Les gardiens de but: un investissement inutile? | Condon vs Ottawa: Confirmé | Claude Julien le doyen

Depuis l’instauration par la LNH d’un plafond salarial, les directeurs-généraux ne peuvent plus se bâtir des équipes d’étoiles comme c’était le cas avant le lockout de 2005. Révolue est l’époque où Glen Sather pouvait signer des chèques en blanc aux joueurs autonomes qu’il désirait (imaginez une formation composée de joueurs étoiles comme Kovalev, Lindros, Bure, Nedved, Holik, Messier, Leetch…) et où Ken Holland misait sur une équipe dont presque la moitié des joueurs étaient de futurs membres du Temple de la Renommée.

En effet, de nos jours, un bon DG doit non seulement savoir évaluer le talent, mais aussi gérer une masse salariale et en établir les priorités.

Les philosophies quant aux positions qui doivent être privilégiées, celles dans lesquelles on doit investir en priorité varient d’une équipe à une autre. Par exemple, les Penguins ont choisi de tout miser sur l’attaque en faisant de Crosby et Malkin leurs priorités pour ensuite les entourer de pièces complémentaires, alors que les joueurs les mieux payés des Kings et Rangers sont, respectivement, le défenseur Drew Doughty et le gardien Henrik Lundqvist.

Ces trois équipes ont atteint la finale de la Coupe Stanley depuis 2009, les Pens et Kings (deux fois) l’ayant remportée. On peut donc conclure que les trois méthodes sont valables. Mais y en a-t-il une se démarquant des deux autres?

Simon Snake Boisvert*, ancien recruteur aux opinions sortant souvent des sentiers battus, est d’avis que le gardien doit être la dernière pièce ajoutée au puzzle plutôt que le joueur autour duquel on bâtit l’équipe.

« Le rendement d’un gardien dépend généralement de l’équipe devant lui », affirme Snake. « Alors même un gardien très doué risque d’en arracher avec une équipe faible et même s’il fait des miracles, il ne la guidera pas à la Coupe. »

Carey Price, par exemple?

« Le CH n’a pas de club, donc Price est inutile selon ma théorie », tranche Snake avec son franc-parler habituel. « Il est préférable de bâtir avant tout une équipe puissante et ensuite y ajouter un gardien qui n’accordera pas trop de mauvais buts. Arrêter des rondelles est son travail, après tout. Et plus une équipe est puissante, moins elle se fiera au gardien pour sauver les meubles. »

Quant à lui, Jimmy Murphy**, de Bruins Daily, est de l’avis contraire. Selon lui, « ton gardien doit être ton joueur le mieux payé. Si tu as la chance de compter sur un Price, Lundqvist ou Rinne, tu le paies. À défaut d’avoir un gardien de ce niveau, tu dois absolument posséder deux défenseurs de niveau élite. Une équipe comme le CH ne pourrait pas survivre sans Carey Price mais les Hawks gagnent même si leur gardien, Corey Crawford, n’est pas du calibre du Big Three. Pourquoi? Duncan Keith et Brent Seabrook compensent. Mais je crois que si on enlève les deux défenseurs-étoiles et met Price devant la cage des Hawks, ces derniers connaîtront tout autant de succès, et même plus. »

Pour sa part, Rick Springhetti***, également ancien dépisteur, a un point de vue se voulant un heureux mélange des opinions opposées de Snake et Murph.

« Il s’agit selon moi de cas-par-cas. Il y a tellement de facteurs (âge, marché, ville, composition de l’équipe, etc.) à considérer lorsque l’on offre un contrat que chaque cas est unique », croit Rick. « Par exemple, Pekka Rinne, à 7

millions par année, est selon moi légèrement surpayé à Nashville, considérant les défenseurs qu’il a devant lui versus la proportion de la masse salariale qu’il occupe. Je crois que 5.5 ou 6 millions auraient été suffisants, alors qu’à Dallas, il vaudrait au moins son salaire actuel » car les Stars n’ont pas de défenseurs du calibre de ceux des Preds.

« De plus, même si un gardien dominant peut complètement transformer une équipe, la position de cerbère demeure, en général, de loin la plus difficile à prévoir. »

En effet, un gardien de but peut facilement passer de gardien de premier plan à boulet financier pour son équipe, comme ce fut le cas pour Cam Ward.

Le gardien des Hurricanes, gagnant du Conn Smythe en 2006, a connu une descente aux enfers plutôt rapide. À égalité au 4e rang (parmi les gardiens ayant disputé au moins 30 matchs) pour le pourcentage d’efficacité en 2010-11, il dégringolait, la saison suivante, jusqu’au 20e puis, en 2013-14, au 36e échelon!

Ou encore, qui ne se souvient pas de Jim Carey et de sa disparition aussi soudaine que son ascension au sommet? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Quatre ans après avoir été, en 1995, nominé pour le trophée Vézina à l’âge de 21 ans et l’avoir gagné l’année suivante, Carey ne voulait même plus toucher à un bâton de hockey

Un autre exemple, plus récent, est celui d’Ilya Bryzgalov, qui de l’avis de plusieurs venait combler chez les Flyers une bonne fois pour toutes un besoin datant de l’époque de Ron Hextall… mais qui deux étés plus tard voyait son contrat de huit ans et 51 millions racheté par le directeur-général Paul Holmgren.

Bref, on pourrait nommer des exemples pendant longtemps. Ce qu’il faut en tirer, c’est qu’il est plutôt risqué d’investir de gros montants dans la position de gardien, à moins de compter sur l’un des trois ou quatre meilleurs de sa profession, et qu’il est préférable de plutôt se concentrer sur la ligne bleue.

Mais qu’en est-il donc des attaquants?

« Contrairement à d’autres, je me fous complètement des attaquants », clame Murphy. « Les Penguins ont une puissante attaque depuis des années et n’ont rien gagné depuis 2009. Marc-André Fleury n’est cependant pas du niveau de Price et n’a pas su compenser pour le déséquilibre entre la redoutable attaque des Pens et leur défensive poreuse».

En dépit de bonnes saisons régulières, le Sorelois ressemble effectivement pas mal plus à Ken Wregget qu’à Carey Price lorsqu’arrivent les séries…

Pour Snake, c’est l’inverse : « Il n’y a qu’une soixantaine de postes de gardiens réguliers à combler dans la LNH. Il est donc plus facile de trouver un bon gardien qu’un marqueur de 35 buts, surtout lors des rondes ultérieures. »

Affirmation supportée par le fait que des 60 gardiens entamant la saison actuelle dans la LNH, 26 ont été repêchés après la deuxième ronde et onze n’ont pas été réclamés. James Mirtle, du Globe & Mail, a également démontré, en avril dernier, qu’il n’y a aucune corrélation entre le salaire d’un gardien et son succès en séries.

En fait, comme on peut voir ci-dessus, entre 2006 et 2014, les gardiens payés moins de deux millions $ par année ont eu, en moyenne, plus de succès au printemps que ceux recevant plus de 4 millions $.

Plus surprenant encore : Trois des quatre meneurs au chapitre du pourcentage d’efficacité en 2014-15 touchaient moins de 4.2 millions $, incluant Devan Dubnyk et Cam Talbot, tous deux payés moins de 1 million $!

Comment expliquer, alors, que 18 gardiens recevaient un salaire supérieur à 5.2 millions la saison dernière? Snake explique :

« Souvent, les gardiens surfent sur une réputation (bonne ou mauvaise) qui, en général, est basée sur des préjugés » qui résultent fréquemment en un généreux contrat. « Par exemple, Chris Osgood à Detroit et Antti Niemi, puis Corey Crawford, à Chicago, ne pourraient jamais, selon plusieurs, emmener leur équipe jusqu’au bout. Pourtant, les trois ont gagné la Coupe. »

« En choisissant un gardien, il faut tenir compte du plafond salarial », poursuit-il. « Il est préférable de consacrer une plus grande portion de la tarte aux défenseurs et marqueurs qu’au gardien de 6 millions $, alors qu’un autre coûtant trois millions $ peut très bien faire le travail s’il évolue pour un gros club. »

Conclusion: À moins de pouvoir miser sur un gardien d’élite, il est plus sage d’investir dans chaque position de façon égale plutôt que trop dépenser sur cette position imprévisible. Avec de bons recruteurs professionnels et amateurs, des gardiens de qualité à bon prix ou disponibles lors des rondes tardives (Lundqvist, Quick et Halak, par exemple) se trouvent assez aisément.

* Simon « Snake » Boisvert, ancien recruteur pour les Screaming Eagles du Cap Breton et Foreurs de Val d’Or (mais toujours aussi passionné) et intervenant-vedette sur l’excellent et populaire blogue de Mathias Brunet. (@simonsnake70 )

** Jimmy Murphy, columnist senior à www.bruinsdaily.com et anciennement à CTV, au NHL.com et à TSN.ca. (@MurphysLaw74)

*** Rick Springhetti, ancien recruteur pour le magazine McKeen’s Hockey, une référence en matière d’évaluation de joueurs et repêchage. Également l’un des intervenants les plus en vue et appréciés du blogue de Brunet.  ( @Rick1042 )

En rafale

– C’est confirmé: Mike Condon sera d’office dimanche soir, à Ottawa:

– Carey Price, favori pour le Vézina.

Quelqu’un est surpris?

– Le bon Guillaume Lefrançois tient à rectifier une erreur impardonnable de la LNH :

Byron, Lefrançois = même combat. Faut bien qu’ils s’entraident! #DwarfPower #5’8

– Faits intéressants sur le nouveau capitaine des Devils, le défenseur Andy Greene :

–  Adam Henrique, lui, croit que Greene a truqué le vote! #hehe

– Excellente entrevue de Jean-François Chaumont avec Claude Julien. Il est bon de lire une chronique parlant de la longévité des entraîneurs plutôt qu’uniquement leur durée de vie limitée. #UnPeuDePositif #BellePlume :

Personnellement, je prendrais Julien comme coach n’importe quand. Un futur membre du Temple?

– La LNH et l’Association des Joueurs en sont venus à une entente au sujet du contrat de Mike Richards :

Si Lombardi pouvait retourner à l’été 2014, vous croyez qu’il rachèterait le contrat de Richards? #Hehe

– La saison de James Wisniewski est peut-être déjà terminée!

Pauvre Wiz, lui qui n’en est pas à sa première blessure au genou… Carrière terminée?

– L’analyste et ancien joueur Aaron Ward dans de beaux draps :

Hockeyment vôtre,

Serge Côté

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