Le Canadien possède sa meilleure attaque depuis 2012-2013 | Analyse du système: une équipe plus agressive que jamais?

Un des systèmes les plus impressionnants de l’histoire du hockey est probablement celui que Mike Babcock a élaboré en 2014 durant les Jeux Olympiques de Sochi.

L’équipe canadienne avait atteint un niveau de synergie ahurissant. Avec et sans la rondelle, son approche était extrêmement agressive dans les trois zones. Ce groupe dictait le jeu à l’adversaire avec une fraction de seconde d’avance. Un tel style n’aurait pu être mis en oeuvre sans la bonne combinaison d’habiletés et de structure qu’offrait l’alignement canadien. Non seulement leurs meilleurs joueurs sont rapides et athlétiques, mais ils forment l’élite de leur sport en termes de talent. Il existe une forte corrélation entre le talent et la capacité à exécuter fluïdement les jeux.

Agressivité, vitesse, rapidité d’exécution, talent. Quatre variables qui ne sont pas étrangères les unes des autres. Quatre commandements du hockey moderne.

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Encore aujourd’hui, des entraineurs vont croire qu’il est possible d’avoir un ascendant sur le jeu en ne contrôlant pas la rondelle. La logique veut qu’en couvrant passivement les zone dangereuses, on limite l’adversaire à la périphérie et on peut sagement attendre le moment opportun pour lancer une contre-attaque. L’ennui, par contre, c’est qu’on laisse trop de facteurs dans les mains du hasard. Un bon roulement du disque, une passe rapide d’une zone à l’autre, une feinte bien exécutée, une perte d’équilibre d’un défenseur sont des actions parmi tant d’autres qui peuvent facilement rendre une couverture défensive vulnérable. Même un tir inoffensif de la périphérie peut devenir une chance dans l’enclave à l’aide d’un bond chanceux. Les possibilités d’erreurs sont trop nombreuses parmi les cinq joueurs qui doivent agir avec synchronisme.

« Quand tu as la rondelle, tu as par dessus-tout le pouvoir de forcer l’adversaire à prendre une décision, » analyse avec éloquence Darryl Belfry, l’entraineur d’habiletés de Patrick Kane, John Tavares, Auston Matthews et Max Pacioretty, pour ne nommer que ceux-là.

Défendre agressivement est donc souvent la bonne recette pour vite récupérer la rondelle et déguerpir de son propre territoire. Il s’agit de limiter le temps de réflexion du porteur, le placer dans une situation inconfortable qui le poussera à effecteur une mauvaise décision. Cela engendrera des erreurs de temps à autre qui sont en fait un mal nécessaire, puisqu’on devrait en provoquer plus qu’on en commet. C’est ainsi qu’on domine l’adversaire, autant sur le plan tactique que mental. Bref, ce principe explique bien pourquoi les équipes qui jouent le plus rapidement sont souvent les meilleures de la Ligue nationale.

Lors des derniers jours, le Canadien a apporté des changements importants à son groupe d’attaquants, de sorte qu’il aligne sa meilleure offensive depuis 2012-2013, alors qu’il comptait sur Michael Ryder et Brian Gionta. À l’aile droite, Andrew Shaw et Sven Andrighetto représentent des améliorations par-rapport à Weise et Semin en termes d’agressivité et d’efficacité. Et le talent de Radulov se situe à des milles de la mouture d’ailier gauche de Lars Eller. Daniel Carr, lui, pourrait sans problème remplacer Tomas Fleischmann. N’oublions pas que l’utilisation de Danault au centre du quatrième trio pousserait Torrey Mitchell à sa droite. À ce moment, Mitchell offre une autre petite amélioration en surpassant Flynn. Également, commencer la saison avec un vrai premier trio en Pacioretty-Galchenyuk-Gallagher fera toute la différence.

Galchenyuk, Gallagher, Andrighetto, Carr et Shaw sont de jeunes attaquants qui embarquent pile dans leur prime, et ce n’est certainement pas négligeable.

Cette injection considérable de talent aura une influence énorme sur le jeu de possession rapide du Canadien. Celui qu’on avait vu faire des ravages en début de saison…

Il est absolument vrai que la perte de Subban y fera contrepoids. Mais on surestime souvent l’importance des défenseurs dans la transition au détriment des attaquants. Les défenseurs se chargent de l’étape 1: la passe de la zone offensive vers la zone neutre. Les attaquants doivent ensuite compléter les étapes 2 et 3: ils doivent traverser la zone neutre – alors que les couvertures y sont de plus en plus serrées – ET établir une possession stable en territoire adverse. Sans oublier qu’ils sont directement impliqués dans la phase 1, car ils doivent fournir des appuis solides à leurs arrières en sortie de territoire.

Pas surprenant donc, qu’une étude prouve que ce sont les attaquants qui tiennent le gros bout du bâton au chapitre de la possession – qui n’est toutefois qu’un morceau de l’équation, rappelons-le.

Le système de Michel Therrien encourage les défenseurs à lancer rapidement la rondelle sur la rampe quand ils ne repèrent pas tout de suite une option de passe évidente. Les Penguins ont utilisé cette stratégie en finale de la Coupe Stanley, mais différement. Mike Sullivan demandait à ses attaquants d’aller ensuite récupérer les rondelles au bas de la zone défensive, mais les avants du Canadien, eux, doivent regagner un disque expédié en zone neutre. C’est un compromis moins risqué aux yeux de Therrien, car les revirements en zone défensive sont beaucoup plus dangereux qu’une contre-attaque qui prend naissance en zone médiane.

Weber peut certes dégager par la rampe avec la même efficacité que Subban, car ce n’est pas vraiment un talent. Toutefois, il ne sera pas aussi efficace pour flairer les options de passes directes, et transporter la rondelle hors du territoire comme le faisait P.K. – et comme le faisait pour lui Roman Josi.

Le fait que Weber soit moins dynamique et impliqué dans le jeu que l’était Subban invitera également d’autres joueurs à toucher plus souvent la rondelle. La répartition sera différente. Et quand Weber possède la rondelle, il réussit les jeux avec un plus haut taux d’efficacité que Subban – ne pas confondre taux d’efficacité avec taux de revirements. Appelons ça une petite victoire…

Bien que l’échange de Subban laisse encore un goût amer, on doit reconnaitre que le Canadien prend un pari… intrigant. En lui préférant Weber, il améliore significativement son avantage numérique et il peut compter sur son groupe d’attaquants requinqué pour récupérer un peu de l’ascendant qu’avait Subban en relance (et à cinq contre cinq). Enfin, il a les munitions pour jouer avec agressivité, comme le font les équipes d’élite telles que les Kings, les Blackhawks et les Penguins.

La prochaine saison sera très intéressante à suivre. Rarement l’alignement a-t-il été aussi différent d’une saison à l’autre. L’avenir nous dira si Bergevin a été bien servi par son audace.

En rafale
– Quand John Scott raconte une de ses bagarres à TSN! Haha!

– Décision intelligente des Panthers de signer le sous-estimé Jason Demers. (La Presse)

– Le CH continue d’ajouter de la profondeur à son club-école après la signature de Samuelsson. Il embauche maintenant l’attaquant Chris Terry.

– Meilleurs voeux à Greg Pateryn qui se marie aujourd’hui!

– Rien de nouveau…

– Une nouvelle difficile à avaler chez les Alouettes:

– Petite signature des Oilers.

– Eugénie Bouchard est éliminée au troisième tour du tournoi de Wimbledon. (La Presse)

– Le directeur général des Prédateurs David Poile a une vision rafraichissante des choses…

– Un article particulièrement pertinent dans le contexte actuel: les forces et les faiblesses de P.K., et pourquoi il y avait une logique derrière son rôle restreint au sein d’Équipe Canada. (Sports Illustrated)

– Pour ceux que ça intéresse la quatrième saison de 24CH est maintenant en ligne sur Youtube.

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