Le sommet du hockey québécois Molson Export : Un gros samedi chez le docteur!

Après ce qui avait déjà été une soirée bien chargée la veille, les participants du Sommet du hockey québécois Molson Export étaient conviés dès 7h30 à un petit déjeuner qui allait lancer un bien gros samedi.

Vite un café!

Développement : patience, créativité, excellence

D’entrée de jeu le Dr Steve Norris, un spécialiste du sport d’origine anglaise, y est allé d’un plaidoyer très clair en faveur de la patience en matière de « développement à long terme du joueur de hockey », le thème de sa conférence.

Sans vouloir trop entrer dans le vocabulaire technique de son exposé, on retiendra trois ou quatre choses de la présentation de M. Norris, un orateur hors pair.

Ce fût une fin de semaine d’introspection pour le hockey québécois

D’abord, « laissez les enfants être des enfants, les enfants ne sont pas des adultes miniatures! Laissez-les avoir du plaisir! », voilà la base de sa philosophie.

Cela peut être soutenu de bien des façons : d’abord le développement physique de l’enfant n’est pas un one size fits all. Il y a une différence entre l’âge chronologique et l’âge biologique, ainsi deux jeunes joueurs de 14 ans peuvent avoir une différence de poids de plus de 65 livres. Autant le petit peut-être désavantagé par son gabarit, autant le plus grand et le plus gros peut avoir de la difficulté à composer avec sa poussée de croissance.

Aussi, faut-il être prudent autour de cet âge avec les mises en échec, car l’ossature ne se solidifie qu’après la croissance.

Le Dr Norris a également insisté sur le fait que les années de croissance faible, de 5 à 11 ans, sont les meilleures pour inculquer le FUNdamental (en insistant sur le fun) et faire l’acquisition des habilités de base (patinage, lancers, maniement de la rondelle, passes, etc.), c’est l’étape du « train to train ».

Comme Audette, Martin et Talbot la veille, le Dr Norris est aussi un défenseur de la multidisciplinarité en matière de sports. Il prêche le développement global de l’athlète et recommande des périodes de détachements de celui-ci par rapport à son sport principal. Cela garde en appétit, maintient le niveau de plaisir très haut et apporte de nouvelles habilités et plus de créativité dans le sport principal.

P.K. Subban et Jeff Skinner nous ont d’ailleurs donné une belle démonstration de la véracité de cette théorie depuis leur entrée dans la LNH. Le premier n’hésite pas transposer dans son jeu des habilités acquises en basketball qu’a su lui transmettre son père (un ex joueur de basketball) alors que le second met à profit son phénoménal équilibre sur patin acquis en patinage artistique.

Enfin, le Dr Norris nous a rappelé que l’excellence est un art qui demande de l’entraînement et des bonnes habitudes de vie. Il faut planifier, exécuter et revoir (plan-execute-review) sans cesse.

Parlant d’excellence, il a tenu à féliciter le plan de développement de Hockey Québec 2009-2013 qui s’est inspiré des grandes idées que M. Georges Larivière, un de ses mentors, soutient depuis des années.

Panélistes à la conférence du Dr. Norris, Le Dr. Wayne Halliwell, éminent psychologue sportif canadien, a quant à lui voulu traiter de la tripartition du développement de l’athlète : le corps, la tête et le cœur.

Il a alors donné en exemple le fameux clip où on voit Mike Cammalleri en survêtement faire de la visualisation sur le banc des joueurs avant un match des séries en 2010.

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Au sujet de la motivation, M. Halliwell pense que celle-ci doit être essentiellement intrinsèque. Le jeune doit jouer et apprendre par plaisir et pour ce, les adultes (parents, joueurs pro, entraîneurs) sont davantage là pour l’inspirer que pour le « motiver ».

Faisant du pouce sur les propos de Halliwell, Luc Robitaille, un autre panéliste sur cet imposant plateau, a rajouté que « tu dois être passionné » pour réussir au hockey, comme dans bien d’autres choses. Rapportant un livre qu’il a récemment consulté, Robitaille estime à 10 000 heures le temps nécessaire à la maîtrise d’un art. On ne peut clairement pas mettre autant d’heure à l’apprentissage d’un art sans en être passionné!

Enfin, parlant de passion pour son art, Robitaille, qui semblait pas mal au fait de la situation, a glissé quelques mots encourageant sur Crosby. Il ne faut pas oublier, dit-il que « l’effort à 90% de Crosby équivaut à 150% de n’importe quel autre joueur! ».

Silence, M. Larivière parle!

La matinée s’est terminée avec la conférence de du Dr Georges Larivière, grand penseur du hockey Québécois et professeur à l’Université de Montréal. Celui-ci s’est affairé à déboulonner presque un à un les mythes et les idées reçues entourant le hockey  au Québec.

Pour lui, un peu comme le disait Descartes avec le bon sens, le talent est la chose la mieux répartie du monde. Tous les peuples en ont. C’est donc le développement de ce talent qui compte et qui fait la différence au bout du compte.

Aussi, doit-on être prudent quand on parle de « talent naturel », en bon universitaire, il faudrait selon lui davantage parler de « dispositions » et d’« aptitudes ». Il définit davantage le talent comme le résultat des dispositions qui se sont bien développées.

Comme pistes d’actions aux éternelles questions comme « Pourquoi il y a si peu de Québécois repêchés par les équipes de la LNH? », « Pourquoi il y a si peu de Québécois qui font partie des d’Équipe Canada junior? », et quoi encore, il suggère de d’innover et surtout d’intégrer davantage le fruit des recherches dans la pratique. Selon lui, s’appuyant sur une pensée de Kurt Lewin, il n’y a d’ailleurs « rien de plus pratique qu’une bonne théorie ».

Plus concrètement, Larivière croit que le plan de développement 2009-2013 est excellent, la base théorique est bonne. Il faut maintenant assurer une meilleure supervision sur le terrain ainsi que faire un meilleur suivi du développement des joueurs.

À ce sujet, un peu comme pour dossier médical électronique, il faudrait un dossier sportif du joueur pour que l’on puisse mieux le suivre et l’évaluer d’une étape à l’autre. Selon lui, ce n’est donc pas le nombre de joueurs à la base qui fait défaut mais l’encadrement des joueurs tout au long de leur cheminement.

Ce meilleur encadrement pourrait, entre autres, permettre aux intervenant de procéder à une meilleure individualisation, un meilleur sculptage du joueur en fonction de des dispositions et de ses aptitudes originales. Ainsi on pourrait peut-être former davantage de défenseurs défensifs et d’attaquant de puissance ou de grinders au Québec si on savait les développer et les sculpter ainsi à partir de leurs forces.

Considérant la vitesse grandissante du jeu, il croit que l’avenir passe aussi par une emphase placée sur l’anticipation et la vitesse de décision, il rappelle à ce sujet la célèbre idée de Gretzky : « I’m not skating where the puck is, I’m skating where the puck is going to be ».

Clément Jodoin, attentif au propos de Larivière, a ensuite pris la parole comme panéliste. À partir des expériences qu’il a pu observer en Europe, il pense que les standards ne sont pas assez spécifiques au Québec et au Canada. Selon lui, il faudrait s’inspirer de la formule « club team », disons de 14 à 20 ans, afin de mieux suivre la progression du joueur en fonction de standards plus précis.

Défenseurs de l’importance des études, il croit que le joueur de hockey junior doit toujours penser en fonction d’une avenue académique possible s’il veut continuer à jouer au hockey sans avoir nécessairement été repêché chez les pros. Ainsi, il pourra « battre le système » plutôt que de se faire avaler par ce dernier.

Jodoin, qui a fait partie du personnel d’entraîneurs d’Équipe Canada junior à trois reprises lors de la dernière décennie, y est allé d’une critique un peu surprenante mais très claire à l’endroit des joueurs d’ici : « le joueur québécois joue trop souvent pour lui et nons pas en fonction de l’équipe. » 

Jodoin souhaite cependant que les joueurs d’ici aient plus d’occasion de se faire valoir dans le cadre de tournois significatifs à chaque année entre 16 et 20 ans, des tournois contre l’Ontario, l’Ouest et les États-Unis, par exemple.

De Gauthier à Nicholson : un seul objectif, la victoire

En revenant du lunch, les participants ont eu droit à un entretien relevé entre l’excellent Stéphane Leroux de RDS, le dg du CH, Pierre Gauthier et Bob Nicholson, grand manitou de Hockey Canada.

Leroux ne s’est pas fait prier pour poser la question à 100$ à Pierre Gauthier : « Pourquoi il n’y a pas plus de Québécois dans la LNH? », ce à quoi Gauthier a répondu : « Personne n’est laissé de côté en raison de sa provenance ou de sa langue. Arrêtons de penser comme ça. Qu’on soit dans la LNH, dans les équipes nationales, il n’y a qu’une règle : prendre les meilleurs joueurs pour former les meilleures équipes, pour gagner.»

S’étant fait poser sensiblement la même question au sujet d’Équipe Canada junior, Bob Nicholson y est allé de la même réponse : « We want to put the best players together ».

Dans un autre ordre d’idées, Nicholson s’est dit très fier d’avoir implanté une politique de tolérance zéro pour les coups portés à la tête au sein de Hockey Canada.

Il a aussi glissé un mot sur le hockey féminin et pense que la Fédération internationale de hockey sur glace (FIHG) sur glace fait des efforts importants pour développer une meilleure compétition entre les nations.

Il s’est enfin montré insistant sur la nécessité pour tous les gouvernements, ainsi que pour le secteur privé, de s’impliquer au niveau de la mise à jour ou de la construction de nouveaux amphithéâtres, un propos qu’il nous a répété en privé dans la salle de conférence de presse du Centre Bell à la fin de la journée. Il faut dire le dernier investissement d’envergure en matière d’infrastructure remonte à 1967.

C’était l’année de l’amour et de l’Expo ça…

Docteur, j’ai mal à la tête!

Le troisième conférencier de la journée, le Dr. Mark Aubry, qui travaille entre autres pour la FIHG, Hockey Canada, le CIO et les Sénateurs d’Ottawa, est pour sa part venu nous entretenir de comportements et d’attitude sécuritaire au hockey.

Ce que l’on remarque dans les dernières années en matière de sécurité? D’un côté, une diminution claire et nette des blessures à la colonne, mais de l’autre côté, une augmentation toute aussi claire des commotions cérébrales.

Les pistes de solutions qu’ils proposent pour enrayer ce fléau sont assez simples :

1) Enseigner une habilité à la fois ; la mise en échec étant une habilité comme une autre qui doit être enseignée le moment venu.

2) Enseigner la mise en échec à un âge approprié ; il prêche ici pour une certaine flexibilité en fonction de l’âge et des niveaux  de jeu.

3) L’élément clé : la mise en échec doit être enseignée à partir du Pee-wee lors des entraînements avant d’être utilisé dans les matchs au niveau Bantam.

Enfin, le Dr. Aubry ne croit pas qu’il y ait un problème important avec le dopage dans le hockey, mais met en garde les joueurs par rapport à l’utilisation des stimulants (Sudafed, etc.).

Panéliste lors de cette conférence, Larry Weber, de chez Bauer, y est allé d’un constat aussi simple que drôle concernant l’impossibilité de prévenir complètement les commotions cérébrales : « On ne peut pas mettre le casque directement sur le cerveau! ».

Des propositions concernant des pièces d’équipement moins « Robocop » et plus axés sur la mousse et les matériaux plus souples et absorbants sont aussi sérieusement étudiés et seront mis à l’essai.

Une perception répandue chez les jeunes : le sport, c’est poche!

Enfin, le Dr Norm O’Reilly de l’Université d’Ottawa, le dernier conférencier de la journée, a discuté des problèmes de recrutement et de rétention des joueurs.

On a retenu de son allocution, remplie de chiffres et de tableaux démographiques, que depuis 1992, les jeunes et moins jeunes pratiquent beaucoup moins le hockey et le sport en général.

Les raisons principales sont multiples : le divorce des parents, la perception de soi (je ne suis pas bon), l’éducation parentale, identité sociale et sexuelle, et les comportements entrant en compétition avec le sport (jeux vidéos, etc.).

Bref, pour toutes ces raisons et bien d’autres sans doute, environ 50% des jeunes n’aiment pas le sport, ils trouvent ça poche.

Pour côtoyer des jeunes de 17 à 20 régulièrement, ce chiffre ne m’étonne pas. C’est même à cet âge que plusieurs décrochent complètement du sport.

Danielle Sauvageau, ancienne analyste à Radio-Canada et entraîneuse de l’équipe nationale championne à Salt Lake City, était pour sa part heureuse de rapporter que de 5 000 joueuses qu’elles étaient dans les années 80, les filles sont rendues plus de 100 000 à pratiquer le sport national.

Cependant, un de problèmes importants, selon elle, est que les filles ont peu de débouchés pour la pratique de leur sport rendu à un haut niveau, c’est pourquoi elles sont plusieurs à s’exiler aux États-Unis, comme la jeune Marie-Philip Poulin, la Crosby du hockey féminin.

Martin Raymond, assistant-entraîneur à Tampa Bay, déplore pour sa part qu’il y a de très bons joueurs oublier à cause du système actuel. Prêchant pour une augmentation des programmes de hockey universitaire, il a pris en exemple Mathieu Darche qui a su se faire remarquer à McGill. Il pense que le Québec pourrait développer beaucoup d’autres joueurs comme le #52 du Canadien.

Finalement, appelés à conclure la journée, Sylvain Lalonde de hockey Québec et Gilles Courteau, instigateur de ce Sommet du hockey québécois, se sont montrés ravis du déroulement de ces deux journées et assurent qu’il y aura des suites concrètes à cette initiative.

On a envie des les croire.

Dans le calepin

– Je tiens à remercier Valérie de chez Molson qui nous a offert la chance de participer à ce sommet. Bonne vacances bien méritées, Valérie!

– Je fais de même avec Francis aux communications chez Hockey Canada qui s’est bien occupé de nous durant ces deux journées. Un vrai pro.

– Je salue également mes collègues blogueurs Justine Émond-Larochelle de chez Habsolumentfan, Santa de Vestiaire.ca ainsi que Kaven Brassard, un pro des communications qui a son propre blogue.

– Salutations distingués à M. Guylain Raymond, notre collègue de table et ancien entraîneur de l’Océanic qui nous a, entre autres, bien renseigné sur la période Lecavalier-Richards à Rimouski. On y reviendra…

– Je souhaite bonne chance à Marc Denis, un bon gars, qui est emballé par son nouveau défi à RDS, il se pratique déjà avec Pierre Houde et se dit prêt à affronter toutes les critiques et tous les dangers, même celui de la surexposition!

Marc Denis surveille ses arrières… Déjà!

– Je souligne le sens de l’humour de Donald Audette qui a rigolé lorsque je lui ai dit qu’on avait bien vu ce qui s’était passé avec lui la seule fois où il a joué défensif dans sa carrière!

– Je souligne également la présence de Sylvain Labbé, seul député de l’Assemblée nationale présent lors de ce Sommet. Monsieur Labbé, un passionné, a été mis en charge des dossiers sportifs au sein du PQ.

– Enfin, je salue tous les organisateurs et commanditaires de cet événement où notre parole a pu être entendue par différents moyens. Ce fut le cas vendredi où on a eu la chance de poser des questions directement aux panélistes. Puis, samedi, alors qu’on a pu prendre parole sur la patinoire du Centre Bell afin de dévoiler à tous les participants nos solutions aux problèmes posés.

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