Le système de Therrien n’est pas défensif… malheureusement | S’adapter ou mourir

D’habitude, lorsque la saison est terminée, le vestiaire est vidé et qu’on en a fini avec le pénible exercice de bilan auquel se prête maladroitement la direction, les blogueurs et les journalistes ne se font pas prier pour commencer à penser aux prochaines dates importantes dans le calendrier: la loterie, le repêchage, le marché des agents libres. Ce qui a été dit sur la dernière campagne a été dit et on se réjouit rapidement du nouveau contenu pouvant être analysé. En fait, l’année du Tricolore a été d’un tel ennui que je me suis moi-même permis de devancer de plusieurs mois le juste ordre des choses en décortiquant les espoirs du prochain repêchage.

Il était donc tout naturel pour moi de ne pas vouloir me fendre d’une analyse récapitulant ce bordel sans queue ni tête. Mon premier réflexe? Consulter la liste des agents libres. Peu probables sont les chances de voir le choix de 1re ronde en 2016 de la Flanelle enfiler aussitôt l’uniforme bleu blanc rouge, alors l’amélioration proviendra d’une signature ou d’une transaction.

Ne me parlez pas des transactions, on raconte qu’elles sont si difficiles à réaliser de nos jours. La légende veut qu’il en survienne une aux 100 ans. On dit que celles-ci ne font que combler un trou dans l’alignement pour ouvrir une autre brèche. Impossible d’aller de l’avant dans cette ligue maudite. Horreur! Mais le plus sage des sages a déjà dit qu’il était possible de gagner un échange en coiffant son homologue dans l’évaluation du talent. Que c’était le principe d’un échange, au fond. Fascinant, non?

Revenons-en à nos moutons. Je scrutais le marché des joueurs autonomes. Lequel représenterait une parfaite acquisition pour le Canadien? Et j’ai commencé à me creuser la tête comme je ne l’ai jamais fait.

Le style de jeu d’Andrew Ladd, qui fait souvent mouche lors des contre-attaques avec sa vitesse, se marierait parfaitement à celui du CH. Mais Loui Eriksson vient de conclure une campagne de 30 buts: son sens du jeu est aiguisé et il se veut un atout sur l’avantage numérique. Le hic, c’est son léger manque d’explosivité sur patins (et sa santé fragile en raison de ses multiples commotions). On sait que les joueurs de Michel Therrien se doivent d’être excellents en récupération de rondelle et en échec avant. Le choix devient d’ores et déjà embêtant, car le talent d’Eriksson est supérieur à celui de Ladd, mais on ne sait exactement comment il se comporterait sous la férule de Therrien. Puis, il y aussi David Perron. Même problème: pas le plus fluide et surtout, beaucoup de finesse dans son jeu avec la rondelle, ce que n’affectionne pas particulièrement le personnel d’entraineur, préférant des patrons de jeu expéditifs, sans zones grises en offensive.

Stop.

Il y a quelque chose de spécial avec la dernière saison. Elle a été trop chaotique, trop malheureuse, pour qu’on en décide de ne pas en tirer des leçons. Il faut alors accepter de rembobiner la cassette.

Quelque chose ne tourne pas rond. Premièrement, remarquez-vous à quel point les profils des attaquants se ressemblent à Montréal? On compte tellement de joueurs rapides, dynamiques, étant coriaces dans les bagarres à un contre un. Des joueurs qui aiment bien suivre des tracés linéaires avec la rondelle. C’est bien de se bâtir une identité. Mais il y a une ligne à tracer pour obliger l’opposition de composer avec une variété.

Pourquoi faut-il incessamment se demander si tel ou tel joueur avec un certain talent réussira vraiment à se faire valoir à Montréal, alors qu’on craint l’explosion du même individu qui débarquerait à Chicago du jour au lendemain? Pourquoi le personnel d’entraineurs en place insiste autant pour que leurs joueurs « jouent de la bonne façon », en respect avec leur système? Pourquoi le contraire ne pourrait-il pas fonctionner: les entraineurs apportent des ajustements tactiques précis pour accommoder le bagage d’habiletés d’un joueur X? Autrement, à quoi bon acheter un billet lotto « Brière », « Parenteau » ou « Semin », en sachant pertinemment que leurs forces ne correspondent pas aux aptitudes valorisées par Therrien? Un joueur comme Parenteau, par exemple, a évidemment déçu, mais il y avait une meilleure façon de travailler avec lui pour extirper tout ce qui lui reste en termes de savoir-faire offensif. On a malheureusement vite démissionné sur son cas. On a même préféré le payer pour le remplacer par deux autres 6/49 en Semin en Kassian.

Il est évidemment plus facile d’avoir un groupe de joueurs uniforme et d’élaborer les assises de la stratégie en conséquence. En pratique, ce n’est toutefois pas possible et cela élimine beaucoup trop d’options qui ont des habiletés capables d’aider une équipe.

Le système de Therrien

Mais il consiste en quoi, le système de Therrien?

Il y a plusieurs croyances à démystifier. D’abord, il n’est pas défensif. On pourrait même dire qu’il est… offensif!

Il suit une règle d’or toute simple: faire avancer la rondelle, faire en sorte que le rythme de jeu soit trop élevé pour l’autre équipe. Voilà le plan de match: dès qu’il y a la moindre pression sur un défenseur ou le moindre doute dans son esprit qu’il ne peut rester en contrôle de la rondelle pour effectuer un jeu, il doit automatiquement et, surtout, sans gêne, expédier le disque par la rampe. Trop de pression adverse en échec avant? On expédie le disque par la rampe. Pas d’options de passe? On expédie le disque par la rampe. La moindre hésitation à savoir quel jeu exécuter? On expédie le disque par la rampe. Pas de pression sur soi, mais on veut quand même accélérer la cadence? On expédie le disque par la rampe. Dans cette équipe, il n’y a aucune honte à expédier le disque par la rampe.

Vitesse, vitesse, vitesse. On en génère avec des passes longues. Des décisions rapides avec la rondelle, avec le moins d’hésitation possible. On ne revient pas sur nos pas pour ouvrir de nouvelles de lignes de passe, on avance la rondelle, rapidement. Des trajets linéaires: on fonce quand on a la possession. Le but est de traverser la première couche de couverture formée par les attaquants en échec avant, et de s’amener en surnombre en étant premiers sur la rondelle. Dans le pire des cas, les joueurs s’engagent volontairement dans une bagarre pour celle-ci en zone neutre et tentent de provoquer un revirement. Le CH sait trop bien qu’il risque de la donner à l’autre équipe et d’être contraint à défendre leur contre-attaque, mais il prend ce risque depuis longtemps car il a eu l’habitude d’avoir pleine confiance en Carey Price. Puis, comme le disque est à priori largué dans une zone qui n’est pas dangereuse, le cerbère a le temps de voir ce qui se dessine devant lui. Donc on est prêt à prendre ce pari, pourvu que les probabilités de percer la zone neutre avec vitesse sont bonnes.

De façon flagrante, Michel Therrien et ses hommes ont tout misé sur la vitesse, la récupération de rondelle et le manque d’hésitation pour étourdir l’adversaire lorsqu’ils ont conçu leur plan de match. Parfois, le résultat est merveilleux. Le Lightning durant les séries de 2014 n’avait aucune réponse à l’agressivité du Canadien, tout comme les Sénateurs au 1er tour en 2015. Mais son attaque peu imaginative a été facilement contrée par le Lightning de Tampa Bay dès le deuxième tour de cette dernière année, ce qui avait révélé au grand jour le visage prévisible du Tricolore. Le hic, c’est que le CH peut difficilement gagner avec ce système de jeu contre une équipe qui travaille plus fort que lui et qui patine plus rapidement que lui. En misant tous ses jetons dans la vitesse, il est muselé quand on vient couper ses ailes.

Une équipe défensive est à mon sens, une équipe qui sera passive en échec avant et demandera à ses défenseurs d’appuyer l’attaque avec la plus grande prudence. Le CH n’est pas cette équipe. Il accepte lui même de faire grimper le rythme de jeu. Au lieu de négocier avec une pression étouffante de l’adversaire en échec avant, il se débarrasse de la rondelle pour agresser à son tour le porteur du disque. Ses défenseurs sont constamment impliqués dans l’action en zone offensive. Les troupes de Michel Therrien acceptent volontairement d’échanger des contre-attaques à qui mieux mieux avec l’adversaire, et ce, en faisant confiance à leur gardien et à leur supériorité en récupération de rondelle.

Le CH est l’équipe qui génère le plus de chances dans des situations de contre-attaques rapides (rush shots), mais aussi celle qui en accorde le plus. Un « rush shot » est un tir décoché quatre secondes après un changement de possession.  

Ce n’est pas de la frime quand on voit Michel Therrien sur 24CH rappeler à ses joueurs qu’ils forment une équipe de grinders. C’est ce qu’on aspire à être, à Montréal.

L’approche de l’entraineur n’est pas entièrement mauvaise. Elle est même bien pensée. Toutefois, elle oublie un détail important: chaque joueur a des habiletés différentes et un système trop rigide ne sera pas en mesure d’incorporer le plus grand nombre d’entre elles. Un troisième ou un quatrième trio peut fonctionner selon cette méthode, mais les joueurs vedette sur les deux premières lignes d’attaque ont besoin d’une plus grande latitude pour sortir du cadre du système et se laisser bercer par leurs instincts créatifs. Galchenyuk semble être le seul artiste pouvant agir en électron libre sur les deux premières lignes d’attaque. Je ne crois pas que ce soit un hasard si ce type de joueurs ne garnit pas le top-6 à Montréal. Cela n’enlève rien à l’efficacité d’un joueur comme Brendan Gallagher, qui malgré son style fougueux est selon moi un ailier de premier trio. Seulement, il est alarmant qu’un profil spécifique d’attaquant parvienne à charmer Michel Therrien, alors que les joueurs plus mous, mais particulièrement doués et gracieux ont une corde moins longue.

On a constaté cet espèce d’immobilisme et de refus de se renouveler autant chez le directeur général, qui s’est fait silencieux à la date limite, que chez l’entraineur, qui n’a jamais apporté de modifications à son système de jeu quand ses troupes ont commencé à ne plus marquer et son gardien a connu des difficultés. Lorsqu’ils ont bien remarqué qu’ils ne pouvaient acheter un but en début de saison, les Ducks de Bruce Boudreau sont sortis de leur marasme en acceptant de gagner des matchs à l’arraché, en fermant complètement la zone neutre. Il est plus facile de limiter le nombre de buts contre que de trouver le moyen d’en marquer plus et Michel Therrien aurait bien fait de nous servir sa variante de la trappe pour sortir son club d’eaux troubles. Mais on a plutôt continué de patiner, patiner en ligne droite… Pauvre Mike Condon.

Le 1er juillet, la meilleure option pour le Canadien ne devrait être rien d’autre que le meilleur joueur disponible. Tout simplement. Une fois pour toute, Michel Therrien devra adapter sa méthode aux éléments qu’on lui fournira, et ce ne sera pas aux joueurs dont le talent en vaut la peine de se dénaturer pour épouser son moule de plombier énergique.

Pourquoi une équipe de la LNH devrait-elle se limiter à un seul système de jeu? Ne peut-elle pas pousser plus loin sa réflexion en offrant des variantes selon les capacités de certains joueurs? En avantage numérique, les Capitals de Washington ont construit leur entière configuration autour d’Alexander Ovechkin. À 5 contre 5? Evgeny Kuznetsov a son jeu fétiche depuis l’arrière du filet et ses coéquipiers savent exactement quand il s’exécute. On pourrait continuer toute la soirée avec ce genre d’exemples.

À Montréal, on a parfois omis d’employer Alex Galchenyuk à la gauche de l’avantage numérique, alors qu’il amassait les buts à la pelletée sur ce côté de la glace. On s’est également obstiné à déployer Subban à la pointe droite, ce qui a limité les occasions où il peut libérer son lancer sur réception. Et on n’a jamais vraiment su quelle chaise donner à Pacioretty et Desharnais sur l’attaque à cinq.

D’ailleurs, c’est à 5 contre 4 que les failles du CH sont plus que jamais exposées. Impossible de se faire valoir par la vitesse, il faut bricoler des chances à coup de constructions ingénieuses. Il devient alors évident que le personnel ne sait trop comment s’y prendre pour ajouter la touche de finesse nécessaire à son système.

« S’adapter ou mourir » est ainsi le nom qu’on peut donner au chapitre décisif de la carrière de Therrien.

En rafale
– Est-ce finalement l’année des Blues? (NHL.com)

– Jack Capuano répond à Alain Vigneault. (Newsday)

– La NBA s’apprêterait à mettre des publicités sur ses chandails! Est-ce que cela incite maintenant la LNH à le faire? (NBC Sports)

– Bob Gainey s’habitue à la vie sans hockey. (The Gazette)

– Eh bien! Est-ce que les dirigeants des équipes canadiennes se sont passés le mot? #Subban #Karlsson

– Sages paroles…

– Georges St-Pierre confirme qu’il est en pourparlers avec la UFC pour effectuer un retour. (Canoe.ca)

– Claude Julien n’est pas le responsable: les Bruins ont simplement manqué de talent. (RDS.ca)

– Une liste de candidats qui pourraient intéresser les Sénateurs d’Ottawa au poste d’entraineur-chef. (Instagram/TSN)

– Cristiano Ronaldo enfile trois buts pour qualifier le Real Madrid en demi-finales de la ligue des champions! (TVA Sports)

– Voilà un défenseur que Marc Bergevin ne pourra évaluer un championnat U18.

– Nathan Beaulieu rappelle qu’il s’agit de son été le plus important. (RDS.ca)

– Vous cherchez une histoire positive cette saison? En voilà une: le développement d’Arturri Lehkonen.

– Le directeur général Dean Lombardi a livré un vibrant plaidoyer en faveur de Drew Doughty pour l’obtention du trophée Norris.

– La perspective des matchs « suicide » n’intéresse pas la LNH.

– Manny Malhotra est touché par les commentaires de Max Pacioretty.

– Elliotte Friedman aborde des points intéressants sur le Canadien. Est-ce que l’avis de Price sur la saison a une importance particulière aux yeux de Marc Bergevin? Ce ne serait pas étonnant que ce soit le cas, car le gardien a un point de vue privilégié au coeur de cette débandade. Il sait à quel point il est important au sein de cette équipe et il a constaté match après match les éléments qui faisaient défaut. (30 Thoughts)

J’imagine que alors que Marc Bergevin va questionner Carey Price avant de faire des moves, cet été. C’est lui, le vrai leader de cette équipe là.

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