Les deux côtés du travail de Marc Bergevin cet été | Le vrai visage du CH « défensif »

Pour évaluer correctement le travail d’un directeur général, il faut diviser ses actions en deux. D’un côté, on évalue les changements au personnel de joueurs. De l’autre, on analyse les embauches, les congédiements et les restructurations au sein du personnel hockey.

On connait la philosophie de Bergevin au niveau du personnel hockey: la stabilité est reine. C’est-à-dire que, dans le meilleur des mondes, on conserve les mêmes têtes de hockey année après année et on ne procède à un congédiement qu’en dernier recours.

Michel Therrien a gardé son poste comme il fallait s’y attendre, malgré ses tactiques mal-aimées. Le responsable de l’avantage numérique Dan Lacroix a évité le couperet en dépit des vives critiques à son endroit. Sylvain Lefebvre, l’entraineur-chef des Bulldogs d’Hamilton – maintenant IceCaps de St.John’s –  est toujours en selle après trois saisons sans participer aux séries éliminatoires. Bref, aucun membre significatif (Stéphan Lebeau, un entraineur adjoint du club-école récemment limogé, n’en est pas un) ou bien connu, du moins, ne s’est fait montrer la porte.

Mais il ne faut pas croire à une inertie pour autant. Parce que Marc Bergevin a procédé à de multiples embauches pour élever le rendement de son personnel hockey. Or, il a préféré mieux entourer les pions déjà en place au lieu de foutre en l’air une formule gagnante, quoiqu’on en dise sur l’importance de Carey Price dans celle-ci.

Vaughn Karpan a été promu au poste de directeur du recrutement professionnel. Ethan Moreau, un éclaireur professionnel dans l’Ouest, a vraisemblablement été limogé. Eric Crawford, l’ancien directeur du personnel des joueurs et du recrutement professionnel des Canucks, et Dave Starman, un analyste respecté dans la NCAA, se sont greffés au personnel de recrutement.

Nick Carrière a été amené pour épauler Lefebvre derrière le banc, à St.John’s.

Le Canadien a annoncé aujourd’hui l’embauche de Craig Ramsay à titre de conseiller au groupe d’entraineurs. L’expertise de Ramsay pour configurer l’avantage numérique est reconnue comme sa marque de commerce.

Des démarches avaient aussi été entreprises pour bénéficier du savoir-faire de Jacques Lemaire, un homme de hockey révolutionnaire et très cartésien. Ce dernier s’est finalement joint aux Leafs de Toronto.

Bergevin a été tout aussi actif pour apporter des ajustements au personnel de joueurs, même si certains dossiers ne sont pas arrivés à conclusion. Si l’on rassemble toutes les informations relayées par TSN et Sportsnet, Antoine Vermette, Shawn Matthias, Justin Williams, Matt Beleskey, Kerby Rychel et Patrick Sharp auraient tous intéressé le Canadien à un moment ou un autre. Par contre, il est difficile de cerner ce qui se trame vraiment dans le bureau du DG. Comme il est de nature à être très engagé, et constamment à l’affut des dernières tractations, on ne sait jamais s’il mijote quelque chose ou s’il ne fait que regrouper de l’information.

En plus de mettre sous contrat tous les agents libres sans restriction, Bergevin a fait signer des ententes à Alexander Semin, Mark Barberio, Joel Hanley, George « Bud » Holloway et Ryan Johnston. Il a aussi échangé Brandon Prust pour les services de Zack Kassian.

Il n’y a pas à dire, le gourou du Tricolore a eu un été chargé.

Le CH: une équipe défensive, défensivement mauvaise?

Parce que le Canadien a fini au 1er rang dans la colonne des buts accordés et seulement au 20e échelon dans celle des buts marqués, on dirait, à première vue, qu’il s’agit d’un club défensif d’élite. Cette affirmation est toutefois vertement réfutée par les observateurs utilisant les statistiques avancées comme outil d’analyse, particulièrement les chroniqueurs d’Habs Eye On The Prize, un blogue anglophone dédié exclusivement à la couverture du CH.

Le problème est que la définition de ce qui est « défensif » est non seulement appelée à changer, mais elle varie sensiblement d’un individu à l’autre. Les Kings et les Blackhawks, qui constituent l’élite de la LNH, nous ont fait comprendre qu’effectivement, la défense fait gagner des championnats, mais que la meilleure défense était logiquement de… ne pas défendre! Le raisonnement est simple comme bonjour: tout ce qu’on peut faire sans la rondelle se limite à brûler de l’énergie dans son territoire et se faire marquer des buts.

Les problèmes du Tricolore en possession de rondelle sont largement documentés. En 2014-2015, il a terminé au 21e rang de la ligue à ce chapitre, non loin des Oilers d’Edmonton et des Coyotes de l’Arizona. L’équipe concède, en moyenne, 50.9% des tentatives de tir à l’adversaire, ce qui est un chiffre énorme quand on s’attaque à un échantillon vaste de 82 joutes. Il a fait encore pire en 2013-2014, en terminant au 24e rang. La plupart des experts en sont donc venus à la conclusion suivante: le CH est un club de milieu de peloton qui a été propulsé au 2e rang du classement général de la LNH grâce à une saison historique de son gardien Carey Price. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le CH serait donc un club très ordinaire sur le plan défensif, qui, en plus d’accorder beaucoup de tirs, a accordé le 10e plus grand nombre de chances de marquer par heure de jeu à 5 contre 5.

La réalité est qu’à Chicago comme à Los Angeles, on a des équipes qui sont également extrêmement efficaces dans le jeu sans la rondelle. Donc, des équipes qui savent défendre dans le sens propre du terme.  Puis, à un certain stade, il faut se demander comment Carey Price peut maintenir des statistiques aussi effarantes si l’équipe devant lui le jette dans la fosse aux lions? À quel point son pourcentage d’efficacité déjà hors-norme peut-il augmenter avec une formation qui appartient à l’élite?

Et si le CH avait été un club d’élite dans le jeu de la possession, à quel point aurait-il accentué sa suprématie dans le classement de la LNH?

On semble s’éloigner du réalisme.

Le CH est en fait une excellente équipe défensive pour ce qui est du jeu sans la rondelle dans son territoire. En se fiant au Corsi, qui est un indice représentatif de la possession de rondelle, on sait que le Canadien écoule beaucoup plus de temps dans sa zone que les meilleures équipes du circuit. Corollairement, il devrait donc être l’une des équipes qui concèdent le plus grand taux de chances de marquer de grade A, car il est plus souvent acculé au pied du mur, donc fortement désavantagé dans cette mesure. Or, le CH accorde le 16e moins grand total d’occasions de grade A par heure jouée (ex aequo avec le Lightning de Tampa Bay), ce qui est plus que respectable considérant qu’il pointe au 21e rang en ce qui a trait à la possession.  Le problème de cette équipe est donc inhérent à l’une ses plus grandes forces: le CH défend avec efficacité dans son territoire les tirs étant dangereux pour Carey Price en contraignant l’opposition à la périphérie, mais il écoule beaucoup trop de temps dans ledit territoire.

Une autre théorie suggère que le Canadien ne peut dominer, car il rejette trop souvent la rondelle en territoire adverse. Mais ce serait ignorer que les Kings de Los Angeles, une équipe, qui rappelons-le, a intégré l’élite dans les dernières années, sont une des formations qui optent le plus souvent pour cette stratégie en zone neutre. La différence est que les Kings se veulent, par la même occasion, l’une des meilleures formations pour prévenir les entrées de zone adverses par la possession et pour forcer l’opposant à effectuer le rejet du disque. Au bout du compte, ils compilent donc plus d’entrées de zone en possession de la rondelle que l’adversaire, même s’ils n’en récoltent pas en quantité industrielle.

À l’approche de la prochaine saison, le Canadien a plus ou moins quatre facettes du jeu à améliorer pour espérer s’immiscer parmi l’élite: les sorties de zone, les entrées de zone, le travail en zone neutre en général et le maintien de la pression en territoire offensif. Il est réaliste de croire qu’il peut y parvenir si ses nouvelles acquisitions, Zack Kassian et Alexander Semin, dépassent des attentes somme toute modestes, ou, disons, modérées, et si le noyau de jeunes vétérans continue de progresser à bon train.

Données tirées de War-On-Ice

En rafale
– Joyeux anniversaire au sénateur Jacques Demers, qui fête ses 71 ans.

– Les frères Stasny débarquaient à Québec, il y a 35 ans!

– Kessel amorcera le camp en compagnie de Crosby: LIEN

– Le dernier remaniement des Alouettes pourrait porter fruit! LIEN

– Une citation intéressante sur la mentalité de Craig Ramsay.

– Wayne Simmonds tient à faire les séries l’an prochain. LIEN #Flyers

– Une heureuse conclusion à cette très triste histoire…

– Auguste Impose et les Remparts joueront devant une foule record: LIEN

– Les détails sur le contrat qu’a signé Mark Giordano:

– Un papier fascinant sur la façon de concilier l’enseignement et les analytiques: LIEN

– Le joueur ultime de Dustin Tokarski:

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