Dans la vie, il y a les faits. Ce qui est factuel…
Et il y a les émotions.
Souvent, on doit chercher l'équilibre entre les deux. Parce qu'une personne trop émotive ou trop cartésienne oublie de regarder 50 % de la réalité.
Essayons donc de rester dans les faits, tout en y mettant un soupçon d'émotion partisane, et observons la « nouvelle » formation des Canadiens de Montréal.
Factuellement parlant, le Canadien ne forme pas une meilleure équipe qu'il y a deux mois. En fait, son alignement est le même : les gars qui ont quitté ne jouaient plus beaucoup et personne n'est arrivé en renfort. Oliver Kapanen, Jake Evans, Alex Newhook, Kirby Dach et Phillip Danault devront encore – en comité – s'acquitter des tâches de deuxième joueur de centre, Jayden Struble risque encore une fois de jouer avec Lane Hutson (qui sera utilisé à droite) et Arber Xhekaj devrait encore une fois se promener entre la passerelle et la troisième paire. Alexander Zharovsky et Michael Hage ne viendront pas prêter main forte à l'équipe en septembre.
Ça, ce sont des faits. On ne peut pas argumenter sur ceux-ci.
Entrons maintenant dans le domaine des émotions, de l'optimisme, du pessimisme, de l'espoir et des autres choses non factuelles.
On peut penser positivement que Juraj Slafkovsky, Ivan Demidov, Oliver Kapanen, Lane Hutson, Kaiden Guhle et Jacob Fowler seront meilleurs puisqu'ils sont jeunes et qu'ils ont pris de l'expérience…
Mais je ne sais pas si Lane Hutson (78 points), Juraj Slafkovsky (73 points), Ivan Demidov (s'il n'est pas mieux entouré), Oliver Kapanen (22 buts), Kaiden Guhle (saura-t-il rester en santé ?), Jakub Dobes (il devra prouver qu'il n'est pas un feu de paille) et Jacob Fowler (jouera-t-il à Montréal ou à Laval ?) connaîtront vraiment une meilleure saison l'an prochain.
Puisqu'un attaquant de la LNH atteint généralement son prime entre 24 et 25 ans, on peut également penser que Nick Suzuki (101 points) et Cole Caufield (51 buts) viennent de connaître leur meilleure saison en carrière. Ou l'une de leurs deux, trois meilleures…
De plus, le Canadien a été épargné par les blessures en 2025-26. Seuls Alex Newhook et Kaiden Guhle ont dû s'absenter pour plus de 15 matchs chez les joueurs d'impact de l'équipe. Non, je ne considère pas Kirby Dach comme un joueur d'impact, soit dit en passant…
On peut espérer voir le Canadien être aussi chanceux sur le plan de la santé, mais penser que Suzuki, Caufield, Hutson, Slafkovsky, Demidov, Dobson et Matheson vont tous jouer 80 matchs ou plus relève davantage de l'espoir émotif que du rationnel cartésien.
J'espère que l'on s'entend tous sur une chose : présentement, on ne peut pas dire que le Canadien s'est amélioré au cours de l'entre-saison.
Et il ne l'avait pas fait non plus à la dernière date limite des transactions.
Pourtant, l'équipe a progressé, les joueurs aimeraient clairement du renfort et la direction semble prête à surpayer pour améliorer l'équipe. Elle a offert des ponts d'or aux Maple Leafs pour Matthews Knies en mars, puis aux Blue Jackets pour Kirill Marchenko il y a quelques jours à peine.
Les partisans qui disent que Kent Hughes est patient et qu'il ne veut pas surpayer pour justifier l'immobilisme actuel oublient – volontairement ou pas – ces deux offres-là.
Est-ce grave ?
Est-ce que les partisans doivent capoter en voyant leur équipe ne pas être améliorée (ni au deadline ni jusqu'ici cet été) ?
Non ! Premièrement parce que l'été n'est pas terminé…
Mais aussi parce qu'il faut savoir opposer deux objectifs différents.
Si l'on prend comme objectif d'être meilleur la saison prochaine, il y a effectivement matière à être inquiet. Le club n'a pas encore de deuxième centre, Lane Hutson jouera encore avec le sixième ou septième défenseur de l'équipe (et pas de son bord) et il manque encore cruellement de robustesse dans le lineup.
Sachant cela, il est clair à mes yeux que la direction du Canadien a encore comme objectif de faire du CH une équipe contender dans deux ou trois ans, et non l'an prochain.
Il est clair qu'elle a voulu éviter les mauvais contrats qui pourraient aider l'équipe à court terme, mais qui viendraient la menotter à moyen/long terme.
Fair enough !
C'est comme si le Canadien était un travailleur qui mettait beaucoup d'argent de côté pour ses vieux jours. Il est encore en mode épargne, même s'il fait plus d'argent qu'avant et qu'il a la possibilité d'en profiter. C'est responsable, voire même intelligent.
La grande question : est-ce que l'épargnant dont il est question ici est rendu à l'âge de la retraite ? Au moment de sa vie où il doit commencer à penser à décaisser ?
Le Canadien vient de connaître une progression impressionnante : en dehors de séries, éliminé en première ronde, puis éliminé en finale d'association. Est-ce que cette finale d'association un peu trop rapide – alors que l'équipe n'est pas encore complétée – se voudra en quelque sorte un peu comme un cadeau empoisonné ?
Avec le plafond qui a augmenté – et qui continuera d'augmenter significativement -, il y avait de la place pour dépenser quelques sous et/ou quelques assets. Le temps nous dira si la patience de Kent Hughes et Jeff Gorton était justifiée.
À quoi est-ce que je m'attends ?
Je suis de ceux et celles qui voient le CH régresser un peu en 2026-27. Je pense que l'équipe parviendra tout de même à faire les séries, mais par la peau des fesses.
Il sera intéressant de voir si Kent Hughes décidera d'améliorer son groupe en mars prochain. Si la réponse est non, je suis pas mal certain que le Canadien connaîtra un printemps plus court. Les Panthers (améliorés, reposés et en santé) et les Hurricanes seront féroces en 2026-27 dans l'Est.
Bref, je m'attends à une régression.
Et elle sera lourde à vivre chez plusieurs partisans et dans les médias québécois.
Sauf qu'une aventure vers le sommet n'est jamais linéaire. Il y a toujours des montées, puis des descentes, puis encore des montées, etc.
Et ces rechutes servent souvent à ajuster quelques petits trucs dans notre plan de départ.
Kent Hughes et Jeff Gorton ne doivent pas gaspiller le prime de leur capitaine.
Ils ne doivent pas non plus tenter de remporter chaque transaction et de signer tous leurs joueurs à rabais. Parfois, leur motivation doit être d'améliorer l'équipe, peu importe la façon. L'objectif d'un DG reste quand même de faire gagner son équipe sur la patinoire, pas de remporter toutes les transactions qu'il complète.
L'immobilisme des derniers mois sera peut-être vu comme une réussite à moyen ou long terme, mais à court terme, il est un échec. Parce que je me répète, mais le Canadien n'est pas meilleur qu'il y a quelques mois. Et un vendeur ne touche sa commission que s'il parvient à closer une vente, dixit David Ettedgui.
À Kent Hughes de trouver l'équilibre entre agressif et conservateur. Si l'on sacrifie le présent pour mieux entrevoir l'avenir, il faut savoir quand commencer à penser au présent. Je vous parlais justement d'épargne et du moment où vient le temps de décaisser cette épargne en début de texte…