Ceux qui me lisent depuis 25 ans (oui-oui, il y en a!) savent que je ne suis pas un grand amateur des termes à connotation quasi ésotérique en matière de sport.
Des termes comme « aura » et « culture » me font toujours sourire un brin.
Même si on croirait presque entendre l'esprit des anges, « l'aura de Shea Weber », ou pire, « l'aura de Kaiden Guhle », n'ont jamais fait gagner grand-chose dans la LNH…
À ce compte, à l'aura, je préfère de loin la statistique WAR (win above average)!
Puis, si la « culture » a fait passablement jasé – presque à l'unisson – nos politiciens plutôt cette semaine, chez le Canadien, et dans un tout autre sens, c'est un mot qu'on entend énormément depuis les années Bergevin et qui a aussi été abondamment repris par l'administration Gorton/Hughes/St-Louis.
La culture 1.0 sous Bergevin
Sous Bergevin, elle s'incarnait principalement dans le vestiaire à travers les Weber, Price et Gallagher, auxquels on avait ajouté Suzuki en 2019-2020, mais aussi, en 2020-2021, les Josh Anderson, Tyler Toffoli, Ben Chiarot, Joel Edmundsson, CoreyPerry et Eric Staal.
Mais avec les Michel Therrien, Claude Julien et Dominique Ducharme qui se sont succédés, on n'a pas vraiment eu la notoriété, la stabilité, ni de charisme au niveau des entraîneurs pour bien vendre et diffuser cette culture dans le vestiaire.
On se rappellera, entre autres, du fameux slogan « No excuses » qui n'avait pas fait long feu vers la fin du règne de Michel Therrien…
Et on sait aussi que Bergevin n'a pas fait un formidable travail du côté de la culture d'entreprise auprès du reste de l'organisation, des employés aux anciens joueurs de l'équipe.
Selon plusieurs, la culture était même devenue plutôt malsaine à l'interne…
Tsé, quand ça part d'en haut…
On peut penser que Geoff Molson a très certainement bien sous-pesé tout ça lorsqu'il a décidé d'aller voir ailleurs pour dénicher de nouvelles personnes ainsi que de nouvelles idées et façons de faire lors de son grand ménage de l'automne 2021.
Des « ambassadeurs culturels » hors pairs…
Ainsi, très rapidement, Kent Hughes, Martin St-Louis, Nick Bobrov et Vincent Lecavalier se sont ajoutés à un Jeff Gorton, à la fois affable, intelligent, drôle, bienveillant, calme, humble, professionnel et passionné par son travail.
On comprend aisément que Gorton aime s'entourer de plusieurs personnes de qualité et croit que c'est de cette façon que l'on bâtit une culture gagnante.
Un peu moins calme, mais possédant pas mal toutes les mêmes qualités que son patron, Hughes allait pour sa part devenir celui qui allait mettre en oeuvre cette culture à travers les opérations de l'organisation au quotidien.
Il a pour mission de vendre la philosophie de l'organisation auprès des agents et des joueurs de la LNH, à commencer par les siens.
Hyper-crédible, St-Louis peut porter à peu près tous les chapeaux possibles auprès de ses ouailles :
– Celui de joueur jamais repêché, sous-estimé et qui a dû trimer dur
– Celui de joueur vedette, champion marqueur de la ligue
– Celui de champion de la Coupe Stanley
– Celui de joueur qui ne cesse jamais de vouloir s'améliorer
– Celui du vétéran qui doit accepter un peu moins de responsabilités
St-Louis, doit vendre le sens du sacrifice, l'abnégation et l'imputabilité au quotidien avec des phrases qui feraient plaisir aux stoïciens et à Spinoza comme : « tout doit partir de la vérité ».
Un directeur-général vedette, chiffres à l'appui
Mais revenons à Kent Hughes puisqu'il est selon moi une des grandes vedettes de l'été dans la LNH.
Pas tant parce qu'il a fait ou pas fait, mais surtout à cause de la manière avec laquelle il se démarque de plus en plus d'une grande majorité de ses collègues, qui encore cette semaine ont continué de distribuer d'absurdes contrats aux quatre coin de la LNH.
Bien sûr, l'histoire retiendra qu'il y aura un « avant » et un « après » l'offre hostile déposée par Daniel Brière à Leo Carlsson.
Mais quand même…
À ce prix-là, lequel des deux joueurs choisissez-vous?
Faudrait vraiment « capoter » fort sur son « aura » pour choisir Makar!
À moins que vous ne préféreriez Bowen Byram à 12 M$ jusqu'à à peu près jusqu'à la fin probable de l'humanité annoncée par des anciens bonzes de l'IA?
Puis, pendant que :
– les Ducks verseront 13,5 M à Cutter Gauthier (2032) et que les Stars ne sont pas capables de s'entendre pour plus d'une saison avec Jason Robertson (12M $); le Canadien versera 9,1 M$ à Demidov (2035);
– les Caps garocheront pendant huit années 10,5 M$ à Justin Leonard et Alex Tuch, sans oublier, 6,35 M$ à Justin Sourdif; le Canadien filera 7,6 M$ à Slafkovsky (2033), 2,15 M$ à Kreider (2027) et 5,5 M$ à Newhook (2031) ;
– les Bruins feront cadeau de 7,2M$ à Fraser Minten (2034); Hughes s'est entendu avec Bolduc pour 4,2 M$ (2030) ;
– Les Devils débourseront 7,25 M$ pour les services de Luke Evangelista, un marqueur de 12 buts ; le CH a encore 5 autres années de Cole Caufield, un marqueurs de 50 buts, à 7,85$;
– Les Sharks octroieront 8,25 M$ (2030) à Jacob Trouba (32 ans) ; le CH sera heureux de verser 6 M$ à son vétéran Matheson jusqu'en 2031.
Mais, il n'y en a plus AUCUN à Montréal.
Et cela s'explique en majeure partie par la culture qu'on a réussit à vendre aux joueurs qui se portent volontaires les uns après les autres pour laisser de l'argent, BEAUCOUP d'argent sur la table.
Cet argent a déjà aidé à mettre la main sur Dobson et Kreider et servira encore sans doute dans les prochains mois et années, possiblement pour de plus gros poissons encore…
Sortez vos calculatrices!
Et donc, pour le fun, en valeur d'aujourd'hui, selon le marché actuel, on parlerait de combien de doux bidous laissés sur la table par chaque membre du noyau et à combien s'élèverait l'économie réalisée par Kent Hughes et le CH ?
On parlerait (sans trop exagérer, vous en jugerez vous-même), d'une économie potentielle de plus de 53 M$!!!
53 M$!!!
C'est ce qu'on peut appeler du « buy in » de la part des joueurs, de l'abnégation et du sacrifice keching, keching!!!
| Joueur | Valeur réelle/cap salarial | Valeur estimée/marché 2026 | Économie |
| Nick Suzuki (Bergevin) | 7,875 M$ (2030) | 17,875 M$ | 10 M$ |
| Cole Caufield | 7, 85 M$ (2031) | 14 M$ | 6,15 M$ |
| Juraj Slafkovsky | 7, 6 M$ (2033) | 14 M$ | 6, 4 M$ |
| Ivan Demidov | 9,15 M$ (2035) | 15 M $ | 5, 85 M$ |
| Alex Newhook | 5,5 M$ (2031) | 6,5 M $ | 1 M$ |
| Lane Hutson | 8,85 M$ (2034) | 18,85 M$ | 10 M$ |
| Mike Matheson | 6 M$ | 8,5 M$ | 2, 5 M$ |
| Noah Dobson | 9,5 M$ | 12,5 M$ | 3 M$ |
| Jakub Dobes | 5, 356 M$ | 8, 356 M$ | 3 M$ |
| Zackary Bolduc | 4,2 M$ | 5,5 M$ | 1,3 M$ |
| Kaiden Guhle | 5,5 M$ | 6,5 M$ | 1 M$ |
| Chris Kreider | 2,15 M$ | 5,4 $ | 3,25 M$ |
| Totaux | 79 531 000 $ | 132 856 000 $ | 53, 45 M$ |
Et c'est là que cette « culture » devient concrète, qu'elle peut même se compter en argent sonnant, et qu'elle peut éventuellement te permettre de gagner des championnats.
En tout cas, c'est une recette qui a permis aux Hurricanes – qui ont eux aussi une pas pire culture et une assez bonne gestion du plafond salarial – de finalement gagner le printemps passé.
Et eux aussi ont laissé de l'argent sur l'argent sur la table.