Top 15 des espoirs du CH | Édition printanière : le pipeline témoigne d'une reconstruction bien pensée
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Alors, après avoir fait graduer Juraj Slafkovsky et Lane Hutson, comme promis, on se retrouve cette semaine pour notre classement printanier des 15 espoirs les plus importants du CH!

Il s'agit de notre premier classement complet depuis l'automne.

Question de vous présenter le tout en un seul texte et de manière plus cohérente, j'ai décidé de procéder par un classement qui divisera les joueurs en tiers.

Comme toujours, on ne sera pas dans une logique de « meilleurs talents disponibles », mais plutôt dans une tentative de rendre compte de l'importance anticipée de ces joueurs au sein de l'organisation.

On sera donc davantage dans une logique de type « joueur le plus utile ».

Enfin, ce classement en tiers ne servira pas qu'à hiérarchiser des individus : on reconnaîtra peut-être un peu mieux la « recette » qui se cache derrière la reconstruction du CH : un savant mélange de repêchage en fonction du talent, du caractère et des besoins organisationnels.

Tier 1 : Ivan Demidov est dans une classe à part 

Placer Demidov seul dans son tier n'est pas qu'un choix esthétique. Demidov est capable de générer une amélioration structurelle à l'organisation, exactement comme ce fut le cas avec Slafkovsky et Hutson. Exactement comme si vous remplaciez une colonne de votre maison en 2 x4 par une colonne en acier.

Ce type de joueur est rare. Ce n'est pas simplement un attaquant productif, mais un joueur qui modifie le rythme du jeu et la manière dont les défenses adverses doivent s'adapter. Il ajoute à  la créativité globale de l' équipe.

Avec ses 54 points en 71 matchs à 19-20 ans (en route vers 62 points), c'est le profil d'un futur joueur élite  légèrement plus talentueux que Slafkovsky, mais dans un style qui le rapproche davantage des Kaprizov et Kucherov, comme on l'a déjà dit.

Pour le plaisir de la chose, rappelons qu'à 19 ans, Kucherov était dans la LHJMQ et qu'à 20 ans, il avait dû se contenter de 18 points en 52 matchs à Tampa Bay.

De son côté, au même âge, Kaprizov connaissait une saison de 40 points en 46 matchs dans la KHL, avant de produire 51 en 55 matchs à son arrivée au Minnesota à… 23 ans.

Une majorité d'experts s'attendent encore à ce que Demidov deviennent le meilleur attaquant du Canadien, LA grande étoile.

Mais, contrairement à d'autres clubs comptant sur ce genre de joueur élite, il n'aura pas à tirer seul la charrette. L'écart en lui et le trio de supervedettes : Suzuki, Caufield et Slafkovsky, ne sera vraiment pas si grand et le quintette qui suit pourra également l'appuyer, autant offensivement que défensivement.

Tier 2 : Au pays des futurs joueurs vedettes?

Le deuxième tier — Michael Hage (2), Alexander Zharovsky (3)Jakub Dobeš (4), Jacob Fowler (5) et David Reinbacher (6) — constitue probablement le cœur du pipeline montréalais; de la matière brute encore largement inexploitée.

Ce qui frappe ici, c'est la diversité des profils.

À 6'2 et plus de 200 lbs à 19 ans, Hage présente un physique avantageux, une vitesse de pointe, des mains, un tir, une vision et une intelligence offensive bien au-dessus de la moyenne.

En plus de son talent indéniable et sa capacité à jouer au centre, son amour profond pour le Canadien et la ville de Montréal n'en fait pas un grand candidat pour un échange.

On s'attend toujours à ce qu'il ait un impact immédiat dès ses premiers matchs avec le CH, un peu de la même manière que Caufield en 2021.

Et ces premiers matchs seront probablement très bientôt. Plutôt emballant tout ça…

De son côté, Alexander Zharovsky, listé lui aussi à 6'2, continue sans doute de faire regretter bien des recruteurs avec sa production de 42 points en 59 parties à 18-19 ans dans la KHL. Un Demidov « light », juste un peu moins dynamique, mais avec tout de même un très haut « plafond ». Une comparaison qui n'est pas sans rappeler celle qu'on peut établir entre Lane Hutson et son frère Cole. Cole est une version juste un peu moins dynamique de Lane, il n'est pas un joueur complètement différent.

Si rien ne change, il devrait faire ses débuts dans la LNH le printemps prochain.

Cela dit, si le Canadien veut acquérir un attaquant au style différent pour greffer à son top 6, un joueur moins dans la finesse et davantage dans la truculence, à la Matthew Knies, par exemple, Zharovsky pourrait devenir un appât très attrayant.

Ensuite, on retrouve la question à 1000$ : qui de Dobeš ou de Fowler deviendra le véritable # 1 de l'organisation?

J'accorde pour l'instant le bénéfice du doute à Dobeš et j'y vais avec sagesse au sujet des jeunes gardiens de but : un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Le Tchèque choisi 136e en 2020, vestige de l'ère Bergevin/Timmins, aura déjà 25 ans en mai (!) et entre à peine dans son « prime » en tant que gardien de but.

À 6'4, 215 lbs, il est le plus grand et le plus costaud cerbère de toute l'organisation. Son jeu de jambes est sensationnel et sa technique générale progresse de semaine en semaine depuis la promotion à Montréal de l'entraîneur des gardiens, Marco Marciano.

Si jamais le Canadien, dans un futur encore très flou, venait à lui préférer Fowler (un peu comme Price a été préféré à Halak en 2010), Dobeš, probablement une des cinq meilleures recrues dans la LNH cette saison, fait en plein ce qu'il faut pour augmenter sa valeur.

Mais Dobeš, beaucoup plus costaud que Halak, semble avoir les deux patins bien ancrés dans la glace du Centre Bell pour encore un bon bout.

Pour ce qui est de Fowler, il a déjoué les pronostiques cette année en terminant la saison avec le grand club. Son potentiel est-il supérieur à celui de Dobeš? Probablement. Il est du moins techniquement supérieur. Mais il paraît souvent plus petit dans son filet et devra continuer sa progression s'il veut « tasser » l'autre…

Quoi qu'il en soit —  chacun peut avoir son préféré — le CH mise déjà sur deux jeunes gardiens avec des potentiels de très bons #1  et dotés du type de caractère requis pour performer dans un gros marché.

Ça vaut assez cher, tout ça… La position de gardien est redevenue une force de l'organisation et n'oublions pas qu'il y a encore les Volokhin, Radkov, Cournoyer, etc. dans le système…

Au 6e rang, on retrouverait David Reinbacher, toujours en développement à Laval. Tout a été dit sur lui dernièrement. Avec les performances convaincantes de Struble aux côté de Hutson, on est de moins en moins convaincu que Reinbacher aura droit à sa première audition avec le Tricolore cette saison.

Mais à 21 ans, on peut encore l'espérer au sein du top 4 au côté de Hutson ou Matheson dans un avenir raisonnable. Il demeure tout de même une monnaie d'échange intéressante si jamais le Canadien voulait acquérir un droitier avec plus d'expérience.

Bref, les cinq joueurs de ce deuxième tier possèdent tous une assez bonne, voire une très bonne valeur d'échange. Mais, d'ici peu, ils pourront aussi devenir de véritables piliers qui insuffleront encore davantage de talent au club en plus d'ajouter passablement de gros gabarits.

À terme, ils représenteront tous des améliorations considérables par rapport aux joueurs ayant récemment occupé les « chaises » qui leurs sont destinées. C'est comme ça qu'une organisation progresse.

Tier 3 : l'intrigante profondeur

Dans le troisième tier — Bryce Pickford (7), Oliver Kapanen (8) et Adam Engström (9) — on retrouve ce qu'on pourrait appeler une « intrigante profondeur ».

Pickford incarne ici la rareté : un défenseur droitier archi-dominant cette saison dans la WHL, possédant un tir du poignet des ligues majeures et une QI offensif impressionnant. Loin d'être parfait en défensive, mais rien ne presse. Il pourra faire ses classes à Laval, peut-être dès ce printemps, on verra… Cela dit, le CH pourrait aussi être tenté de monétiser cet actif pour une option encore plus « rentable »…

Kapanen, de son côté, représente la continuité. Déjà capable de produire dans la LNH, il s'est très bien débrouillé comme centre du deuxième trio cette saison. Un flair très intéressant autour du filet qui pourra éventuellement servir encore mieux son équipe au sein d'un troisième trio en compagnie de bons joueurs comme Newhook, Dach ou Bolduc.

L'autre option demeure de l'inclure dans un échange pour un plus gros poisson. Mais rien ne presse de ce côté.

Engström, enfin, ajoute encore un peu plus de cette mobilité défensive moderne. Il participe activement à la sortie de zone et à la relance à Laval et est selon plusieurs un, sinon LE meilleur défenseur de la LAH cette saison. Il pourrait déjà jouer dans la LNH sans aucun problème, voire même au sein du top 4 de certaines formations.

Évidemment, avec la présence de Hutson et Matheson, il se pourrait fort bien que Engström soit sacrifié dans une transaction, question de diversifier un peu les profils à l'arrière. Mais c'est peut-être Carrier (ou quelqu'un d'autre) qui fera ses valises, puisque le gaucher Engstrom excelle du côté droit. On verra…

Bref, on ne saurait dire si les joueurs de ce troisième tier, dont deux repêchés par Bergevin/Timmins, auront tous de longues carrières à Montréal car ils sont déjà en compétition avec des joueurs au potentiel plus élevés. Mais ils représentent tous trois d'excellentes sélections de 2e et 3e tour au repêchage, les faisant davantage ressembler à des choix de fin de première ronde.

Tier 4 : De l'« identité » et un soupçon de talent

Le quatrième tier —  L.J. Mooney (10), Logan Sawyer (11), Owen Protz (12), Florian Xhekaj (13), Owen Beck (14), Vinzenz Rohrer (15) et — reflète un changement de catégorie important.

Ici, le critère dominant n'est plus le potentiel, mais l'« identité » que ces six joueurs pourront apporter dans le bas de la formation.

Mine de rien, avec ses 30 points en 34 matchs, L.J Mooney a connu une superbe première saison à l'Université du Minnesota. On a aussi vu son énergie et son dynamisme avec l'équipe américaine durant le temps de Fêtes. Mooney, dominant au camp de développement en juillet dernier, demeure un facteur X incontournable de cette banque. En voilà un qui, comme un Connor Garland ou un Alex Newhook, pourrait un jour apporter une joli production secondaire au sein d'un troisième trio.

Sans trop faire de bruit, Logan Sawyer (78e, 2024) a connu une très solide deuxième campagne à Providence Collège (28 points en 35 matchs), s'immisçant entre deux assez « gros noms » John Mustard (Chicago, 67e, 2024)et Roger McQueen (Anaheim, 10e, 2025) au 2e rang des marqueurs de son équipe. Un futur joueur fongueux capable de contribuer dans le bas de l'alignement.

Son club étant éliminé du tournoi de la NCAA, le Canadien doit maintenant décider s'il lui offre un contrat à Laval pour terminer la saison et pour définitivement quitter les rangs universitaires.

Parlant de contrat, Owen Protz, 6'2, 207 lbs, vient tout juste de signer le sien avec l'organisation qui l'a repêché au 102e rang en 2024. En voilà un qui apporte une vraie de vraie conscience défensive et une présence physique à la ligne bleue. Il n'est pas impossible qu'on le voit à Laval ce printemps… Peut-être le futur 6e défenseur robuste et fiable, un type que l'organisation a semblé rechercher toute la saison…

Xhekaj c'est la carte de la robustesse et intimidation et à cause de style unique, il se veut le meilleur espoir à l'attaque s'alignant avec le Rocket. Mais ne sous-estimons pas sa vitesse de pointe et ses aptitudes offensives et défensives, mais il doit encore amélioration sa constance de match en match. On s'attendait d'ailleurs à le voir davantage à Montréal cette année, mais on a préféré acquérir des options moins robustes en Texier et Danault…

Owen Beck n'a rien cassé depuis son arrivée avec le Rocket à l'automne 2024 et lors de ces quelques passages à Montréal. Mais, on ne lui confie pas de grosses missions offensives avec le Rocket ; le Canadien le développe pour qu'il devienne un centre rapide, combatif et fiable de 4e trio, capable de tuer des punitions. On le perçoit toujours, comme le remplaçant à long terme de Jake Evans, en théorie…

Le tenace Vinzenz Rohrer (12 points en 41 matchs) en est un autre qui n'a pas connu la progression offensive anticipée en Suisse avec une équipe de Zurich qui mise sur quelques gros noms (Andrighetto, Malgin).  Mais comme pour Beck, on sera très satisfait si Rohrer devenait un type de joueur « dog on a bone ». On s'attend à le voir à Laval l'automne prochain, lui qui a paraphée un contrat de trois ans avec le CH l'été dernier.

Ces joueurs du quatrième tier, ont un point commun : leur rôle est déjà lisible. On sait, à peu près, ce qu'ils peuvent devenir dans une formation de la LNH, une ligue qu'ils atteindront presque à coup sûr, tôt ou tard.

Une question demeure cependant à leur sujet : sauront-ils devenir des options supérieures aux options actuelles pour ces chaises?

Ce n'est pas si sûr…

Les mentions honorables : l'irréductible imprévisibilité…

Enfin, les mentions honorables — Yevgeni Volokhin, Tyler Thorpe et Jared Davidson — rappellent une vérité fondamentale : le développement n'est jamais totalement  prévisible.

Volokhin, dominant dans la VHL, pourrait émerger comme une surprise au poste de gardien.

Thorpe et Davidson, avec le Rocket de Laval, s'orientent vers des trajectoires plus tardives de 12e ou 13e attaquant, ou de futurs des « journey men ».

Davidson possède un tir de la LNH, un bon sens du jeu et passablement de papier sablé. Il doit simplement encore travailler son patin

Le géant Thorpe aura besoin de temps et, lui aussi, d'un meilleur coup de patin. Mais il possède également un assez bon tir et une certaine touche offensive.

Conclusion : le présent emballe, l'avenir enchante

On voit que même après les graduations d'espoirs énormes comme Slafkovsky et Hutson, qui jouent déjà comme des supervedettes, il reste encore beaucoup de talent dans la jeune filière du Tricolore. On constate aussi une quasi absence de « trous » ou de besoins organisationnels.

C'est ce qui différencie le CH de plusieurs autres reconstructeurs des dernières années comme Ottawa et Detroit.

Avec le jeune noyau en place et cette banque d'espoirs qui se classe encore parmi les meilleures du circuit, le Canadien a tout ce qu'il faut pour faire du bruit lors de la prochaine décennie.

Les bases d'une potentielle « dynastie moderne », capable de remporter quelques finales lors de cette période, sont en place.

Mais, demeurant conscients qu'ils auront les Ducks et/ou les Sharks dans les pattes…