Voilà déjà plusieurs mois que je le répète sur plusieurs tribunes. À la radio, dans des balados, ici dans mes textes…
Ceux et celles qui s'attendent à voir la chaîne TVA Sports fermer l'an prochain parce qu'elle perdra les droits francophones nationaux de la LNH risquent d'avoir toute une surprise.
Selon ce que j'entends, le scénario le plus probable quant à la diffusion en français des matchs nationaux du Canadien, des séries éliminatoires, du repêchage de la LNH et de plusieurs rencontres quasi-quotidiennes des autres équipes du circuit Bettman implique encore et toujours TVA Sports.
Réfléchissons un peu ensemble ce midi…
Le deal actuel liant TVA Sports à la LNH (via Rogers) se terminera à la fin du mois de juin. Normal, me direz-vous, puisque l'entente entre la LNH et Rogers se terminera à ce moment-là…
Cependant, Rogers et la LNH ont annoncé en avril dernier – il y a près d'un an, donc – que les droits nationaux demeureront la priorité de Rogers pour 12 autres saisons. En contrepartie, Rogers s'engage à verser 11 milliards $ à la LNH durant cette période de 12 ans. On parle ici d'un montant environ deux fois plus élevé que lors de l'entente précédente (5,2 milliards).
Depuis avril, la LNH – et non Rogers – se cherche un partenaire pour les droits francophones. Il faut comprendre que c'est la LNH qui fait des approches et qui négocie ; au final, le montant obtenu sera tout simplement soustrait des 11 milliards $ dus par Rogers.
Au moment d'écrire ces lignes, il n'y a toujours pas eu d'entente concernant ces droits francophones.
En octobre dernier, RDS a annoncé un vendredi après-midi avoir prolongé à long terme – et de façon semble-t-il historique – des droits des Canadiens de Montréal. En lisant le communiqué, on a compris que RDS allait passer de 60 à 45 matchs régionaux par saison, sans pour autant avoir obtenu plus de matchs de séries ou d'événements spéciaux.
Pourquoi a-t-on accepté de passer de 60 à 45 rencontres chez RDS ? Tout simplement parce que 60, c'était trop cher. Et 30, ce n'était pas assez !
Avec un peu plus de 50 % des parties du CH, les décideurs de Bell Média jugent que les Québécois resteront abonnés à la chaîne. Ils cherchaient un point d'équilibre à respecter.
Puisque les prochaines saisons seront de 84 matchs, soit deux de plus qu'actuellement, il y a donc 39 rencontres encore « à vendre » depuis octobre. Il était (et il est encore) prématuré, selon ce que j'ai été en mesure d'apprendre, de dire que 15 rencontres du CH seront exclusivement présentées sur Crave.
Le président de Bell Média a mentionné récemment qu'il aimerait bien mettre la main sur les droits nationaux francophones de la LNH, mais qu'il ne le fera que s'il juge le prix « bon ». Comprenez-moi bien : si Bell Média avait eu l'intention de diffuser plus que 45 matchs du CH par saison, la compagnie aurait « acheté » 60 matchs régionaux, et non seulement 45.
Où se retrouveront alors les 39 autres parties régulières – et les matchs éliminatoires – du Canadien ?
Amazon voulait prendre le pouls du marché pendant une vingtaine de mois afin de voir s'il était judicieux d'embarquer dans le prochain deal de façon plus importante ; visiblement, le test n'a pas été concluant. D'autant plus qu'il serait surprenant de voir une entreprise qui a quitté ses entrepôts québécois venir dépenser des millions, voire des milliards, pour diffuser en français des matchs de la LNH.
Apple a déjà toute la misère du monde à faire rentrer des dollars avec son entente avec la MLS que je ne vois pas la compagnie se dire : « ouais, on va miser sur le hockey nord-américain. »
Peut-être Netflix ? Ça se peut, mais je me l'imagine mal…
Radio-Canada ? Je ne vois pas comment le (faible) gouvernement libéral pourrait justifier le fait de subventionner la diffusion francophone, mais pas anglophone, des matchs de la LNH à tous les contribuables canadiens.
Si vous faites le calcul comme moi, il ne reste qu'un seul partenaire probable pour danser avec la LNH : Québecor.
Mon ami et collègue Jeremy Filosa avait raison il y a deux semaines : ça sent de plus en plus le retour des Nordiques du hockey du CH sur TVA Sports.
Selon ce que l'on me dit, ça regarde très bien pour que l'on annonce dans les alentours du mois de mars que @TVASports demeurera un diffuseur de la @NHL.
Ils partageraient à nouveau la diffusion des matchs des @CanadiensMTL avec @RDSca.
Une quinzaine de matchs demeureraient… pic.twitter.com/gO5kxVfsU3
— Jeremy Filosa 🎙 (@JeremyFilosa) February 2, 2026
Mais quelque chose entre 22 et 34 matchs me semble réaliste, voire probable.
Il faut comprendre que la LNH commence généralement à travailler sur le calendrier de sa prochaine saison après la date limite des transactions. C'est dans trois semaines, ça, cette année…
Puisque tu dois impliquer tes diffuseurs nationaux lors de la conception de ton calendrier, je ne vois pas comment la LNH pourra concocter sa cédule sans avoir trouvé de partenaire télé francophone.
La LNH se retrouve coincée, elle aurait voulu compléter un deal avant.
Le temps commence à manquer.
Un peu comme ce fut le cas avec les Thrashers et la Ville de Winnipeg, il y a parfois de bons deals à faire à minuit moins une, quand Gary Bettman et Bill Daly se sentent pressés par le temps.
C'est pourquoi en ce 16 février 2026, je place TVA Sports loin devant les autres pour obtenir les droits francophones de la LNH.
À noter que j'ai tenté d'obtenir les commentaires de plusieurs décideurs chez RDS, TVA Sports, Amazon et dans les bureaux de la LNH, mais tout le monde est actuellement en mode sourdine. Généralement, c'est signe que les négociations sont en cours et avancent…
Prolongation
Un collègue journaliste m'a confié durant le weekend qu'il s'attendait à voir TVA Sports afficher pour la première fois de son histoire des profits lors de son prochain état des résultats. Si ce n'est pas le cas, on parlera selon lui d'un très petit déficit.Il faut comprendre que les séries du CH, le parcours éliminatoire des Blue Jays, la victoire de Victoria Mboko à l'Omnium Banque Nationale… tout ça a fait rentrer beaucoup d'argent en publicité.
De plus, plusieurs emplois jugés non nécessaires ont été coupés depuis deux ans, les studios de TVA Sports ont été déménagés dans l'immeuble du Journal de Montréal et toute l'équipe de rédaction de TVA Sports est désormais employée par Québecor NumeriQ.
Pendant ce temps, RDS continue de cumuler des pertes importantes, notamment en raison de son département de nouvelles qui coûte cher à opérer et qui ne rapporte pas assez d'argent pour être profitable. RDS Info a perdu 7,5 millions $ en 2024 et RDS, 20,3 millions $.
Qui aurait cru, il y a quelques années, que TVA Sports se porterait (beaucoup) mieux que RDS ?