Ainsi donc, le « plus meilleur pays du monde » a également perdu la médaille d'or au hockey sur glace masculin.
Je ne sais pas si j'ai été sous une roche depuis dimanche dernier, mais à part pour ce texte de mon collègue Max Truman, les causes profondes de cette défaite sont passablement passées sous silence ou n'ont pas suffisamment retenu l'attention.
On semble avoir tout mis ça sur le dos du but raté par MacKinnon, des prouesses de Hellebuyck et de la dernière séquence qui a mené au but de Jack Hughes en prolongation.
Mais, la vérité c'est que le Canada n'aurait jamais dû être à un but de la médaille d'or.
Même sans Crosby, il aurait pu avoir les ressources pour survoler le tournoi et plier le match final en première ou en deuxième période.
Relevons les causes profondes qui ont privé le Canada de la médaille d'or.
Je ne dirais pas qu'il a été carrément mauvais car il a dû composer avec ce qu'il avait sous la main et on l'a privé – ou s'est-il privé lui même en se mêlant de ce dossier ? – de très belle pièces (on y reviendra), mais la surrutilisation de Makar, de McDavid et de MacKinnon a fini par nuire à l'équipe en finale.
McDavid a joué 24:01 contre les USA.
MacKinnon, peut-être pas à 100%, a cumulé 23:14 de temps de jeu.
Makar a pour sa part labouré pendant 26:42 secondes.
Le défenseur de l'Avalanche n'était même plus capable de faire une repli défensif digne de ce nom alors que la prolongation venait à peine de débuter. Il avait déjà joué presque une demi-heure à fond de train, marquant le seul but de son équipe…
Every angle of Jack Hughes'
Golden Goal pic.twitter.com/FvuEjifG05— megofishing13 🇺🇸🇺🇸🤘 (@megofishing13) February 22, 2026
Il aurait fallu mieux doser le temps de jeu de ces trois joueurs d'élite afin de mieux profiter de leur explosion. À 80 % de leur capacité, ils ne sont pas aussi efficaces, et fatigués ils vont commettre des erreurs comme n'importe qui.
Pour un, avec sa moyenne de 13:23 par match, et SEULEMENT 10:31 lors du match final, Nick Suzuki aurait pu et dû jouer davantage.
On le sait très performant sous pression et il se voulait un remplaçant tout à fait adéquat de Crosby sur un deuxième trio en compagnie de Marner et Stone. Mais on dirait que malgré son énorme but contre les Tchèque, Cooper a hésité à lui faire confiance.
Pourquoi?
Suzuki, qui se dirige probablement vers le Selke, aurait facilement dû jouer 16-17 minutes lors du match final.
Seth Jarvis, avec sa vitesse, sa fougue et son talent en est un autre qu'on a sous-utilisé : 8 petites minutes en finale…
On dirait que Cooper a oublié que le hockey n'était pas du basket dimanche dernier…
Un moment donné du hockey, c'est du hockey, c'est du hockey.
Autrement dit, t'as beau avoir 36 ans, une grosse réputation, un « aura », une médaille d'or, deux Coupes Stanley et pus trop de dents dans la bouche, si tu es incapable de te mériter la confiance de ton coach pour affronter les meilleurs dans un match de la médaille d'or, tu n'aurais pas dû faire partie d'une telle équipe.
Drew Doughty et Shea Theodore ont joué 9 minutes en finale. 9 minutes. C'est digne de Arber Xhekaj lors d'un mauvais match avec le CH…
Clairement, à gauche, Matthew Schaefer aurait dû être là à la place de Theodore ou encore Sanheim.
Clairement.
Et je ne pense pas que Cooper l'aurait utilisé 10 minutes par match. Comme il n'a pas utilisé Celebrini 12 minutes par match.
À 20-22 minutes par parties, Schaefer aurait aidé le Canada à dominer les match, ne serait-ce qu'en permettant à Makar de souffler un brin.
Tout aussi clairement, un grand droitier, fluide, dans la force de l'âge, comme Noah Dobson aurait dû prendre la place de Doughty ou Pareyko qui n'ont plus la mobilité pour jouer à ce niveau ou qui n'ont plus le punch offensif pour bien alimenter les attaquants.
Peut-être aussi qu'un athlète increvable et fiable, capable de patiner avec n'importe qui comme Mike Matheson aurait dû être davantage considéré pour un rôle « two ways ».
Bien sûr, le Canada a perdu Josh Morrissey qui s'est blessé lors du premier match de la compétition, une très lourde perte, lui qui aurait pu jouer ce gros rôle en soutien à Makar
Mais bon, au final, c'est un peu comme si le Canada avait utilisé son plan B en défensive plutôt que son plan A.
Dans, une moindre mesure, la même chose aurait pu être dite au sujet des attaquants, d'autant qu'on savait déjà que Brayden Point n'y serait pas et que Brad Marchand n'allait pas se rendre en Italie au sommet de sa forme…
Connor Bedard était de retour au jeu depuis trois semaines, en pleine forme. Je répète : CONNOR BEDARD! 54 points en 45 matchs, 24 buts…
Wyatt Jonhston, dans la force de l'âge, 31 buts, 61 points en 58 matchs, meneur de toute la LNH pour les buts en avantage numérique. Pas là non plus!
J'aurais du mal à défaire ma chemise pour défendre Mark Scheifele, mais sur la simple base de sa saison et de la qualité de son jeu, il aurait mérité d'y être bien avant d'autres.
Or, pour ne nommer que ceux-là, qu'ont fait Sam Reinhart et Brandon Hagel lors de ce tournoi?
Pas grand-chose…
On s'est donc bizarrement privé d'une superbe profondeur en fait de talent offensif dynamique au profit de joueurs complémentaires plus « beige » qui n'ont pas su trouver leur place.
Pouet-pouet.
Bref, un peu comme ce fut le cas pour la sélection féminine, Hockey Canada a manqué d'audace et a eu peur de déplaire à certaines personnes.
On n'a pas voulu trop ébranler la « hiérarchie ».
Chez les hommes, on a aussi peut-être trop voulu derrière le banc et sur la glace que les héros soient les héros…
Or, je suis convaincu qu'avec ne serait-ce que Schaefer et Bedard dans la formation, le match de la médaille d'or, déjà outrageusement dominé par les Canadien au chapitre des buts anticipés, aurait pu rapidement devenir une simple formalité.
Expected goals Olympic gold medal game:
Canada, 5.96
USA, 1.96Now THAT is getting goalied. pic.twitter.com/REiKmRXti8
— David Staples (@dstaples) February 22, 2026
Et c'est sans parler des troubles qui aurait pu et dû être évités en quart et en demi finale et des petites et grandes frousses lors des 4 nations.
Il faudra donc en tirer des leçons pour les prochains grands rendez-vous.
Comme en 2006, lorsqu'on avait pas envoyé les jeunes Sidney Crosby et Eric Staal à Turin…
prolongation
Oh que j'aimerais être une des neurones de Cole Caufield et Lane Hutson pour savoir ce qu'ils ont pensé de Donald Trump et de ses plus récents écarts entourant ses équipes championnes masculines et féminines au hockey…Je serai toujours un défenseur d'une citoyenneté plus assumée de la part des athlètes professionnels. Ce sont des individus qui possèdent une tribune exceptionnelle pour prendre la parole et dénoncer des injustices et « respectueusement » décrier des stupidités en tout genre.
Ils peuvent avoir beaucoup plus d'impact que la moyenne des ours.
Les journaliste ont aussi leur part de responsabilités là-dedans…
C'est donc triste qu'on ne les entendent pas assez en tant que citoyens, nos athlètes. Et le plus souvent, c'est pour des « mauvaises raisons », bien inférieures, disons, au bien commun ou la quête de justice et de vérité :
– peur d'être jugé
– mythe qu'il ne faut pas mélanger sport et politique
– peur de perdre des commanditaires
– craintes de représailles politiques
– peur d'avoir peur…
Ainsi, avec le dossier Epstein en toile de fond, on peut dire bravo! à la plus grande joueuse américaine de l'histoire, Hilary Knight, pour avoir poliment remis « The Donald » à sa place et profiter de l'occasion pour en tirer une leçon au sujet des relations hommes-femmes :
« Une excellente leçon, qui nous invite à réfléchir à la façon dont nous parlons des femmes, non seulement dans le sport, mais aussi dans le monde des affaires. Les femmes ne sont pas inférieures, et leurs accomplissements ne devraient être occultés par rien d'autre que leur immense talent. »
Pour ce qui est, des « oubliés américains, Lane Hutson du Michigan et Cole Caufield du Wisconsin, deux états passés « au rouge » en 2024, ils vont sans doute continuer de se faire pâles dans ce dossier.
De toute façon, l'attention sera déjà tourné vers l'Iran au moment où vous lirez ce texte…