Une « Charte des suspensions » qui a des dents!

Alors que nous attendons la sanction de la LNH, dans le Xe cas de violence de Matt Cooke, voici un 2e texte en autant de semaines de la part de Ken Platenpouich, un nouveau collaborateur. Bonne lecture!

Les dirigeants de la LNH vont encore se casser la tête pour savoir combien de matchs de suspension décerner à cet abruti de Matt Cooke.

Selon moi, plutôt que d’encourager ces joueurs à demeurer au stade reptilien, comme elle l’a encore lamentablement fait la semaine dernière à la réunion de Boca Raton en Floride, la LNH devrait établir des sanctions claires, dissuasives et automatiques de plusieurs matchs. Celles-ci amèneraient les joueurs à prendre davantage conscience des risques et des conséquences de leurs gestes autant par rapport à la santé de l’adversaire que par rapport à leur portes-feuilles.

Leur travail serait tellement simple s’il n’avait, grosso modo, qu’à « entrer » les gestes graves commis par les joueurs dans un cadre prédéfini de suspensions ou, si vous voulez, une « charte des suspensions ».

Un peu comme dans ce jeu classique (dont j’ai oublié le nom…) où les enfants placent le petit triangle dans le petit trou en forme de triangle, le petit carré dans le petit carré, la petite lune dans la petite lune et ainsi de suite.

Tout ça avant que le compte à rebours arrête et que le tout leur pète au visage…

Peu importe qui aurait une suspension, vedettes ou pas, le cadre serait tellement simple et rigide que les directeurs gérants, les coachs, les fans, bref, tout le monde dirait à l’unisson au sujet du joueur suspendu : « Ah, y’avait yeinke ».

C’est la loi, pis la loi, c’est la loi.


Tout au plus, dans certains cas, après audience d’un comité, une peine à mi-chemin entre deux « cases » de la charte pourrait être décernée au joueur fautif.

Or l’élaboration d’un tel cadre ou charte de suspensions est un travail de longue haleine, sur lequel devraient idéalement se pencher des éthiciens et des avocats spécialisés dans la juste distribution des peines.

Mais pour le plaisir de la chose et avec nos compétences de base dans le domaine (quelques cours d’éthique à l’université) nous avons tentez d’établir pour vous les concepts de base qui devraient être considérés, reconsidérés, ajustés et modifiés. Et, Ô bonheur, nous avons aussi élaboré une belle « Charte des suspensions » qui se tient debout et qui a des dents!

Mais avant toute chose revoyons les concepts de base en matière de distribution des peines.

Un concept à revoir et adapter
Le concept d’intention, utilisé en droit et tant de fois cité pour justifier la culpabilité ou la non culpabilité d’un agresseur, est à mon avis inadapté à la réalité de la LNH, du moins tel qu’il est utilisé par les décideurs présentement. Il est trop rigide et trop déterminant.

Présentement en matière de suspension c’est tout blanc ou tout noir et je ne parle même pas des considérations monétaires des propriétaires entourant les joueurs vedettes qui se mêlent de tout ça…

Sans le jeter par-dessus bord, donc, le concept d’intention ne devrait pas être aussi déterminant dans l’évaluation des sanctions à donner ou non aux agresseurs, au sens où il est souvent presque impossible d’établir clairement quelles étaient les intentions d’un joueur.

Cela s’explique entre autres par ce que les joueurs disent souvent en guise d’excuse suite à un geste dangereux, « le jeu est tellement rapide ». Il faut les croire en partie, puisque, effectivement, je m’imagine très mal un joueur développer une intention claire et préméditée de fracturer une vertèbre cervicale d’un adversaire ou de lui causer une sévère commotion cérébrale. 

Dans bien des cas, si on pouvait leur donner le temps de réflexion nécessaire, ils pourraient concevoir les risques importants encourus par les gestes qu’ils seraient sur le point de commettre et se retenir.

Mais cela est impossible, le temps est trop restreint dans un match de hockey.
Donc, plutôt que d’accorder une importance démesurée à l’intention, les critères de base en matière de suspension devraient incorporer des concepts plus souples comme «geste dangereux à l’endroit d’un adversaire» et « agressivité non contrôlée et irréfléchie à l’endroit d’un adversaire ».

S’il y a intention claire cela ne fera qu’accentuer la peine qu’aura à purger le fautif.
Certains prétendent qu’on ne peut prouver sans l’ombre d’un doute que Chara voulait intentionnellement casser le cou de Pacioretty et lui causer une sévère commotion cérébrale.
Soit.

Mais ce qu’on sait hors de tout doute c’est que son geste était dangereux et que Chara n’a pas su retenir son agressivité « reptilienne » à l’endroit de Pacioretty. Et, sans dire qu’il voulait intentionnellement, en toute lucidité, lui casser le cou ou lui causer une blessure spécifique on peut difficilement douter que le « Mr Hyde » en lui voulait lui faire mal d’une façon ou d’une autre lorsqu’il l’a dirigé sur le poteau avec son bras et sa main.

Ainsi, le geste de Chara serait au moins un geste de 2e catégorie au niveau du « degré d’intentionnalité ». Et s’il avait pu, Max Pacioretty aurait plaidé que selon lui il y avait bel et bien une intention claire de blesser du côté de Chara en faisant entre autres référence à l’historique entre les deux joueurs.

Si la LNH n’était pas à ce point «broche à foin», un comité d’au moins 3 personnes indépendantes aurait rendu sa décision suivant le principe de la majorité après avoir entendu les deux parties en cause. Si deux personnes sur trois avaient estimé que Chara avait une intention claire de blesser Pacioretty, alors Chara aurait subit la peine prévue à cet effet dans la charte ici-basse.

L’intention et les conséquences
L’intention demeure incontournable en matière de justice et doit primer sur les conséquences. Ainsi, l’intention, si on est capable d’en établir la clarté, devrait presque toujours prévaloir sur les conséquences dans l’administration des peines car les conséquences d’un geste sont impossibles à prévoir à 100%.

Les conséquences sont cependant importantes quand vient le temps d’ajuster la peine et de trouver la juste rétribution pour le geste commis.

En ce sens,  si on est raisonnablement capable de démontrer qu’il y a eu intention claire, comme dans le cas de Heatley ou comme le dernier épisode de Matt Cooke, il faudrait alors classer un tel geste dans une catégorie de suspension plus élevée qu’un geste dangereux qui n’aurait pas cette même clarté au niveau de l’intention.

Puis on évalue les conséquences du geste, à l’aide d’un estimé médical officiel au besoin. Ainsi, un geste intentionnel mais sans grandes conséquences, comme celui de Heatley sur Ott ou Cooke sur McDonaugh entrerait dans la catégorie des « gestes dangereux sans aucune conséquence pour la victime (pas de blessure), mais posé avec une intention claire de faire mal à l’adversaire ».

Selon cet argument, Heatley aurait mérité plus de deux matchs puisque, en un sens, Heatley a été « chanceux » de ne pas avoir blessé Ott sérieusement, les conséquences étant toujours un peu hasardeuses dans ce genre de contact.

Mais sa suspension aurait quand même dû être « modérée » ou pas trop grave puisque que son geste, au final, n’a pas causé des lésions à la victime. Vous l’aurez compris, l’histoire aurait été différente dans l’incident Chara-Pacioretty où les conséquences aurait été jugées « graves ».

C’est de la simple logique rétributive ou conséquentialiste où, peu importe le degré d’intentionnalité, le fautif doit purger une peine qui est « représentative » du tort causé ou potentiellement causé à la victime sans toutefois être nécessairement parfaitement équivalente.

Un autre facteur pouvant augmenter drastiquement le nombre de matchs de suspension est celui de la « récidive ». Ce concept devrait servir de multiplicateur de la peine prévu dans la charte jusqu’à concurrence d’un certain nombre de répétitions à la suite desquelles un joueur s’expose à une expulsion définitive de la LNH.

Ainsi donc vous voulez savoir combien de matchs auraient mérité Chara, Heatley, Cooke et tous les autres malfaiteurs de la LNH? Allez voir la charte des suspensions  ici-basse et tirez en vos conclusions!

Je l’ai concoctée suivant la logique présentée plus haut.

C’est pour le plaisir, mais dites-moi ce que vous en pensez. Vous allez voir que Campbell et cie sont un peu trop doux à mon goût!

Voici la charte en question :

 

 

Catégories de gestes et gravité des conséquences

Intention claire de faire mal à l’adversaire

Ex : Heatley sur Ott, Cooke sur McDonagh, Cooke sur Savard, Richards sur Booth

Geste agressif mais intention imprécise de faire mal à l’adversaire

Ex. : Geste de Gabriel Dumont dans la AHL

Force et impact non contrôlée à l’endroit d’un adversaire

Ex : Pacioretty sur Eaton ou Thornton sur Perron

Accident où l’impact ne pouvait pas ou pouvait difficilement être évité

Ex. : Collision où les deux joueurs ne se sont pas vus à temps, ou une collision où la victime s’est placée elle-même en position vulnérable à la toute dernière fraction de seconde

Récidive

1ère récidive = x 2

2e récidive = x 3

3e récidive= x 4

4e récidive= x 6

5e récidive = x 8

6e récidive = expulsion de la LNH

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire sans conséquences pour l’adversaire (pas de blessure)

5 matchs

3 matchs

2 matchs

0 match

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire avec conséquences légères (estimé médical de 7 jours ou moins de convalescence)

8 matchs

5 matchs

3 matchs

0 match

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire avec conséquences importantes (estimé médical de plus de 7 jours de convalescence mais moins d’un mois)

12 matchs

9 matchs

6 matchs

Max : 2 matchs

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire avec conséquences graves (estimé médical de plus d’un mois de convalescence mais moins de 5 mois)

25 matchs

20 matchs

10 matchs

Max : 4 matchs

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire avec conséquences dévastatrices (estimé médical de plus de 5 mois de convalescence)

50 matchs

40 matchs

20 matchs

Max : 6 matchs

 

Geste dangereux à l’endroit d’un adversaire entraînant la fin de sa carrière ou sa mort.

Suspension à vie

Suspension pour le reste de l’année en cours et les deux saisons suivantes

82 matchs de suspension

Max : 20 matchs

 

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