Michael Hage pour Dylan Larkin : un dilemme moral?
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La moralité est une de ces caractéristiques qui est souvent mentionnée lorsque vient le temps de distinguer l'humain des autres bibittes qui occupent la Terre et ses environs.

Au Canal D, la lionne se sent-elle coupable de tuer le petit bébé antilope qui traîne de la patte?

On peut en douter…

Même chose pour l'alligator qui ne ferait pas un très gros cas de conscience pour un bras humain qui balloterait un peu trop à l'extérieur d'une chaloupe…

Bon, d'aucuns diront qu'un certain président n'a pas trop l'air à se sentir coupable des meurtres commis sur d'autres humains par les agents du ICE.

Mais bon… s'il était moralement « normal » et pas trop idéologiquement guidé, il serait supposé!

En gros, la moralité consiste à se demander si on fait la bonne chose, si on sent qu'on fait la bonne chose, si on voudrait que tous les autres fassent ce qu'on s'apprête à faire, si notre geste serait désirable par le plus grand nombre, etc.

Mais c'est peut-être le philosophe écossais David Hume et son éthique – passablement flexible – des sentiments qui nous sera le plus utile pour analyser notre sujet de l'heure en matière éthico-sportive : le Canadien devrait-il acquérir Larkin en retour de… Michael Hage?

Qu'y aurait-t-il de moral ou d'immoral dans un échange de hockey, me direz-vous?

Ne serait-ce pas une simple transaction comme dans le cas de milliers d'autres?

Un jeune contre un vieux, un espoir en retour d'un vétéran capable d'aider tout de suite… On a déjà vu ça, non?

Bien sûr, ce n'est pas ici une question de vie ou de mort, ni un véritable cas de haute trahison politique.

Mais chez Hume, en matière de morale au quotidien, on en appelle d'abord au caractère et aux vertus des personnes concernées. Et les médias nous en font toujours connaître une tranche ou deux sur le caractère des personnes qui font la manchette…

« Pis toi, David, Hage contre Larkin, le ferais-tu? »
(Crédit: https://www.britannica.com/event/Scottish-Enlightenment)

Or, à ce sujet, avec tout ce qui est sorti de Detroit lors des deux dernières années, plusieurs entretiennent des doutes quant au caractère de Larkin, le genre d'individu qu'il est, le genre de valeurs qu'il semble mettre de l'avant.

Est-il un bon meneur?

Est-il assez fort mentalement?

Est-il du genre à blâmer les autres plutôt qu'à assumer ses responsabilités?

Pourquoi ne voulait-il pas tenter de redresser la barque avec ses coéquipiers à Detroit?

Pourquoi ne voudrait-il pas jouer au Canada ou dans un marché « intense » comme Montréal?

Plusieurs questions, peu de réponses… pour l'instant.

Du côté de Hage, les partisans du CH sont généralement sympathiques à sa cause au Québec. Son père, décédé tragiquement un an avant son repêchage, était un grand fan du Canadien. Michael, qui s'exprime dans un très bon français, a maintes fois répété vouloir jouer pour le Canadien. Puis, côté hockey, son progrès est bien réel à tous les niveaux.

Enfin, nombreux sont ceux qui auraient aimé le voir enfiler l'uniforme du Tricolore cet automne, lui qui n'a probablement plus grand-chose à apprendre dans la NCAA.

Mais bon, même si on peut encore douter de certaines raisons qui l'on poussé à demeurer au Michigan pour une troisième année, plusieurs y ont vu une preuve de maturité de la part de Hage. Encore une fois, le signe d'un bon caractère…

Hage a l'air d'un gars humble et intelligent, un très chic type, une très bonne personne.

C'est donc aussi le caractère des dirigeants du CH qui serait jugé dans l'éventualité d'une transaction Hage/Larkin.

Gorton et Hughes seraient-ils péjorativement perçus comme des sans-cœurs en échangeant Hage contre un joueur dont le désir de jouer à Montréal reste à prouver? Doivent-ils à Hage de lui donner au moins l'opportunité de jouer quelques matchs avec le Canadien?

Sous un angle un peu moins personnel, seraient-ils simplement vus comme de mauvais gestionnaires, en panique et sans grande vision, en se départissant d'un jeune espoir très prometteur, désireux d'évoluer ici, en retour d'un joueur de 30 ans, encore très bon, certes, mais qui ne pourra que décliner dans les prochaines années? Et si Hage devenait meilleur que Larkin d'ici deux ans, aurait-on envie de se demander…

Ou les patrons du Canadien seraient-ils plutôt perçus comme de bons administrateurs, rigoureux, agressifs, allumés, capables de mettre leurs émotions de côté, qui voient la fenêtre s'ouvrir dès cette saison et qui n'attendaient que ce genre d'opportunités pour utiliser leurs jetons?

Toujours selon Hume, les deux sensations qui guideraient notre jugement moral seraient d'un côté l'admiration et de l'autre quelque chose qui ressemblerait à du dégoût.

Ainsi, notre jugement en matière de bien et de mal, de bon ou de mauvais, passerait d'abord par un genre de gut feeling qu'on ressentirait en présence d'une situation à connotation morale nous donnant des indices sur le caractère des personnes impliquées.

On vous pose alors la question : admireriez-vous Hughes et Gorton s'ils faisaient l'acquisition de Larkin en retour de Hage? Par extension, allez-vous jouer les cheerleaders et applaudir Larkin ce soir au Centre Bell?

Ou seriez-vous quelque peu dégoûté par une telle transaction?

Ou, troisième option, est-ce qu'un tel échange serait pour vous strictly business?

Pour ma part, Larkin demeurerait un cas limite en retour de Hage, autant sur le plan hockey que moral…

Malgré l'attrait sportif dans l'immédiat, des doutes persisteraient dans mon esprit.