David Reinbacher : Hughes et Gorton ont déjà corrigé le tir avec Noah Dobson
Crédit: Capture d'écran/Twitter

Le Canadien aurait-il mis la main sur Dobson advenant un développement normal de Reinbacher?

On peut certainement en douter… et je dirais, encore plus que l'été dernier.

Habituellement, lorsqu'un club repêche un joueur au 5e rang, on s'attend à ce qu'il s'implante dans la LNH deux ans après son repêchage, parfois même un peu plus tôt.

Prenons les 15 dernières années.

Ce fut le cas avec Jake Sanderson (2020), Kent Johnson (2021), Cutter Gauthier (2022) et Demidov (2024), qui n'a même pas mis un an avant de faire le grand saut. C'est la même chose pour Noah Hanifin (2015), qui a débuté sa carrière dès l'automne suivant sa sélection.

Mais parfois, c'est aussi un peu plus long. Barrett Hayton (2018), Alex Turcotte (2019), Nino Neiderreiter (2010) entrent dans cette catégorie.

Quant à Olli Juolevi (2016) et Michael Dal Colle (2014), n'en parlons pas…

Or, quand c'est « un peu plus long », on le constate, ces joueurs ne deviennent pas souvent des vedettes. On sera même chanceux s'ils deviennent des joueurs d'impact.

Une analyse facile à faire

Si je suis capable d'effectuer cette recherche sur Hockey DB tranquille dans mon bureau, c'est bien évident que Gorton et Hughes ont pu en faire autant l'été dernier lorsqu'ils ont pris la décision de sacrifier les choix # 16 et 17 en plus d'un bon joueur de soutien (Heineman) pour mettre la main sur un défenseur vedette de 25 ans comme Noah Dobson.

Quitte à lui consentir 9,5 M$ pendant huit ans.

Ils avaient déjà compris que Reinbacher n'allait pas devenir un défenseur vedette. À tout le moins, ils ont dû revoir à la baisse leurs attentes par rapport à 2023.

Ils ont donc vu la possibilité d'un trou du côté droit de la défensive poindre à l'horizon et ont décidé d'agir sans plus tarder.

Dans ce contexte, pouvaient-ils vraiment se permettre de lever le nez sur un défenseur de la trempe de Dobson qui désirait profondément jouer à Montréal, de surcroît?

Le Prince-Édouardien, capable de jouer plus de 23 minutes soir après soir sans broncher, forme cette saison une des meilleures paires de toute la LNH aux côtés de Mike Matheson.

Si on compare avec l'an dernier, si on inclut l'éclosion de Demidov et celle 2.0 de Slafkovsky, Dobson représente la principale raison expliquant la présence du Canadien au 7e rang du classement général.

Reinbacher allait-il un jour procurer au CH ce genre de prodigieux bond en avant?

Rien n'était moins certain dans l'entité bicéphale de HuGo.

Pendant ce temps, à Laval…

Jusqu'à cette semaine, je me disais que Reinbacher pouvait bien prendre son temps à Laval, que lorsqu'il sera prêt (plus tard cette saison, au pire l'automne prochain), on allait le muter aux côtés de Hutson et que l'affaire allait être ketchup sur le top 4 pour les 8 prochaines années.

Mais là, après analyse…

Ç'a été un peu mieux hier, mais je le regardais encore mercredi contre Belleville et je revoyais sensiblement le même Reinbacher que lors de son arrivée à Laval en 2024, le même que l'an dernier, le même qu'en début de saison.

En général, intelligent dans son positionnement et son anticipation, « box out » plutôt bien devant le but, mais instable sur ses patins et n'utilise pas toujours bien son corps le long des rampes.

Ensuite, quelques bons jeux avec la rondelle, mais plusieurs mauvais, dont cette passe molle, incompréhensible et inexcusable vers Xhekaj en prolongation qui a occasionné le revirement fatal menant à la défaite du Rocket.

À 3 contre 3, un bon patineur comme Reinbacher n'avait qu'à monter la rondelle dans l'espace libre en zone centrale du côté droit. Il aurait pu ainsi assurer la possession de la rondelle et réaliser un jeu beaucoup plus facile et solide en transition ou en entrée de zone.

Confiance?

Sens du jeu?

Vision?

Ce n'était sûrement pas son meilleur match et, oui, c'était mieux hier, mais il a encore des croûtes à manger, Reinbacher.

Espérons seulement que le sac de pain ne s'en vient pas déjà vide…

Des chiffres qui ne mentent pas

À cet égard, lorsqu'on regarde sa courbe de progression à Laval depuis son arrivée au printemps 2024, la première chose que l'on remarque… c'est qu'il n'y a pas vraiment de courbe.

C'est plutôt une ligne droite.

Autant au niveau statistique qu'au niveau du test de l'œil, la ligne ou l'aiguille – c'est comme vous voulez- ne bouge pas.

Ainsi, l'Autrichien présente ces chiffres depuis son repêchage :

Kloten 2023-2024 : 11 points en 35 matchs, -15 (17 matchs ratés)
Laval 2023-2024 : 5 points en 11 matchs, + 6 (1 match raté)
Laval 2024-2025 : 11 points en 23 matchs, +3, séries incluses (62 matchs ratés)
Laval 2025-2026 : 12 points en 29 matchs, +3 (8 matchs ratés)

Toutes compétitions confondues, c'est donc un grand total de 39 points en 98 matchs joués et une production similaire, « correcte », année après année.

Mais c'est aussi – et peut-être surtout – 88 matchs ratés sur une possibilité de 175, soit environ 50% des matchs!

Ça rappelle étrangement quelqu'un…

L'histoire de Reinbacher commence à ressembler étrangement à celle de Kaiden Guhle, qui a à peine été plus « chanceux », lui qui a évolué dans 60% des rencontres depuis son arrivée à Montréal à l'automne 2022 (181 en 299).

La constante et le résultat dans les deux cas, c'est le manque de progression.

Il n'est pas exclu que les deux « débloquent » un peu sur le tard s'ils évitent les petits et gros bobos. Mais les blessures importantes dans les années qui suivent le repêchage sont souvent sans pitié pour les joueurs et ne pourront jamais être reprises complètement.

On peut aussi en parler à Noah Juulsen, qui ressemblait étrangement à une version droitière de Kaiden Guhle avant ce match fatidique du 19 novembre 2018, au cours duquel il a reçu deux rondelles au visage qui allaient changer le cours de sa carrière.

Ainsi, Reinbacher a beau essayer de devenir le joueur que le CH croyait avoir repêché en 2023, le joueur qu'il était avant son repêchage, les chances que ça se produise sont maintenant grandement réduites.

Encore une fois, tout ça a certainement été sous-pesé par Gorton et Hughes avant de conclure l'entente pour Dobson avec Mathieu Darche l'été dernier.

Une petite frousse avec Slafkovsky…

On l'oublie un peu, mais Juraj Slafkovsky a subi une assez importante blessure au bas du corps (genou?) à 18 ans lors de son année recrue. Ça l'avait fait rater toute la seconde moitié de la saison 2022-2023.

MAIS il n'avait pas eu à subir d'opération et a pris son premier envol dès sa deuxième saison, et on assiste maintenant à son grand décollage qui semble le destiner à devenir, au bas mot, un joueur vedette capable de plus d'un point par match.

« Échappée belle », comme chantaient les poètes…

L'importance de Bryce Pickford

Si les choses deviennent plutôt nébuleuse au sujet de Reinbacher et même Guhle sur le top 4, ça rend la progression fulgurante d'un certain Bryce Pickford encore plus intéressante.

Pas pour rien que le CH s'est empressé de lui faire signer une entente durant le temps des Fêtes. D'ailleurs, Pickford aurait certainement mérité de faire partie de l'équipe canadienne au CMJ, mais ça c'est une autre histoire…

En voilà un, donc, qu'on va surveiller de près l'automne prochain. Un peu comme pour Engstrom, on a là un choix de troisième ronde qui semble vouloir donner des options à ses patrons.

Que Guhle et Reinbacher assurent ou pas, Engstrom et Pickford pourront certainement leur permettre d'entretenir des conversations de plus en plus intéressantes avec leurs homologues à travers la LNH…

Reinbacher était-il donc une erreur au 5e rang en 2023?

Ahhhh, enfin la fameuse question!

Je pense qu'on se la pose depuis avant même sa sélection le 28 juin 2023 par le Canadien! On se rappellera que Reinbacher avait déjà des problèmes répertoriés aux genoux avant d'être repêché.

Donc, même s'il était convoité par plusieurs clubs à ce rang (Arizona, Philadelphie, Nashville, entre autres), il n'était peut-être pas un choix aussi sûr que ça.

C'est important, les genoux pour un joueur de hockey…

Quoi qu'il en soit, à ce jour, Reinbacher est l'un des deux seuls joueurs du top 15 à ne pas avoir joué encore un seul match dans la LNH.

Mais ce qui « sauve » un peu le CH, c'est qu'il ne semble pas y avoir de grandes vedettes qui ont été sélectionnées après lui.

Malgré des statistiques intéressantes, aujourd'hui, pas grand monde oserait toucher à Michkov avec une perche de 10 pieds…

Ryan Leonard – que j'aurais vu à Montréal si Hughes et Gorton avaient accepté de descendre de quelques rangs – sans être transcendant, serait sans doute le choix le plus consensuel en ce moment.

Zach Benson montre un certain dynamisme et fait relativement bien à Buffalo (80 points en 179 matchs), mais rien pour s'empêcher de dormir.

Le petit droitier, Sandin-Pellicka, montre de belles promesses à la ligne bleue des Red Wings à sa première saison. Il deviendra peut-être le meilleur défenseur de ce faible repêchage chez les arrières.

Mais aurait-il bien cadré avec le Canadien qui comptait déjà sur un certain Lane Hutson? Si les décideurs ont levé le nez sur son frère Cole en 2024 au 21e rang, c'est clair qu'ils ne voulaient rien savoir de Sandin-Pellicka au 5e rang en 2023…

En somme, Hughes et Gorton croyaient avoir pris un pari pas trop risqué en optant pour Reinbacher.

Les autres options étaient loin d'être des slam dunks, on en conviendra.

Mais disons que si leur pari n'est pas encore perdu, les probabilités qu'ils remportent le gros lot sont maintenant beaucoup plus minces…

Par chance, ils l'ont réalisé eux-mêmes avant bien du monde.

L'acquisition de Dobson leur a permis de maintenir le cap.