Michel Therrien a-t-il gagné son pari en retirant Semin de l’alignement? | Tyler Johnson et l’art de générer de l’offensive par le changement des assignations

Après cinq matchs, peut-on dire que Michel Therrien a gagné son pari en retirant Semin de la formation? Les deux opinions se valent. Je penche personnellement en faveur du « non ».

Lorsqu’on se lance dans un débat aussi divisif, il ne faut pas oublier qu’on a tous, dans une certaine mesure, probablement tort.

Il n’y a pas de pensée unique dans ce bas monde. Aucune opinion n’est parfaitement juste, ou parfaitement fausse. C’est pourquoi il faut explorer les deux côtés d’un débat avant de prendre position, sans quoi on fait preuve de dogmatisme.

Mais bon, cessons de philosopher.

Dans un premier temps, la décision de rayer Semin de l’alignement a permis l’entrée en matière du marchand de vitesse Paul Byron. On a rapidement compris à qui on avait affaire. Byron a utilisé un bâton actif pour couper les lignes de passe et presser les défenseurs. Il a mis au profit son dynamisme pour traverser gracieusement la zone neutre. Il a fait un Michael Grabner de lui-même pour inscrire deux buts en désavantage numérique, en décollant comme une fusée en territoire offensif. Il a fait reculer les lignes de défense pour créer des brèches à la pointe et il a alimenté son coéquipier Devante Smith-Pelly avec une brillante passe-tourniquet dans l’enclave.

Parce que Byron a eu un impact immédiat à son arrivée, on peut avancer qu’il a directement contribué aux récents succès de l’équipe et que la décision de le préférer à Semin a souri à Michel Therrien. En ajoutant un élément de vitesse à son équipe, Therrien a fait du CH une formation plus difficile à suivre, plus perturbatrice.

Mais fermer les livres sur cette conclusion serait ignorer l’une des plus grandes conséquences de ce changement: le déboussolement du deuxième trio. Si Semin était généralement perçu comme le maillon faible de celui-ci, les trois attaquant l’ayant remplacé, Flynn, DSP et Byron, ont eu des succès mitigés. Et il faudrait être aveugle pour nier que Lars Eller a complètement perdu le nord depuis le début de son purgatoire.

Sous son meilleur jour, le trio Eller-Galchenyuk-Semin réussissait à menacer en faisant circuler la rondelle de façon imprévisible et créative, et en brandissant ce qu’on peut appeler, la triple menace. Galchenyuk, un gaucher, pouvait passer de son côté fort en refilant à Semin à droite ou surprendre avec un bon lancer ou, encore, exécuter une feinte. Le numéro 13 avait beau jeu si on décidait de lui donner la rondelle. La réputation qui le suit fait encore de lui un attaquant respecté, une attention particulière lui est alors consacrée, en grande partie afin de l’empêcher d’armer son tir foudroyant (qui demeure l’un des meilleurs du circuit). Semin peut alors opter pour le tir ou simplement attendre qu’on lui applique une couverture serrée avant de repérer un coéquipier laissé sans surveillance. La plupart du temps, son destinataire est Eller car leur latéralité se complémente – Semin, un droitier, passe de son coup droit, et Eller, un gaucher, reçoit le disque sur son côté fort. Il est évidemment beaucoup plus facile dans ces circonstances de fournir des offrandes de qualité qu’en étant piégé sur son revers. Le Danois était ainsi le finisseur désigné de son trio et il obtenait sa généreuse part d’occasions.

Semin a peiné à suivre les jeunes jambes de Galchenyuk par moments et il serait peut-être plus efficace s’il était jumelé à un centre qui ralentit le jeu et nourrit sans cesse ses ailiers, en l’occurrence David Desharnais. Certes, il est illogique de défaire le troisième trio pour le moment. Et même s’il s’offre comme la meilleure solution pour compléter Galchenyuk et Eller en l’absence de Semin, Byron ne possède pas les instincts offensifs pour évoluer en permanence sur un top-6. Il n’y est que temporairement… Je l’espère!

Elle n’a rien de miraculeuse, mais la solution pour relancer le deuxième trio semble passer par Sacha.

Bien sûr, il y a toujours l’alternative de trouver des renforts sur le marché. Mais franchement, quelle est l’option la plus risquée? Celle d’essayer de relancer Semin, qui constitue un excellent rabais, ou celle de sacrifier des morceaux pour un joueur dont le salaire pèse beaucoup plus sur la masse salariale? La question se répond par elle-même.

Quoiqu’il y a toujours des options, à St.John’s…

Hockey 101: générer de l’offensive par la confusion

Un jeu bien particulier a attiré mon attention jeudi soir. C’était lors du match Lightning-Sabres.

Tyler Johnson accepte une longue tranversale de Kucherov et s’amène fin seul en territoire des Sabres en situation de un contre deux. Le défenseur Mike Weber contrôle bien l’espace, lui met son bâton dans les pattes et fixe ses hanches (celles-ci ne mentent jamais, il est presque impossible de feinter avec cette partie du corps). Dans la plupart des cas, un attaquant moyen n’aurait pas voulu défier le destin et aurait sagement lobé la rondelle en fond de territoire pour créer une course le long des rampes.

Mais Johnson n’est pas un joueur ordinaire, loin de là. Il baigne également dans le style imaginatif de possession de rondelle de Jon Cooper. Il amène l’attention vers lui, puis repère Alex Killorn dans sa foulée, en périphérie. Les assignations défensives des Sabres sont alors appelées à changer. Weber hérite de Killorn et Legwand doit rapidement analyser que Johnson devient son homme. Le petit numéro 9 sait exactement où se placer pour marquer des buts. Il demeure embusqué dans le haut de l’enclave et attend déjà une passe de son coéquipier. Ses méninges ont réagi plus rapidement que celles de Legwand, qui est intervenu trop tard.

Remarquez qu’à l’instant même où Johnson refile à Killorn, il se met en position pour tirer sur réception. Il a aussitôt profité d’une minuscule brèche obtenue par le changement des assignations défensives de l’équipe adverse.

1) vous ne pouvez avoir une meilleure démonstration de ce que sont les instincts offensifs
2) c’est en quelque sorte pourquoi il est si important de demander aux défenseurs d’appuyer l’attaque de nos jours. En amenant un autre joueur dans l’action, on dérègle pour une fraction de seconde la couverture défensive adverse (évidemment, le but de Johnson n’est pas un exemple de défenseur appuyant l’attaque, mais on suit le principe de la confusion abordé plus haut).
3) ce jeu a dû être pratiqué à maintes reprises à l’entrainement.
4) deux fois sur cette séquence, on a vu le porteur attendre qu’on applique une pression sur lui avant de passer le disque. C’est ainsi qu’on peut créer de l’espace et bricoler des situations de surnombre.

En rafale
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