CH : La patience aura-t-elle des limites?

Ce texte est en réponse à l’entrevue que Geoff Molson a accordée à François Gagnon plus tôt cette semaine, entrevue où, en ces temps difficiles, Molson prône la patience tous azimuts, même pour Scott Gomez!

On sera d’accord avec M. Molson là-dessus : être patient fait partie de la description de tâche de tout bon dirigeant. Un bon dirigeant ne peut se servir de ses émotions à outrance. Celles-ci sont trop souvent passagères et changent au fil des événements ponctuels qui marquent le quotidien de l’entreprise.

Ce qu’il faut au bon dirigeant, c’est une vision globale qui se traduit dans un plan. Celui-ci peut être triennal, quinquennal ou sur dix ans, tout dépendant du contexte. Là n’est pas l’essentiel. Il faut une vision et un plan solide, à la fois audacieux et réaliste, qui y correspond, c’est tout.

On comprendra alors assez facilement que le dirigeant n’est pas là pour suivre les humeurs de monsieur et madame tout le monde. Il n’est même pas là pour suivre les siennes, sauf en quelques rares occasions où il doit écouter ses instincts, son flair.

Geoff Molson ne souhaite certainement pas
un Centre Bell désert ce printemps…

Photo: André Tremblay, La Presse

Si on veut parler de Monsieur Molson et de Monsieur Gauthier, qu’est-ce que tout cela nous dit présentement?

Cela veut-il dire que leur plan est le bon et qu’ils ne doivent pas y déroger sous aucune considération? Non.

Cela veut-il dire que leur plan ne comportait pas d’erreurs au départ? Non.

Cela nous dit simplement qu’ils doivent être patients sur plusieurs fronts et suivre leur plan dans une très large mesure.

Qu’est-ce qu’il y a de bon et qu’est-ce qu’il y a de mauvais dans ce plan?

Rendu à mi-chemin du plan quinquennale 2.0 de Gainey/Gauthier, on commence à en avoir une idée assez claire.

Bilan à mi-chemin du plan quinquennal 2.0

Je vous soumettrai dans un prochain texte mon bilan détaillé du dernier plan de Gainey/Gauthier. Ce plan arrivera très bientôt à mi-parcours…

Mais, en gros, ce n’est pas du mauvais travail qu’on fait Gainey et Gauthier depuis 2009 lorsqu’on y regarde de plus près en étant le plus objectif possible. On note plusieurs points positifs, quelques points négatifs (dont un ou deux très gros…) et quelques zones grises.

Mais, dans le portrait général, n’oublions pas que ceux qui ont remplacé les Koivu, Kovalev, Higgins, Tanguay et cie, n’ont pas été bien meilleurs qu’eux jusqu’ici. Ils n’ont apporté qu’une contribution comparable tout au plus. Cela explique en très grande partie l’espèce de surplace enregistré par l’équipe par rapport au plan précédent.

Sacro-sainte compétitivité quand tu nous tiens…

Mais malgré les points positifs, notamment la progression de plusieurs jeunes, qu’est-ce qui explique l’état actuel des choses, ce fameux surplace? Cette équipe ne devrait-elle pas être meilleure? Ces vétérans ne devraient-ils pas être beaucoup plus productifs? Est-ce seulement l’avantage numérique qui est en panne, faute de Markov et de qui encore?

La patience a ses limites et la limite s’appelle « risque-de-rater-les-séries-et-perdre-du-gros-cash-sale ».

Au bout, du compte, en tant que partisans ou gestionnaires, on peut certes accepter d’être patients avec des jeunes prometteurs ou des joueurs en léthargie passagères et, à la limite, si on n’a pas vraiment d’autres choix, puisque l’on s’est compromis et qu’il faut vivre avec nos décisions, d’être patients avec un joueur étoile blessé et fragile comme Markov.

Mais, pourquoi M. Molson serions-nous patients, encore et encore, avec un joueur rincé comme Gomez, comme vous l’affirmiez à François Gagnon cette semaine?

Celle-là elle ne passe tout simplement pas. Vous n’étiez pas obligé de beurrer aussi épais.

N’est-ce pas vous qui visiez la Coupe Stanley cette année?

Si vous voulez, cette année ou un jour, atteindre cet objectif, il faudra tôt ou tard donner un coup de barre et corriger les parties du plan qui ne fonctionne plus.

Sortir Gomez du club, d’une façon ou une autre, et investir l’argent épargné sous le plafond salarial sur un joueur de premier plan digne de ce nom, serait un excellent départ, ne pensez-vous pas?

Lorsqu’on fait 100 millions de profits en deux ans, c’est le moins que lui puisse faire pour satisfaire nos partisans qui nous remplissent les poches et, du même coup, s’approcher de l’objectif ultime, le seul qui compte vraiment.

Vous savez, Monsieur Molson, Gomez peut être un gagnant ailleurs qu’à Montréal, ailleurs comme dans Hamilton au pire…

Si ce coup de barre ne suffisait pas, ou si vous tenez vraiment à le remettre à l’été prochain ce coup de pied au derrière de Gomez, il faudra aussi, très sérieusement, dans les prochaines semaines, regarder du côté de M. Martin, qui semble pas mal à court d’idées ces temps-ci.

L’équipe connaît plusieurs passages à vide, des manques d’émotions, auxquels elle ne nous avait pas habitués depuis octobre 2009.

Ce n’est jamais bon pour un coach d’être à court d’idées.

Parlez-en à Guy Carbonneau…

Bref, s’il doit être patient avec Markov (parce qu’il n’a pas trop le choix), Molson peut-il se permettre d’afficher la même patience avec Gomez et Martin?

Publiquement, oui, comme il l’a fait cette semaine, que vouliez-vous qu’il dise d’autre?

Mais à l’interne, non. 

Si la participation aux séries est sérieusement menacée dans un mois, on va peut-être en connaître un peu plus sur Geoff Molson…

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