Premier anniversaire du FC Supra : fierté, erreurs, inexpérience et remise en question
Crédit: Ali Arabpour/FC Supra du Québec

Boooonne fêêêêête Su-pra ! Boooonne fêêêêête Su-pra !

Ou si vous préférez : Go Supra, it's your birthday. We're going to party like it's your birthday.

Nous sommes le 24 septembre 2026, soit le premier anniversaire de la création du FC Supra du Québec. Il y a un an jour pour jour, Rocco Placentino nous annonçait la création de son nouveau bébé : un club de soccer professionnel installé dans la région montréalaise qui allait miser sur le talent québécois pour se démarquer.

Où en sommes-nous un an plus tard ? Qu'est-ce qui a bien fonctionné et qu'est-ce qui s'est révélé plus difficile que prévu ? J'ai pris le temps d'en discuter avec Rocco Placentino et Nick De Santis hier après-midi.

De la fierté… mais aussi des erreurs

La discussion s'est ouverte avec une question bien simple : qu'est-ce que vous retenez de cette première année ?

Rocco Placentino, président de l'équipe, n'a pas hésité une seule seconde. Il ressent beaucoup de fierté, autant par rapport au jeu de l'équipe sur le terrain qu'à son implantation dans la communauté.

« On a fait notre place dans la communauté. On a accompli beaucoup de travail en un an et je suis fier de ce que plusieurs personnes ont mis. On n'existait pas il y a un an. Oui, on a fait des erreurs, beaucoup même, mais on a beaucoup appris. » – Rocco Placentino

Nick De Santis a ajouté que tout le monde au club a travaillé fort pour que l'identité souhaitée et promise se reflète sur le terrain : un club d'ici pour les gens d'ici.

« On a montré notre identité. Des joueurs typiquement québécois, beaucoup de technique et beaucoup de plaisir à regarder notre foot, notre niveau. On a toutefois eu des passages difficiles. C'est à nous, comme club, de faire les évaluations nécessaires et de trouver des solutions. Partout ! Sur le terrain et en dehors de celui-ci. » – Nick De Santis, conseiller spécial

Autant Rocco que Nick m'ont avoué que le club a fait des erreurs. Quelles étaient donc ces erreurs ?

« Si les matchs ne duraient que 80 minutes, notre équipe serait première au classement. On a eu beaucoup de misère à jouer 90, 95 minutes. La mentalité est toutefois en train de changer. On l'a vu la semaine dernière à Ottawa. » – Rocco Placentino

« Notre inconstance pendant les matchs nous a fait mal. Soit mentalement, soit tactiquement, soit physiquement, mais encore une fois, c'est à nous de l'améliorer et ce, à tous les niveaux. » – Nick De Santis

Tout le monde a appris de cette première année, autant sur le terrain que dans les bureaux.
(Crédit: CPL)

Plus d'expérience

J'avais bloqué 90 minutes dans mon horaire mercredi après-midi ; je n'étais donc pas pressé par le temps. Probablement que si vous croisez Nick ou Rocco, ils vous diront que « Max en avait, des questions ».

Sur la vingtaine de questions que j'ai posées aux gars, ils m'ont parlé d'expérience 50 % du temps. De l'expérience qui manquait en début de saison comme de l'expérience supplémentaire qu'il y aura l'an prochain…

On le sent : cette première année a été éprouvante, mais aussi très instructive pour tout le monde. Autant pour les joueurs que pour le staff d'entraîneurs et les autres employés du club.

« On va avoir plus d'expérience l'an prochain. Nos joueurs ont pris de l'expérience et d'autres joueurs d'expérience se joindront au groupe. » – Rocco Placentino

De l'expérience comme celle que vous apportera Thomas Meilleur-Giguère, Rocco ?

« Qui ça ? Thomas quoi ? »

Il a toutefois fini par chanter les louanges de Thomas Meilleur-Giguère, de même que de Yann Toualy, deux joueurs qu'il aimerait bien amener avec le Supra.

Est-ce que l'entraîneur de TMG et Yann Toualy en mars, si le souhait du président se concrétise, sera encore Nick Razzaghi ? Est-ce que la haute direction est satisfaite du travail de Nick Razzaghi jusqu'ici en 2026 ?

« On a choisi un entraîneur avec aucune expérience professionnelle. Le staff a eu des hauts et des bas. C'est à Nick de comprendre ce qui s'est passé cette année. C'est seulement comme ça qu'il va grandir en tant qu'entraîneur. Il a fait du grand travail sur son style de jeu, mais il doit améliorer plusieurs détails sur son côté personnel dans le sport professionnel. » – Rocco Placentino

Nick De Santis est allé encore plus loin, lui :

« On a beaucoup de respect pour Nick car il essaie toujours de faire le meilleur pour le club, et pas pour lui-même. Ce n'est pas tout le monde dans ce milieu qui tente toujours d'améliorer le club et l'équipe avant de penser à lui. Par contre, les proprios ont vu, comme toi et moi, qu'on aurait dû gagner plus de matchs cette année. Ils voudront des réponses. L'an prochain, on va viser une place en séries et on va espérer remporter le championnat canadien. Les objectifs seront élevés. On va faire un gros bilan à la fin de la saison. On va tout évaluer après le dernier match. » – Nick De Santis

Une identité québécoise qui pourrait changer ? Une porte s'ouvre

Le FC Supra, avec son modèle Atletico Bilbao, se démarque des autres équipes de la CPL – et de l'autre équipe de soccer professionnel montréalaise – par son identité 100 % québécoise. Est-ce qu'un an plus tard, on compte toujours garder cette identité-là ?

« Le mandat de cette philosophie ne change pas. Tant que mes patrons ne me diront pas : Rocco, il faut arrêter ça, je ne changerai pas ça. Le jour où mes patrons diront autrement, ce sera une autre discussion. On a maintenant une affiliation avec une équipe en France, le FC Chambly, est-ce que dans le futur, mes patrons voudront qu'on se donne le droit d'avoir deux joueurs français ? Peut-être, mais on n'est pas rendu là. » – Rocco Placentino

Vous savez ce que j'entendais entre les lignes quand Rocco me parlait ? Les propriétaires ont de grandes ambitions, autant sur le terrain qu'aux guichets. Il défendra mordicus sa philosophie d'identité québécoise, mais il faudra que ça rapporte (en victoires et en dollars) pour qu'il puisse la défendre pendant des années.

Rocco Placentino ne s'en cache pas : il aimerait ne jamais avoir à changé l'identité québécoise du FC Supra.
(Crédit: Phil Lariviere/Atlético Ottawa)

Relation avec le CF Montréal

On a vu le FC Supra féliciter le CF Montréal pour sa qualification en grande finale du championnat canadien, mais plusieurs personnes m'ont raconté en privé que Rocco Placentino ne dormait pas beaucoup depuis l'élimination du FC Supra et la qualification du CF Montréal. Il rêvait à cette finale. Il fantasmait sur celle-ci, autant pour le FC Supra que pour tout le Québec.

« On a une très bonne relation avec le CF Montréal. On se parle souvent. On a eu beaucoup de discussions sur plusieurs dossiers pour collaborer pour le bien du foot québécois […] Par contre, si ça avait été nous contre eux en finale, on ne les aurait pas félicités. On leur aurait dit bonne chance et on serait allés gagner ce match-là au Stade Saputo. » – Rocco Placentino

Nick De Santis a philosophé un peu sur ce que le CF Montréal et le FC Supra pouvaient s'apporter l'un et l'autre. Il existe un fit naturel pour les deux clubs et s'entraider serait bénéfique pour les deux organisations.

« On a ce dont ils ont besoin. Il y a un manque de leur côté entre l'Académie et l'équipe qui joue en MLS. Nous, ils ont ce qu'on recherche : du bon et jeune talent québécois. On aurait tout avantage à collaborer ensemble. » – Nick De Santis

Stade Boréale, Laval et turf

Rocco Placentino et Nick De Santis ne s'en cachent pas : ils croyaient avoir plus de partisans dans les gradins du Stade Boréale pour leurs rencontres à domicile. Les finances de l'équipe en sont donc affectées, bien évidemment. Surtout que la location du Stade Boréale n'est pas donnée, disons ça comme ça…

Est-ce que le problème, c'est Laval ? Est-ce que le club peut survivre en évoluant en dehors de l'île de Montréal ? Est-ce que ça aurait été plus facile si le Supra avait évolué au CEPSUM, à l'Université Concordia, à l'Université McGill ou au Centre Claude-Robillard ? Rocco a réfléchi plusieurs secondes, puis il m'a simplement répondu : « no comment ».

Il a ensuite ajouté ceci :

« Ce n'est pas une question de Laval ou de Montréal. Dans les bonnes conditions, on peut faire de grandes choses à Laval. »

À mon avis, il faut plutôt lire entre les lignes et comprendre que si le deal avec les Roses de Montréal n'est pas revu, le Supra pourrait devoir se trouver un nouveau stade. Mais sur cette possibilité, Rocco et Nick ont refusé de commenter.

Nick De Santis a toutefois avoué que la surface du Stade Boréale n'aidait pas un club avec un style de jeu comme celui du Supra. Jouer à la maison doit être une force et, sur le synthétique du Stade Boréale, ce ne l'est pas.

En terminant, j'ai demandé à Nick et Rocco qui allait remporter la finale du championnat canadien. Ils n'ont pas hésité une seule seconde.

« Le CF Montréal, 3 à 0. Deux buts de Prince et un autre de Dante (Sealy). Mais je me répète : je pense vraiment qu'on aurait gagné ce match-là si on avait éliminé le Forge. » – Rocco Placentino

« Montréal va gagner. Je ne sais pas combien et qui va marquer, mais ils vont gagner. » – Nick De Santis

Prolongation

– Rocco Placentino m'a indiqué que le fait d'avoir les matchs du Supra sur TVA Sports et RDS était très important pour le club. Tout le Québec a accès à nos matchs et il faut espérer que ça reste ainsi, selon lui. C'est toutefois la ligue qui devra négocier pour que les parties du Supra demeurent à la télévision, et non le club lui-même.

– Rocco et Nick ont hâte de commencer leur académie hybride cet automne (8 à 18 ans). Rocco compte faire tout ça en communion avec Soccer Québec et les clubs amateurs. Nick a pour sa part rappelé que le Supra aura ce qu'il faut pour bien développer les jeunes talents québécois.

« On parle peu de nos jeunes pros, mais on a Jolan Faury (U16) et Alexander Makarova (U17) qui ont porté les couleurs du Canada. On met en vitrine nos jeunes joueurs locaux avec des minutes en matchs et des entraînements avec l'équipe première. On est fiers de ça, ça fait partie de nos objectifs […] Loïc, Sean… on espère qu'ils seront ici pendant des années. Ils sont des joueurs clés importants, mais il y a aussi la possibilité qu'ils fassent le saut à un niveau supérieur. Il faut avoir une structure pour former les prochains. Ce sera très important. On est en train de la mettre sur pied avec l'académie, mais il faudra être patient. On a beaucoup de qualité au Québec, au niveau amateur, mais il faut vraiment mettre en place de meilleures conditions pour qu'ils puissent faire le saut chez les professionnels. » – Nick De Santis

– Avec le match nul de Vancouver hier, le FC Supra se retrouve à sept points d'une place en séries, mais avec deux matchs en main. Une victoire demain à Calgary pourrait ramener l'espoir de faire les séries bien vivant.

Cependant, le Cavalry n'a perdu que deux matchs cette saison… sur la route. Est-ce que le Supra saura faire de petits miracles en Alberta ?