Les futurs Nordiques seront pleins de Québécois…

Ahhh, il n’y a rien comme une victoire du Canadien contre les Coyotes de Phoenix pour nous faire parler du retour des Nordiques!

Mais cette idée qu’on se plaît à véhiculer à Québec, à commencer par l’empire de Pierre-Karl Péladeau, est un mythe: les Nordiques n’en auront pas grand-chose à cirer des joueurs Québécois/francophones. Du moins pas pour bien longtemps.

Oh, ils feront tout en leur possible pour en avoir le plus possible lors de leur saison inaugurale des petits gars de chez nous, quitte à en trouver par le biais de Québec-Montréal (#çaexistetuencoreça?) ou à convaincre Jocelyn Thibault de remettre les jambières.

Bon, j’exagère peut-être un peu, mais vous saisissez mon propos, on laissera probablement toutes les chances à tout ce qui ressemble à un de souche ou un franco de faire le club lors de la première, voire de la deuxième saison.

Mais, tôt ou tard, les impératifs de victoires et de profits (qui s’engrange particulièrement bien  en séries) prendront le dessus sur les impératifs idéologiques et nationalistes. Il est bien sûr possible que les deux aillent de concert si les astres sont bien alignés, là n’est pas le problème et c’est sans doute ce que souhaite Quebecor, mais il y a aussi la réalité.

Tout d’abord, rappelons que la stratégie nationaliste pour établir une solide base de partisans est vieille comme le chemin.

James « Rocket » Power, un Irlandais qui parlait français comme Mario Tremblay
Photo: habseyeontheprize.com

Paradoxalement, le premier à l’avoir utilisé au Québec est nul autre que l’anglo d’Ontario, John Ambrose O’Brien, qui fut le premier propriétaire du Canadien en 1909. Celui-ci a voulu maximiser ses profits dès le départ en mettant sur pieds une formation ne comptant que des joueurs francophones. O’Brien, a ainsi voulu faire du cash par le biais du nationalisme ethnique et culturel de ceux qu’on appelait à l’époque les Canayens (Canadiens).  

Ceux-ci ne ne se rapportaient alors aucunement aux Anglais du Canada, qui étaient simplement des English, encore attachés à la Reine et au nationalisme britannique. Les Canadiens ou Canayens, eux, étaient ce que l’on allait appeler plus tard, les Canadiens français. C’est pour cela que dès sa genèse le Tricolore, le Bleu-Blanc-Rouge (référence au drapeau français), devait représenter le peuple canadien-français avant toute chose.

Au bout du compte, la stratégie de John Ambrose O’Brien ne dura pas bien longtemps dans sa plus grande pureté. Dès sa première année d’existence, le CH compta sur les services de deux joueurs Edouard «Newsy» Lalonde et Eugene Payan, qui dans les faits ne parlaient pas beaucoup plus français que Saku Koivu. Puis lors de la saison 1910-1911, un certain James « Rocket » Power, un Irlandais de Québec qui parlait pourtant parfaitement français s’est joint à l’équipe. Et devinez quoi? Ça a soulevé un tollé dans les médias! Particulièrement chez Tancrede Marsil du Devoir…

Ensuite, dès 1912-1913, le Canadien s’est vu donner la permission d’embaucher deux joueurs anglophones. Enfin, les règlements portant sur l’origine des joueurs ayant changés au fil du temps, si vous regardez l’histoire du CH, vous vous rendrez vite compte que les francophones ont été de moins en moins souvent majoritaires au sein de ce club à compter des années 40. 

Disons, que le débat ne date pas d’hier!

Si c’est bon pour minou, c’est bon pour pitou!

Or, la stratégie marketing du nationalisme francophone a refait surface à Québec en 1979-1980. Lors de leur entrée dans la LNH les Nordiques ont fait jouer 15 joueurs Québécois/francophones et leur entraîneur était un certain Jacques Demers…

Mais, une petite recherche ici vous le confirmera, dès 1982-1983, on remarque que les francophones n’étaient déjà plus majoritaires on sein du club. Puis, lors de leur départ, en 1995, on’en comptait que 5, on ne parlait pas de joueurs vedettes (Finn, Fiset, Thibault, Lapointe, Lefebvre) et leur entraîneur s’appelait Marc Crawford, un gars de Terre-Neuve (qui avait tout de même appris le français très rapidement).

Notons que cette même année, le Canadien, qui avait tout du long tenu à gagner la bataille du fait français, comptaient encore sur 12 Québécois, dont Roy, Turgeon et Damphousse. Mais alors que les Nordiques s’apprêtaient à perdre aux mains des Rangers et Alex Kovalev en première ronde, le CH, lui, avait bêtement raté les séries cette saison-là! À leur défense, c’était l’année écourté par le lock-out et Recchi et Turgeon, arrivés respectivement en février et avril, n’avaient pas eu le temps d’avoir l’impact escompté par Serge Savard. Des défaites, des défaites…

Mais, bref, il y a bien une ou deux choses que l’histoire peut nous apprendre ici : 1) le nationalisme ethno-culturel est un moyen efficace pour se bâtir une base de partisans et faire de l’argent dans la LNH, 2) ce nationalisme sportif ne dure pas nécessairement éternellement pour un club professionnel et 3) il n’est pas, en soi, un gage de succès.   

La réalité en 2011

Puis, il y a aussi cette autre réalité, celle de la LNH en 2011. Il y a maintenant 30 équipes et il n’y a que 100 Québécois et/ou francophones réguliers dans la LNH (merci à Louis Fournier et Fanatique.ca pour celle-là). Les 30 clubs alignent donc théoriquement une moyenne de 3,3 Québécois/francophones dans leur formation.

C’est donc dire que l’équipe qui déménagera à Québec (surtout si on pense aux Coyotes) ne comptera peut-être sur aucun joueur Québécois/francophones a priori. On veut bien croire que l’on peut embaucher des agents libres au cours d’un été et que l’on peut procéder à quelques échanges pour remédier à cela. Mais il ne faudrait pas rêver en couleurs, on ne changera pas la moitié du futur club de Québec en criant « ciseaux », ni en chantant « Gens du pays ».

Ensuite, il y a cette nouvelle réalité sociologique, on peut la trouver déplorable si on est nationaliste, mais dans une large proportions, les partisans d’aujourd’hui, surtout les plus jeunes, se foutent éperdument de la nationalité des joueurs. L’important c’est que l’équipe gagne. Point final. À leurs yeux, le reste c’est du crossage politique, un vieux débat pour vieilles personnes. Les jeunes partisans ne sont plus des nationalistes Québécois, ce sont des « citoyens du monde » apolitiques.

Est-ce que la résurrection des Nordiques, qui miseraient supposément sur un important contingent de joueurs Québécois/francophones, saurait raviver une flamme nationaliste éteinte depuis 1995 et méconnue, voire inconnue, de la plupart des moins de 25 ans aujourd’hui?

On peut fortement en douter, mais c’est possible.

Toutefois, chose certaine, ce ne serait pas le mandat premier d’un club de la LNH qui obéit tôt ou tard à une logique de victoires et de profits. Les Nordiques de l’époque en avait fait la démonstration.

Puis, croyez-moi sur paroles, ils n’auront pas beaucoup de pression de leurs nouveaux  partisans pour aller dénicher des nouveaux Goulet, Côté, Fortier, etc.

Le retour des Nordiques forcerait néanmoins le Canadien à doubler d’ardeur pour trouver les perles rares de nos cantons. On assisterait sans doute à une autre bataille du fait français pour attirer, conserver ou simplement plaire un certain nombre de partisans. Mais cette bataille ne saurait être à la même échelle et avoir la même ferveur que lors des années 80 et 90.

Le nationalisme québécois bat trop de l’aile pour ça.

Mais le royalisme de Harper, lui, va assez bien merci.

Tiens, pourquoi pas les Royals de Québec?

Ben quoi, voulez-vous du financement d’Ottawa ou pas?

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