Alexandre Carrier dans les estrades : il ne doit pas être au-dessus de la possibilité
Crédit: Capture d'écran Twitter/Entrevue à la Classique KR

Il y a des décisions potentielles qui dérangent, pas parce qu'elles sont choquantes, mais parce qu'elles bousillent un statu quo que l'on croyait acquis. Alexandre Carrier fait partie de ces joueurs qu'on ne penserait jamais voir dans les estrades… jusqu'au jour où la réalité frappe : personne n'est intouchable. Et surtout pas dans une Ligue nationale où les résultats dictent les hiérarchies.

Depuis quelques semaines, le nom de Carrier revient dans les discussions non pas pour ses performances, mais pour ce qu'il ne fait pas.

En ce moment, on se demande s'il ne faudrait pas profiter de la présence d'Adam Engstrom en ville pour faire sauter un tour à Alexandre Carrier, le temps d'un match. Si Jayden Struble est en santé, le Canadien a sept options sous la main à la ligne bleue.

Être laissé de côté est rarement anodin, encore moins pour un défenseur établi qui a déjà connu des responsabilités importantes sur une troisième paire, parfois même dans un rôle de deuxième duo quand la profondeur manquait.

Le constat est brutal et chiffré. Sur X, le compte @HabsOnReddit n'a pas mâché ses mots. On y lit que Carrier avait été sur la glace pour un sommet d'équipe de cinq buts accordés à cinq contre cinq lors du récent voyage de trois matchs à l'étranger.

Une statistique qui résume bien la spirale actuelle : lorsqu'il est dans le feu de l'action, ça tourne trop souvent en faveur de l'adversaire.

Alors, cette idée, est-ce un message? Une punition? Une analyse stratégique? Un peu des trois.

Parce que dans la LNH moderne, l'identité d'une équipe passe de moins en moins par la loyauté et de plus en plus par la logique. Si quelqu'un joue mieux que toi, si quelqu'un colle davantage au style recherché, si quelqu'un prend moins de mauvaises décisions avec la rondelle… il doit jouer. Point.

Carrier, dans sa meilleure version, est fiable. Pas spectaculaire, pas transformateur, pas dominant : juste fiable. Un défenseur qui joue simple, qui ferme l'espace, qui bloque des tirs, qui peut stabiliser une profondeur défensive. Ce genre de joueur a sa place… mais seulement si son jeu demeure constant. Et c'est là que le bât blesse.

On sent un léger recul. Pas un effondrement, mais un écart suffisant pour ouvrir une porte. Un jeune défenseur qui pousse. Un vétéran qui retrouve son rythme. Un entraîneur qui veut plus de transition, plus de relance offensive, plus de première passe propre.

Et l'évaluation populaire ne s'arrête pas là. Alex Carrier joue comme l'ombre de lui-même cette année. Impossible de le reconnaître comparé à la saison dernière.

À un moment, la chaise n'est plus réservée.

Et c'est ici que l'histoire devient intéressante : ce n'est pas une condamnation, c'est une opportunité. Une opportunité pour Carrier de se remettre en question, d'ajuster son jeu, de redevenir un morceau essentiel plutôt qu'un choix interchangeable.

Le simple fait d'être dans de telles discussions fait en sorte qu'on sent que le vent a tourné.

Il est dans cette zone inconfortable où chaque présence, chaque revirement, chaque duel un-contre-un devient une audition. La marge d'erreur se rétrécit. L'urgence grandit.

Mais ce n'est pas la première fois qu'il traverse ce type de turbulence. Sa carrière s'est bâtie sur la résilience. Sur le fait de prouver qu'il mérite non seulement une place, mais un rôle. On oublie parfois que ce sont souvent ces joueurs-là, pas les vedettes, qui doivent constamment se battre pour garder leur siège dans la ligue.

La question n'est donc pas : Pourquoi Carrier serait-il laissé de côté? La vraie question est : Que fera-t-il avec ça?

Parce qu'il y a deux réactions possibles. Se vexer, se refermer, attendre une blessure ou une défaite pour réapparaître, ou utiliser ce rappel à l'ordre comme carburant.

Et si on se fie à son historique, sa réponse risque d'être la deuxième option.

Dans ce contexte, l'équipe gagne aussi. La compétition interne crée du mouvement, empêche l'auto-pilotage et oblige chaque joueur à mériter sa place. On ne construit pas une culture gagnante avec des certitudes immobiles, mais avec une mentalité où personne n'est au-dessus de la possibilité d'être remplacé.

Alors oui, soulever l'idée de voir Alexandre Carrier dans les estrades peut surprendre. Mais peut-être que c'est exactement ce qu'il fallait. Parce qu'un joueur qui n'a plus rien à perdre devient parfois le plus dangereux.