Un match de hockey ne vaut pas 105$

On est donc rendu au fameux « deadline » de Bettman. On l’aurait même dépassé.

Eh non, toujours pas de hockey.

La fausse question à se poser est la suivante : Êtes-vous plus du côté des propriétaires ou du côté joueurs? C’est qui le méchant, Bettman ou Fehr?

On s’en fout royalement!

Comme ils se foutent royalement de nous.

C’est juste de la stratégie de négociation où chacun essaie de mettre l’opinion publique de son bord. On a déjà vu ça. Ils ne méritent même pas qu’on se casse la tête plus que ça à leur sujet. Ils sont supposés vendre du plaisir.

On le répète, c’est un conflit de travail qui n’a AUCUNE RAISON VALABLE d’exister.

Et si les partisans se mettaient à « compter » eux aussi?

La seule vraie question à se poser de notre côté de la clôture est donc la suivante : Pourquoi est-ce qu’on retournerait, disons, au Centre Bell pour regarder un match de hockey de la LNH après toutes ces conneries? 

Un match de hockey, géritol, ce n’est pas supposé être une activité culturelle réservée à une élite économique! C’est le sport/opium/religion du peuple! 

Faisons donc comme eux et sortons la calculatrice nous aussi…

Une sortie de luxe qui ne devrait pas en être une
Au Centre Bell, il y a 21 273 sièges à vendre environ 50 fois par saison, incluant la pré-saison. Ça fait 1 063 650 billets à vendre! Idéalement, ce ne devrait pas être perçu comme un évènement spécial et exclusif! Ce n’est pas Madonna ou les Stones qui viennent 1 fois aux 5 ans! Ce sont 50 matchs de hockey de septembre à avril!

Or, l’an dernier, le prix moyen pour un de ces 1 063 650 billets était de 92$ en SAISON RÉGULIÈRE ET EN PRÉ-SAISON. Et en séries, c’eut été 50% plus cher en première ronde et 80% plus cher en 2e ronde! Merci Jeremy!

Et les fans, dont je faisais partie, en redemandaient encore, créant ainsi le phénomène de rareté et justifiant alors, pour les propriétaires, le prix ridiculement élevé des billets.

Mais bon, demeurons en saison régulière et en pré-saison : 92$ pour un seul billet, pour assister à un seul match, sans aucune garantie de la qualité de l’effort et de la qualité du spectacle.

AUCUN SENS quand on y pense deux secondes!

Si on ajoute le 10$ que les 21 273 spectateurs dépensent en moyenne en nourriture et en boisson et que l’on additionne aussi le 3,50$ que ces mêmes spectateurs dépensent en moyenne en marchandise promotionnelle, on est rendu à 105,50$ par partisan!

105$, c’est le prix d’une bonne épicerie pour un couple.

C’est le prix d’un très bon repas dans un très bon resto, toujours en couple.

C’est le prix d’un billet de qualité pour un spectacle couru.

105$, c’est ce que ça coûte pour votre facture d’Hydro.

C’est ce que ça coûte pour votre facture conjointe de télé-téléphone-Internet.

5 sorties ou… 45?
J’ai des billets de saison pour 6 concerts le samedi soir à l’OSM : 125$ pour les 34 ans et moins. Je suis assis au milieu du parterre! L’OSM est l’un des meilleurs orchestres au monde, 21$ le billet! Je me roule à terre tellement je suis mort de rire. Jusqu’à maintenant Nagano et sa gang sont 7 en 7.

J’ai aussi des billets de saison pour les Stars de Montréal, l’équipe « professionnelle » féminine de hockey remplie d’olympiennes médaillées : 60$ pour 15 matchs + les matchs des séries! Même si elles ont perdu dimanche, je suis 2 en 2 en tant que partisan/consommateur! Je ne peux même pas imaginer comment je pourrais avoir une meilleure expérience hockey pour moins de 4$ par match!

Puis, il m’en coûte 380$ pour jouer 24 matchs de hockey sur glace, avec arbitre, les mardis soir de septembre à avril.

Donc, pour 565$, le prix de 5 matchs au Centre Bell, j’ai 45 sorties sportives et culturelles! 45!!! 12,55$ de la sortie! Et j’ai du fun au pied carré à chaque fois! 

Ce sont tous là des comparatifs fort intéressants lorsqu’on pense au rapport qualité/prix de mon dollar-loisir. Faites l’exercice de votre côté…

Dans tout ce que je viens de vous énumérer, il y a une constante : je trouve toujours le moyen d’en avoir pour mon argent et même plus.

Une chance sur deux de se faire avoir, minimum…
Mais quand je pense aux dizaines de fois où je suis allé au Centre Bell au fil des ans, j’estime en être tout au plus à 50% dans mon taux de satisfaction.

La moitié du temps, j’ai l’impression de me faire avoir comme l’imbécile amoureux qui arrive avec des fleurs au restaurant et qui se fait poser un lapin par la fille qui, au fond, s’est foutu de sa gueule depuis le début. Je sors de là déçu, parfois amer.

Bon, je peux bien sûr penser à quelques matchs excitants, qui se sont rendus en prolongation. Je peux penser à quelques belles victoires remportées de façon décisive. Quelques matchs de fous, comme cette victoire de 8-5 lors du retour de José Théodore au Centre Bell. J’ai eu du plaisir et un bon spectacle. Parfait, c’est correct. À ce prix-là, c’est la moindre des choses.

Mais le type de match qui est revenu le plus souvent ces dernières années? C’est un match pas trop intense, pas spectaculaire, défensif, souvent une défaite du Canadien, genre 3-1, où la foule s’impatiente et où on essaie de faire lever le party et sauver la soirée avec de la musique forte et des jeux abrutissants sur le tableau indicateur. Ça vous rappelle des souvenirs?

À chaque fois, j’ai comme un malaise. Pourquoi faut-il faire semblant d’avoir du fun à ce point Madame sur l’écran géant? Pour nous faire oublier qu’on se fait avoir?

Et on continue d’entendre, « ben oui, mais qu’est-ce que tu veux, ça marchera pas le boycott, les fans vont y retourner. Les marchés canadiens sont des marchés acquis, c’est notre religion, notre drogue… T’as beau dire qu’un match de hockey ne vaut pas 105$, si le monde est prêt à le payer…»

On est vraiment fucké.

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