Clayton Keller joue aux échecs, pas au hockey

Il y a une semaine, j’avais identifié un groupe que je considérais plutôt immuable de 10 noms qui devraient être appelés dans le premier tiers du repêchage. Bon, immuable? Ma parole. Il y avait là un brin de naïveté de ma part de croire que celui-ci se maintiendrait sans voir d’autres espoirs brouiller les cartes dans les derniers mètres. Autre leçon dans le calepin: ne jamais ignorer à quel point les opinions sont volatiles lorsqu’il est question de repêchage.

Je soupçonne que, sur plusieurs listes, le centre Tyson Jost a grimpé de quelques échelons. Il a été déjà beaucoup question de ses récentes prouesses sur le site. Mais en y repensant, je n’ai peut-être pas suffisamment mis l’accent sur son savoir-faire dans les trois zones lorsque j’en ai fait l’éloge. Ne vous laissez pas méprendre par sa grande quantité de points et ses manoeuvres flamboyantes en attaque: Jost a prouvé être avant tout un joueur vachement investi dans toutes les facettes n’étant pas liées au jeu avec la rondelle. C’est-à-dire qu’il saisit bien son rôle principal en tant que joueur de centre, qui est de fournir du support dans les endroits stratégiques de la patinoire: très souvent impliqué dans l’action en piochant avec son bâton, proche de ses défenseurs. Et ses replis sont vigoureux. Ne vous demandez pas pourquoi le disque trouve constamment sa lame.

On sait que Marc Bergevin et Michel Therrien s’éprennent de tout joueur avec un potentiel offensif qui a un jeu organisé, responsable, tout en manifestant de l’énergie et du caractère. Idéalement, le Canadien ne veut pas que repêcher un espoir qui produira des points, mais aussi un game-breaker. Jost est-il le centre qui pourra être déployé avec une avance d’un but? En désavantage numérique? Est-il du genre à faire les bonnes lectures avec l’avantage d’un homme? Élève-t-il le rendement de ses coéquipiers? Doit-on l’utiliser à tout prix avec un mince écart à combler? Lorsque le gardien est retiré? Disons que, même si son trio n’a pas nécessairement été le meilleur du Canada à tous les matchs, le gaucher a montré durant ce tournoi que son jeu comportait plusieurs dimensions.

Soit. Mais n’allons pas croire que ce tournoi au complet a été dominé par un seul et unique joueur. À tous ceux qui oseront dire que les U18 n’étaient l’histoire que de Tyson Jost: Clayton Keller vous fait un beau gros ‘salut, je suis là!’ sur la pointe des pieds. Vous ne l’avez pas remarqué? Je regrette, mais vous mentez, ou vous avez manifestement une dent, non un dentier, contre les petits attaquants!

Keller, et non Jost a été, à mon sens, la grande révélation de cette compétition. Parce qu’il représente le meilleur espoir? Je ne suis pas prêt à franchir ce pas. Plutôt car il est cet énergumène unique qu’un circuit comme la ligue nationale, en manque de panache offensif et de gestes spectaculaires, accueillera à bras grands ouverts, étirés, disloqués, déchirés…

Pour les présentations: Keller, natif de Sawnson en Illinois, est un joueur de centre de 5’10 et 168 livres. Il évolue dans le programme de développement américain, avec lequel il a compilé une moyenne de points par match comparable à celle d’Auston Matthews, Jack Eichel et Patrick Kane. Il a fait un malheur avec le fils de Brian Bellows, Kieffer, qui lui a servi de franc-tireur pour compléter ses mises en scène.

Qu’a-t-il de si spécial? S’il n’en tenait qu’à la vision du jeu, et à rien d’autre, Clayton Keller pourrait être considéré comme le meilleur espoir depuis Connor McDavid. Mais, comprenez, on pourrait en dire autant de Michael McLeod si on se limitait au coup de patin…

On a vu Clayton Keller réaliser des choses complètement folles qui auraient sans doute fait le tour des réseaux sociaux dans un tournoi de plus grande envergure.

Des exemples parmi tant d’autres? Couvert par un joueur en entrée de territoire, il a attendu, une, deux secondes, avec la rondelle, a échappé à sa couverture avec une gracieuse feinte d’épaule, et attendu jusqu’au dernier moment pour dénicher la meilleure option de passe, et récolter une mention d’aide secondaire sur le premier but des États-Unis face à la Finlande.

Positionné aux abords de l’enclave, il a arqué son bâton comme pour signaler à un coéquipier qu’il voulait décocher un lancer frappé, mais il se préparait en fait déjà à lancer une passe sur réception en direction de son compagnon de trio embusqué à l’embouchure du filet. Le jeu a raté d’un poil, mais la défensive n’y avait vu que du feu.

Il en a remis au match pour la médaille de bronze. Avec la rondelle sur son revers, alors qu’il faisait dos au jeu, il a balancé une offrande à l’aveuglette à son acolyte Bellows, qui s’était fait oublier hors l’aile. J’aurais pu mettre la séquence sur pause alors que Keller s’exécutait, et même en prenant tout mon temps, je ne crois pas que j’aurais eu la présence d’esprit de lui conseiller ce jeu. Mais, lui dans le feu de l’action, et sur son revers, il l’a vu.

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Ce qui me fascine chez Keller, c’est qu’il semble avoir appris à jouer avec une conception de son sport complètement différente de la norme. Il ne joue pas au hockey, mais plutôt aux échecs. Il n’est pratiquement pas impliqué physiquement. Il va rarement dans le trafic, préférant surgir pile au bon moment devant le filet. D’une rotation du cou, il emmagasine une quantité étonnante d’information le guidant vers la bonne lecture. Chaque jeu est exécuté avec un temps de réaction légèrement plus rapide que la normale.

J’ai toujours été d’avis qu’un espoir qui est particulièrement intelligent sur la patinoire, et qui est talentueux en prime est une valeur sûre. Pourquoi? Parce que le QI hockey…
– Est inné, donc inestimable
– Est l’atout avec la plus grande longévité
– Ne peut être affecté par des blessures physiques
– Promet une longueur d’avance non négligeable dans l’exécution du jeu
– Parvient à maquiller plusieurs faiblesses

Remarquez que les joueurs d’élite sont tous, sans exception, plus intelligents que la moyenne. On ne réinvente pas la roue. Le QI hockey a depuis longtemps émergé comme le dénominateur commun dans les succès individuels des joueurs, parfois sans qu’on n’y accorde suffisamment d’importance.

Alors pourquoi Keller, que je semble vanter depuis le début comme la réincarnation de Wayne Gretzky, ne constitue-t-il pas un candidat unanime pour être choisi dans le top-10?

Il faut dire que peu de centres de son gabarit parviennent à percer la ligue nationale. Un moins grand nombre d’entre eux finissent par avoir un impact digne d’un des 10 meilleurs prospects du repêchage. Rarissimes sont les Tyler Johnson qui s’éclatent en séries éliminatoires.

Le jeune américain a beau patiner avec vigueur, il devra gagner du coffre, histoire de récupérer efficacement les rondelles en baissant son centre de gravité le long des rampes. Comme l’a fait Martin St-Louis, et le font maintenant Gaudreau, Gallagher, Atkinson et compagnie. Pour le moment, Keller doit être aidé par des ailiers costauds pouvant aller lui chercher les rondelles dans la boue sans qu’il s’en salisse les mains. Sans quoi son temps de possession est plutôt maigre. Dans la LNH, il aura l’espace d’une cabine téléphonique pour user de ses mains de soie.

Le Canadien a un choix difficile à faire, donc, si Keller demeure disponible au neuvième rang. Parier sur le talent offensif pur est à ses fabuleux risques, et douloureux périls. À l’autre bout du spectre, si Tyson Jost est l’heureux élu et ne devient rien de plus qu’un attaquant complet, alors que Keller se révèle être une émule d’Evgeny Kuznetsov, la Flanelle sera mitraillée de tomates.

En rafale
– Les notes des joueurs des IceCaps. (HabsWorld)

– Un superbe but de Jonathan Huberdeau. (NBC Sports)

– Artturi Lehkonen donne une entrevue après la victoire de son équipe en Suède. (HabsEyeOnThePrize)

ll faut toutefois mettre en perspective les succès du Finlandais:

– On sait (depuis quelque temps) à quels rangs le CH repêchera dans les rondes extérieures:

– La valeur de Drouin vient-elle de monter en flèche?

– Le Wild du Minnesota est passé bien près de faire une remontée spectaculaire face aux Stars de Dallas! Il ne manquait qu’un pouce en fait! (Radio Canada Sports)

– Les États-Unis ont complètement démoli le Canada dans le match pour la médaille de bronze au U18!

– Le talentueux joueur russe est-il sur le départ, au Texas?

– Mike Ribeiro croit que les unités spéciales seront la solution pour permettre aux Preds de revenir dans la série. (Journal de Montréal)

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