. Et Dobes n'était statistiquement pas tellement meilleur que lui avant les Fêtes…
Pas vraiment. Bien sûr, Beck est capable de jouer dans la LNH (vitesse, tir, conscience défensive), mais on peut penser que le CH souhaite surtout lui donner des matchs dans la LNH dès qu'il en a l'occasion afin de maintenir sa valeur. Beck n'a pas vraiment d'avenir à Montréal.
FIRST NHL GOAL FOR OWEN BECK 🔴🔵
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— NHL (@NHL) December 21, 2025
4. Kirby Dach mérite-t-il d'être dans la formation tous les soirs?
Non, mais on se croise les doigts et on espère qu'il débloque un brin pour le voir conserver une certaine valeur aux yeux des dirigeants de la LNH.
5. Mercredi soir dernier sur Prime (avec de multiples Cole Caufield!), Dobes, qui en arrachait déjà, méritait-il le départ contre les Capitals, une puissante formation?
Non. Mais, deux matchs en deux soirs, on voulait lui donner une chance de rebondir, etc.
Oui, mais on est en train d'évaluer la valeur d'Engtsrom en haut, autant pour le CH que pour le reste de la LNH… Et on veut aussi que David Reinbacher, 5e choix au total en 2023, soit évalué et passe le plus de temps possible à côtoyer ses futurs coéquipiers… Pas de place pour l'instant, Luke…
7. Slafkovsky, encore lui, après ses exploits de l'an dernier, méritait-il de débuter la saison sur le 2e trio?
Non. Mais, en début de saison, on voulait savoir si Kreider serait un autre compagnon adéquat pour Suzuki et Caufield. Et on voulait revoir si Slaf et Demidov pouvaient refaire un peu de la magie qu'ils nous avaient montrée pendant une trentaine de matchs l'an dernier.
8. Florian Xhekaj méritait-il de jouer les deux premiers matchs de la saison après un camp de tous les diables?
Ben oui. Mais, par respect, on a remis les compteurs à zéro et on a préféré donner la chance à tous les vétérans de se faire valoir dès le début de saison. À eux de perdre leur place…
Absolument pas! Mais c'est le capitaine adulé et respecté par tous et on a décidé de ne plus compter les mulligans dans son cas. On a enfin (!) appliqué un peu de méritocratie à l'endroit de Bolduc et retiré Suzuki de l'exercice contre Buffalo mardi dernier!
Zachary Bolduc s'illustre encore en tirs de barrage et Martin St-Louis est heureux! 😁 https://t.co/229l8OTHI5
— TVA Sports (@TVASports) October 14, 2026
10. La première unité de l'avantage numérique mérite-t-elle présentement de jouer les trois quarts de chaque punition de l'adversaire?
Non, mais avec les succès de l'an dernier et des joueurs aussi talentueux, qui ne préférerait pas la patience et le « travail » en début de saison?
11. Dylan Larkin mérite-t-il d'enfiler encore le prestigieux chandail des Red Wings, une équipe Original 6?
« Même pas proche! », comme disait feu Rodger Brulotte! Mais on essaie de ménager la chèvre et le chou à Détroit…
Ben non! Mais au moins on a corrigé ça relativement rapidement et pour de bon chez les Sens…
De nombreux facteurs à considérer
On pourrait continuer ainsi pendant encore longtemps, mais vous comprenez l'idée : plein d'autres facteurs, principes et vertus sont à prendre en considération lorsque l'on gère des humains dans un contexte compétitif d'équipe.
Tous n'ont pas le même talent.
Tous n'ont pas droit au même bénéfice du doute et chances que les choix de première ronde. La vie est injuste!
Tous n'ont pas participé autant au succès ou assisté autant aux souffrances de l'équipe par le passé.
On fera preuve de respect et de patience envers certains individus et on voudra en évaluer d'autres en reconstruction ou en début de saison, mais plus on évoluera dans un club compétitif, plus on sera rendu tard en saison ou en séries, plus la méritocratie prendra de la place.
Bref, la méritocratie n'est pas un one size fits all, applicable en tout temps, en tout lieu et pour tout le monde de la même manière.
C'est simplement un principe de gestion, certes très important dans n'importe quel domaine compétitif, mais un principe parmi d'autres lorsque l'on gère des humains.
L'équité, la confiance, la patience, la communication, une certaine tolérance, ainsi que la gestion intelligente et calculée des assets, sont tous des principes et des vertus qui ont aussi leur place lorsqu'on mène ce genre de navire.