Le CF Montréal a subi une sévère correction samedi soir à San Diego. Les Montréalais n'ont vraiment pas entamé leur saison de la façon espérée. Tout le monde devra être meilleur samedi prochain à Chicago, question d'éviter de subir une deuxième correction en huit jours.
Les gars ont repris l'entraînement mardi en Californie, mais l'équipe se rendra à Chicago aujourd'hui en fin d'après-midi, en vue de son match de samedi PM.
Une grosse fin de semaine déterminante attend (déjà) Marco Donadel et ses hommes.
L'esprit et la transparence de Luca Saputo
Vendredi dernier, j'ai eu la chance de discuter pendant une trentaine de minutes avec l'architecte de l'effectif montréalais. Luca a été franc et direct avant même que j'aie eu le temps d'ouvrir la bouche :
« Max, pose-moi toutes les questions que tu veux. Ne te gêne pas. Je n'ai rien à cacher et je te dirai tout ce que je peux te dire. » – Luca Saputo
Oui, le vibe a définitivement changé depuis l'arrivée d'Alexandre Panneton et Hassoun Camara. On permet, voire on encourage désormais les différents acteurs principaux de l'organisation à faire preuve de transparence lorsqu'ils s'entretiennent avec nous. Marco Donadel, Samuel Piette, Prince Owusu, Philippe Eullaffroy, Luca Saputo… les conversations que l'on a avec des membres de l'organisation sont beaucoup plus intéressantes et instructives depuis quelques mois.
Poursuivons où on avait laissé samedi…
Mahala Opoku et Sunusi Ibrahim, deux dossiers différents
Les années se suivent et se ressemblent pour Mahala Opoku et Sunusi Ibrahim. Les matchs s'enchaînent et autant Opoku que Sunusi ne jouent que très peu.
Opoku a vu son nombre de minutes diminuer d'année en année. Depuis 2022, il est passé de 1770 minutes à 1183, puis à 936, 515 et 188. Non, les blessures ne peuvent pas tout expliquer à elles seules.
Sunusi, lui, n'a joué que 70 minutes l'an dernier, alors qu'il était pourtant en santé.
Pourquoi les gars jouent-ils si peu, tout en demeurant dans l'équipe ? Pourquoi ne les a-t-on pas convaincus de partir malgré leur contrat, comme on l'a fait avec Tom Pearce et Matias Coccaro au cours des derniers mois ?
« Ce sont deux cas très différents. Mahala s'est bien intégré dans l'équipe, il se bat pour ses minutes, il est dans une condition physique impressionnante et il a le respect de tout le monde alentour de lui. Il est pleinement dans le groupe et c'est à lui de convaincre Marco qu'il est une bonne option sur le terrain. »
Plus je passe de temps alentour de l'équipe et plus je réalise que Marco Donadel ne prend pas ses décisions en fonction des contrats de chacun de ses joueurs. Le salaire inscrit sur un bout de papier ou dans le coin d'un chèque, ça n'entre pas dans l'équation du coach, lorsque vient le temps de concocter son XI partant.
J'ai vu Mahala Opoku dominer des séances d'entraînement avec Starting XI durant l'entre-saison. On voyait tout de suite que le gars avait une coche de plus que pas mal tout le monde sur le terrain. C'est à lui de bien s'adapter aux consignes et aux principes de jeu de Marco Donadel et de faire la différence lorsqu'il sera appelé à faire son entrée dans un match.

(Crédit: Nicolas Brassard)
« Sunusi, comme je te l'ai dit d'entrée de jeu, c'est un cas différent. »
Luca Saputo n'a pas voulu s'avancer davantage, mais le fait d'avoir vu Sunusi traîner de la patte dans un exercice de course à Marie-Victorin – lié au fait qu'il n'était même pas sur le banc samedi dernier en Californie – me donne une bonne idée de la situation.
Sauf que comme un agent me l'a dit un jour : il faut être deux pour danser, quand vient le temps de briser ou de racheter un contrat. Le joueur doit faire un effort lui aussi.
Quel rôle pour Ivan Losenko ?
Marco Donadel l'a souvent répété : Ivan Losenko est un projet. Un vrai projet qui demandera bien évidemment du temps.
Et Luca Saputo a tenu sensiblement les mêmes propos lorsque je lui ai parlé de Losenko.
« C'était prévu dès le début : Losenko n'allait pas jouer le premier match. Il parle peu anglais, les longs déplacements en MLS sont un défi pour les nouveaux jeunes joueurs qui arrivent d'Europe. Il représente un projet pour nous cette saison. On espère que la présence d'un autre Ukrainien dans l'effectif facilitera son adaptation. Il cohabite d'ailleurs avec Henna sur la route. » – Luca Saputo
Luca ne l'a pas dit, mais il est facile de comprendre que l'intégration de Hennadii Synchuk, qui s'est retrouvé pas mal seul l'an dernier à Montréal, n'a pas été facile. D'autant plus que Synchuk a dû composer avec des blessures…
Est-ce que Losenko aura des minutes en 2026 ? Si oui, quel rôle peut-on espérer le voir jouer ?
« On croit que Losenko sera en mesure de contribuer d'ici la fin de la saison, mais on va être patient. On ne va rien précipiter. »
J'ai eu la chance de voir Losenko à Marie-Victorin et il me semble très juste techniquement. Il a clairement de bonnes habiletés de connecteur sur le terrain. Cependant, Luca Saputo a raison : Losenko aura besoin de temps pour s'adapter à la réalité et au game pace de la MLS.
Noah Streit jouera-t-il bientôt ?
En écoutant Luca Saputo parler d'Ivan Losenko, je me suis dit que si une adaptation patiente était nécessaire pour Ivan Losenko, 21 ans, une telle adaptation patiente allait également l'être pour Noah Streit, 20 ans.
« Noah aura également besoin de s'adapter au soccer nord-américain. Il possède plusieurs qualités et nous avons confiance en son potentiel ici. C'est Montréal qui l'a identifié et observé, pas Bologne. On a demandé l'option d'un recruteur là-bas qui connait bien le foot suisse, mais ultimement, c'est nous qui croyons qu'il a tout pour réussir en MLS. Contrairement à ce qui a été rapporté par certains médias, Streit, c'est un transfert. Il n'est pas venu ici comme agent libre. » – Luca Saputo
Si je devais me mouiller, je dirais que Noah Streit a de meilleures chances de jouer avant Ivan Losenko que l'inverse, mais ce n'est que mon feeling à distance. Ne prenez pas ça pour du cash.
Dans quelle mesure Bologne est-il impliqué dans les recrutements montréalais ?
Lorsque Luca Saputo a donné des détails sur le recrutement de Noah Streit, j'ai eu envie de savoir en général, comment fonctionnait la plupart du recrutement chez le CF Montréal.
Qui identifie les joueurs ? Qui fait des suggestions ?
« On a des profils de recrutement développés par notre département à Montréal. On travaille souvent en collaboration avec Bologne et on demande également souvent l'avis de Marco Donadel vers la fin du processus, lorsqu'il ne reste plus que deux ou trois joueurs identifiés. Tous les recrutements cette année ont été l'œuvre du département montréalais. On a deux recruteurs (Raffaele Frassetti et Antonio Bruzzese), mon frère et moi. Et comme je t'ai dit, on implique souvent le staff de Bologne et Marco Donadel pour compléter. » – Luca Saputo
La fin de l'aventure Alessandro Biello
On a appris quelques jours après la fin de la saison que le CF Montréal n'avait pas activé son option sur Alessandro Biello, mais que le club l'avait invité à participer au camp de l'équipe en 2026, question de nous prouver qu'il mérite un nouveau contrat.
Biello a toutefois décidé de signer son nouveau contrat avec le FC Supra et d'ainsi refuser l'invitation lancée par le CF Montréal. Que s'est-il passé exactement pour qu'on en arrive à ce scénario ?
« C'est simple, Max. Il y a deux ans, on lui a offert d'aller jouer pour la deuxième équipe de Bologne en Primavera, comme Jesse Saputo et Antoine N'Diaye. On ne le voyait pas jouer beaucoup de minutes en première équipe ici à sa première saison. Il était encore très jeune. Il a dit non. On a regardé du côté de la CPL pour un prêt et plusieurs équipes étaient intéressées. C'est Alessandro lui-même qui a décidé d'aller à Halifax à sa deuxième année. C'était son choix. Nous, ensuite, on a fait le choix de ne pas activer son option. C'était une décision 100 % dictée par le foot et le montant de son option. On aurait aimé le voir en pré-saison, mais on comprend et respecte sa décision. On lui souhaite la meilleure des chances avec le Supra. »
Owen Graham-Roache, le prochain joueur prêté en CPL ?
Lorsque je regarde l'effectif du FC Supra, une chose me saute aux yeux : il manque encore un attaquant ou deux pour s'assurer d'être compétitif dès l'année 1 en CPL.
Et lorsque le CF Montréal a mis Daniel Rios sous contrat, je me suis rapidement dit qu'Owen Graham-Roache allait encore avoir des minutes limitées cette année. Personnellement, je ne trouve pas non plus qu'Owen est prêt à jouer 1 000 minutes en MLS. Lors des entraînements, il est bon, mais il ne parvient pas encore à s'imposer sur les défenseurs qui jouent contre lui.
Le fait que le club ait accepté de le prêter à l'équipe canadienne U20, contrairement à Aleksandr Guboglo, me fait également penser que le club n'a pas nécessairement besoin d'Owen cette saison, du moins pas d'ici la Coupe du monde.
Pourquoi ne pas le prêter au FC Supra ? Ce serait un win-win, un fit, non ? Il aurait un rôle important à jouer et des minutes de qualité.
« Pour l'instant, on préfère avoir Owen avec nous. Je sais, c'est important de jouer pour le développement d'un jeune joueur, mais Owen pourra apprendre beaucoup de vétérans comme Prince et Dany à Montréal. Marco voit vraiment un grand potentiel en Owen et jouer pour un entraîneur qui croit en toi, c'est bon pour ton développement. On peut jouer avec deux attaquants face à certains schémas tactiques ou quand on court après un but en fin de match. Pour toutes ces raisons, on croit pour l'instant qu'Owen est mieux avec nous. » – Luca Saputo
À noter que cet article est le deuxième d'une série de trois que j'écrirai à la suite de mon entretien avec Luca Saputo. Il sera question dans les prochains jours du Centre Nutrilait, du centre d'entraînement de l'équipe nationale canadienne, du mercato en cours, de la reconstruction de l'effectif et de l'avenir de la concession à Montréal. Stay tuned.