Rémi Garde dénonce une « culture de l’entraînement » déficiente.

C’est typiquement montréalais. En moins de deux mois, les partisans passent de l’extase devant un nouvel entraîneur finalement « désigné » à une remise en question de chacune de ses décisions et de sa capacité à accomplir le travail.

Sa construction de l’alignement, son choix d’effectif, ses choix tactiques, ses changements tardifs dans les matchs… Tous des décisions de Rémi Garde qui sont remise en question par des partisans en manque de réponses devant les dures défaites subies par leur équipe.

Ça peut se comprendre, surtout considérant un début de saison qui rappelle les pires moments de l’Impact de Montréal en MLS. L’aura de Rémi Garde et de son équipe d’entraîneurs ont probablement fait oublier à certains que l’entraîneur en est encore à ses tout débuts dans une ligue qui, si elle demande un temps d’adaptation pour les joueurs venus d’ailleurs qui s’y insèrent, est encore plus complexe à apprivoiser pour un entraîneur qui débarque sans réellement connaître la ligue.

Crédit photo : France24

En ce sens, si on se réjouissait que la venue de Garde implique un changement d’identité, la construction d’une structure mieux définie et surtout plus solide, on se surprend de voir que plusieurs sont mécontents de voir que les changements demandés par Garde ne portent pas déjà fruit. Une culture ne se change pas en claquant des doigts, surtout lorsqu’on réalise que la culture et la structure implantée à Montréal l’étaient profondément et solidement.

Évidemment, si on compare les premiers résultats de Rémi Garde avec d’autres entraîneurs « désignés » comme Tata Martino ou Bob Bradley, la différence est peu reluisante. Mais ces entraîneurs ont en commun d’avoir pu construire un club, une identité, depuis absolument rien, depuis le néant. Ce qui peut paraître un défi encore plus grand est, parfois, une bénédiction. C’est beaucoup plus simple de construire une nouvelle ville sur un terrain vague que de devoir se servir de vieilles fondations pour reconstruire quelque chose de solide. Vous me pardonnerez la comparaison boiteuse, mais il reste que le travail de Rémi Garde est décuplé par les problèmes récurrents qui plombent l’Impact depuis déjà plusieurs années, et qui rendent d’autant plus périlleuse l’instauration de méthodes de travail différentes, plus poussées, plus dures. La résistance se fait sentir, et expose de façon encore plus pernicieuse les failles d’une structure qui désespère ces mêmes supporters depuis déjà si longtemps. Avec Mancosu, Oduro et Donadel, c’est 1,4 million en salaire qui végète sur le banc actuellement, et qui provient surtout de l’ancienne garde, sans mauvais jeu de mots. Difficile de faire de la magie avec autant de « résidus », malgré les meilleures intentions du monde.

Faire le choix de changer de culture, c’est accepter le processus qui vient avec. « Trust the process ». Si plusieurs sont déjà tannés d’entendre cette phrase, ils devront en prendre pour leur rhume, car Rémi Garde ne fait que commencer son travail de construction. Ça s’est ressenti hier alors que le nouvel entraîneur de l’Impact a réagi aux critiques concernant sa gestion de l’effectif avec une honnêteté qui surprend dans le contexte sportif montréalais actuel.

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Questionné sur ses changements tardifs, il a reconnu que si c’est d’abord son style que d’attendre la fin des matchs pour faire des changements, il veut surtout voir des remplaçants qui seront meilleurs que les joueurs sur le terrain, des remplaçants qui forcent sa main pour les intégrer à l’alignement. Il a ainsi questionné une « culture de l’entraînement » qui doit s’améliorer, voir carrément s’implanter, pour que ces joueurs démontrent durant la semaine qu’ils méritent d’intégrer le onze partant ou simplement d’obtenir quelques minutes de jeu.

Rémi Garde ne s’est pas gêné pour pointer du doigt certains joueurs qui ne mettent pas l’effort suffisant. Anthony Jackson, Raheem Edwards et Dominic Oduro y ont notamment goûté. Si on peut un peu comprendre Oduro d’être amer considérant le traitement subit depuis le début de la saison, comment Jackson peut-il encore se retrouver dans cette posture? À un moment où Mancosu est blessé, où Vargas ne s’impose pas réellement en pointe, il ne met pas l’effort suffisant à l’entraînement pour obtenir la chance de démontrer ce qu’il sait faire. Décevant. Et on comprend mieux pourquoi Jackson a toujours eu de la difficulté à terminer les matchs, souvent victime de crampes après l’heure de jeu…

Ces joueurs qui sont laissés en dehors du onze partant malgré un début de saison difficile doivent prendre ce message de Rémi Garde comme une motivation, comme un message clair de ce qu’ils doivent faire (et de ce qu’ils ne font pas assez bien actuellement) pour finalement percer l’alignement. Et ceux qui y sont déjà un peu par défaut doivent réaliser qu’ils doivent redoubler d’ardeur pour y demeurer et pour cimenter leur place. Du travail, du travail et encore du travail. C’est ce que Rémi Garde demande et c’est ce que les joueurs devront offrir pour obtenir du succès, nonobstant le talent. C’est ce qu’un Ken Krolicki, par exemple, a clairement compris.

Créer une culture d’entraînement demande du temps, mais permettra à long terme de non seulement attirer des joueurs, mais de les garder à Montréal. Le bon Éric Chenoix a fait un lien intéressant à ce sujet avec certains propos de Blerim Dzemaili lors de son court passage à Montréal…

Le lien est clair. Plusieurs joueurs se disaient même impressionnés par les bonnes méthodes d’entraînement de Samuel Piette à son arrivée, lui qui venait d’Europe. Piette n’est pas nécessairement un surdoué de l’entraînement, mais il ne faisait qu’appliquer ce qui est la norme dans les grands championnats : travail, travail, travail.

L’Impact est visiblement à la traîne à ce niveau, et j’aime bien mieux voir un Rémi Garde attaquer le problème de front plutôt que de nous servir des phrases toutes faites et de détourner le problème.

Trop dur, le Rémi?

Ce n’est clairement pas la première fois que Garde passe ce message à ses joueurs. Voyant que ceux-ci ne répondent pas assez selon ses besoins, il hausse le ton et utilise les médias. C’est le propre des entraîneurs intelligents, tout en ayant le mérite d’être transparent avec les partisans.

Le problème de l’Impact actuellement est plus profond que seulement la forme physique et la culture de l’entraînement. Il y a un manque de talent, un manque de profondeur, plusieurs joueurs ne sont pas encore à l’aise. Mais toutes ces réalités n’en sont pas pour autant une excuse permettant de traîner de la patte aux entraînements. Visiblement, le standard des dernières années n’était pas assez élevé. Rémi Garde l’a rehaussé au camp d’entraînement, et il continue de le pousser vers le haut.

Dur, Rémi Garde? Ce n’est que le début. Et ça me semble plutôt une excellente nouvelle dans cette séquence difficile.

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