SPÉCIAL ARTISTE #2 – Alexandre Poulin – Ma première Coupe Stanley

Je vous ai annoncé dernièrement que nous ferions un « Spécial Artiste » hebdomadairement, si possible. Eh bien je tiens parole! En ce sens, après avoir mis en ligne une chronique de Damien, la semaine dernière, voilà que je publie aujourd’hui le récit d’une histoire racontée par Alexandre Poulin, un chanteur québécois. Bonne lecture!

ALEXANDRE POULIN
Jamais je n’oublierai la première fois où j’ai gagné la Coupe Stanley. C’était un samedi après-midi. Ma rue avait été transformée en Forum de Montréal pour l’occasion; les bancs de neige devenus des bandes, mes amis des guerriers, et moi, derrière mes grosses pads brunes et ma mite de baseball, je n’étais nulle autre que Patrick Roy. Nous jouions contre nos potes de la rue d’à-côté, mais tout le monde savait bien que quand la balle orange toucherait le centre de la rue au début de l’engagement, le mot ami ne voudrait plus rien dire. Non, ceux qui jouaient dans notre équipe deviendraient des frères et les autres, l’ennemi à abattre, heu… à battre seulement.

Je ne me souviens plus exactement du score final ni de tous mes arrêts aussi spectaculaires soient-ils, mais ce dont je me souviens parfaitement par contre, c’est de Mélanie Garneau qui regardait le match dans le banc de neige tout près de mon but et pour qui j’aurais fait bien plus que des arrêts.

Mon père arrivait avec l’épicerie quand la troisième période commença. À ma grande surprise, plutôt que de nous demander de venir l’aider, mon frère et moi, il laissa l’épicerie dans le coffre de l’auto, prit un bâton qui traînait dans un banc de neige et se joignit à notre équipe. J’en avais le souffle coupé. Le père d’un voisin, voyant la chose, se joignit à l’autre équipe pour équilibrer les forces, comme si tous avaient su d’instinct que nous jouions le 7e match de la Finale et qu’à la clé, il y avait la Coupe Stanley.

Ce fût la troisième période la plus enlevante de toute ma vie. Encore aujourd’hui, quand j’y pense, j’en ai des frissons. Je ne gardais plus les buts pour impressionner Mélanie Garneau (entourée du voisinage qui grossissait à vue d’œil pour assister à l’ultime confrontation) ni non plus pour gagner la Coupe. Non! Je gardais les buts avec tout ce que j’avais au plus profond de mon être pour devenir une seule chose : le héros de mon père.

Ce samedi-là, j’ai parfois l’impression que je suis un peu devenu un homme alors que je voyais le regard paternel briller de fierté sous mes arrêts. Lorsque j’ai levé la Coupe au-dessus de mes bras, mon père a reconnu les tupperwares de ma mère recouverts de papier d’aluminium et au lieu de me sermonner, il m’a fait un clin d’œil et m’a assis sur ses épaules pour faire un tour d’honneur. Jamais je n’ai été plus fier… jamais! Enfin, je ne me prenais plus pour Patrick Roy, c’était mieux : j’étais moi.

P.S. C’est ce soir-là qu’étendu dans la neige, j’ai embrassé Mélanie Garneau pour la première fois…

Vous pouvez en apprendre plus sur Alexandre Poulin via son site web officiel, au
http://www.alexandrepoulin.com. À noter qu’Alexandre Poulin est entre autres l’auteur de la pièce « Rêve de ti-cul », qui traite justement du hockey.



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