On accorde trop de mérite aux DG

Je passe beaucoup de mes temps libres à lire et écouter des commentaires d’amateurs de hockey. J’en écris aussi. Que voulez-vous, j’aime ça!

Mais je demeure toujours ébahi devant tout ce beau monde prêt à démolir ou encenser un directeur général suite à un échange banal.

« Wow! Gauthier a obtenu un 2e choix, Geoffrion et Slaney pour Hal Gill et un hypothétique choix de 5e. J’en reviens pas! Vous savez, Gauthier n’est peut-être pas si pire que ça après tout et gna gna gna. »

« Hein? Buffalo a juste obtenu un choix de 2e ronde pour Boyes l’an passé? Le gars des Blues est ben pourri!»

Gauthier est plus en train de sauver les meubles
que de réaliser des coups brillants…

La loi du marché ou les « échanges faciles »

En réalité, dans au moins 70% des échanges, disons, surtout ceux qui surviennent à ce temps-ci de l’année avant la date limite, le directeur général ne fait que profiter ou souffrir du marché. Dans les meilleurs cas, il tire profit de la forte demande et du très peu d’offres. Dans le cas contraire il doit se contenter de miettes.

 

T’as juste besoin de négocier avec une équipe sérieuse pour qu’un bon échange puisse se réaliser. Si une équipe t’offre ce que tu veux, tu peux danser.

Si 2-3 équipes sont intéressées à ton joueur, la valeur dudit joueur monte considérablement.

S’il y a 6-7 équipes qui t’appellent pour les services de ton joueur, alors là t’es mort de rire.

Cela explique que n’importe quel dg de la ligue aurait conclu une telle transaction pour Hal Gill.

David Poile l’a dit, la demande est beaucoup plus forte que l’offre ces temps-ci. Gauthier avait donc le gros bout du bâton.

Bref, arrêtons de penser que tous les directeurs généraux sont miraculeux ou pourris dans ces cas-là, 70% du temps, ils ne font qu’appliquer une simple logique que votre grand-mère (ou la mienne) comprendrait avec sa 9e année.

Les « vrais échanges » sont des paris importants

Bon, si je parle de 70% de ce type d’échanges où le dg n’a pas grand-mérite, c’est donc dire qu’il y a environ un 30% des échanges où les dg en ont pas mal.

Ces échanges sont de véritables paris qu’ils prennent et ce sont eux qui dévoilent le vrai talent des dg.

Il y a d’abord ces situations difficiles ou un joueur doit quitter l’organisation assez rapidement.

On peut se rappeler de l’échange Ribeiro-Niinimaa ou celle de Patrick Roy.

Ainsi, le dg des Stars a entourloupé Gainey avec Niinimaa et a gagné son pari dans lequel il voyait Ribeiro maturé et éclore à Dallas, dans un marché de hockey plus tranquille.

Gainey, lui, n’avait clairement pas fait ses devoirs dans ce dossier. Suite à une opération majeure à la cheville Niinimaa était devenu un joueur à mobilité réduite et Gainey n’a pas semblé en tenir compte. On ne sait pas ce que Ribeiro avait fait exactement pour « se sortir » de Montréal, mais Gainey n’était pas obligé d’en faire bêtement cadeau.

Dans le cas de Roy, Houle et toute l’organisation avaient paniqué avec les résultats que l’on connaît. Le pari qu’ils ont pris n’était pas suffisamment éclairé.

Des situations strictement hockey peuvent aussi exposer les dg à commettre des erreurs ou à tout le moins à faire des paris risqués. Pensons à notre bon monsieur Gauthier dans le cas de Kaberle.

Le satané genou de Markov ne voulait pas guérir.

Puis le satané Campoli se blesse dès le premier match de la saison et on ne peut compter sur lui pour mener l’avantage numérique à son retour.

Et si au moins ce petit maudit Subban ne connaissait pas des difficultés offensives et si au moins son équipe ne devait pas faire les séries à tout prix. Alouette.

Pris dans une situation difficile, Gauthier devait prendre un pari et n’a pas su résister à l’offre de Rutherford.

Kaberle représentait un risque qui en valait le coup pour Gauthier, et pour Rutherford, Spacek était le plus qu’il pouvait obtenir sur le marché.

Un win-win se sont dit les deux dg.

Gauthier semble jusqu’ici avoir perdu son pari puisque Kaberle ne produit à la hauteur des attentes, le Canadien est toujours parmi les pires équipes en avantage numérique et est toujours exclu des séries. Puis, il y a aussi ce lourd contrat auquel il restera deux ans à écouler… Kaberle reviendra-t-il en forme l’an prochain après un meilleur été d’entraînement?

De son côté, Rutherford qui se voyait déjà exclu des séries en décembre a économisé près de 9 M$ et le voici en situation d’échanger Spacek pour peut-être plus que l’on croit.

C’est donc surtout dans le cadre d’échanges comme celui de Spacek, Roy, Ribeiro, Halak et de Cammalleri ou, si on va ailleurs, avec des échanges comme ceux de Joe Thornton, Jeff Carter ou Mike Richards, que l’on peu apprécier ou non le talent et le flair des dg en matière d’échange.

C’est pourquoi on ne peut qu’admirer la manière avec laquelle Paul Holmgren a réussi à renverser la vapeur en si peu de temps à Philadelphie suite à l’échange de Forsberg. Et que dire de la manière avec laquelle il a assaini son vestiaire avec les échanges de Richards et Carter l’été dernier. Puis de son acquisition dite « risquée » d’un jouer énigmatique comme Jagr le 1er juillet.

C’est ce qu’on peut appeler faire preuve de vision et de courage.

On vous reparlera plus spécifiquement du marché des joueurs autonomes et du rôle qui jouent les dg en temps et lieu, mais pour l’instant on reconnaîtra surtout les grands dg à leur vision d’ensemble, à leur flair pour le bon coup et à la régularité avec laquelle ils gagnent leurs paris en matière d’échange.

Mais, de grâce, ne sortons pas l’encensoir pour leur application des règles les plus élémentaires du marché lorsque leur équipe croupit dans les bas fonds…

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