Le Sommet du hockey Molson Export: Leadership, développement des jeunes et défis

Le Sommet du hockey québécois Molson Export s’est entamé vendredi soir au restaurant La mise au jeu du Centre Bell. C’était l’occasion de socialiser avec des gens d’hockey et de se mêler à la faune médiatique.

Martin Leclerc, anciennement de RueFrontenac et du Journal de Montéral et avec qui je me suis entretenu avant le début des sessions, travaille d’ailleurs sur une biographie d’un athlète québécois nouvellement retraité qui devrait susciter beaucoup d’intérêt ici et aux États-Unis…

Ce fût aussi l’occasion de poser nos questions à une brochette plutôt relevée de panelistes.

Leadership

Le sommet, que je vais tenter de vous résumer ici en deux articles, a commencé en force avec deux chefs de file qui en imposent en matière de leadership : Pierre Boivin, qui a, entre autres, été 11 ans à la présidence du Canadien, ainsi que Barry F. Lorenzetti, président de BFL Canada, une importante firme de courtiers d’assurance.

Mais pour les besoins de la cause, on se concentrera ici sur les propos de M. Boivin.

Boivin, très posé et réfléchi, a résumé lors de son allocution en quoi se résumait pour lui le leadership. Ayant lu quelques briques sur la question, il pense que le leadership est une chose passablement innée que l’on doit développer par la suite.

Un bon leader possède toujours une vision et il sait la communiquer. Ce sont les deux choses les plus fondamentales.

Ensuite, il faut savoir s’entourer de gens compétents et souvent meilleurs et plus « intelligents » que soi. Les control freaks seraient ainsi des dangers pour toute organisation voulant progresser. Il faut faire confiance à ceux qui travaillent avec nous et ne jamais avoir peur du changement, de l’innovation et du risque, car c’est la voie royale du progrès, quitte à faire des erreurs en chemin.

Il faut également carburer à la critique. Un bon leader n’est jamais satisfait avec le statu quo, il doit toujours savoir identifier qui  sont les « agents de conservation » dans son organisation, c’est-à-dire ceux qui sont contre le progrès et le changement, les « satisfaits ».

Les rencontres se déroulaient de façon passablement informelle vendredi soir et les modérateurs Louis Jean de Sportsnet, Jean-Philippe Bertrant de TVA et Mario Langlois de CKAC ont invité les gens présents dans la salle à poser leurs questions aux panélistes à plusieurs reprises.

J’ai donc invité M. Boivin à répondre à la question suivante : Croyez-vous que nous valorisons suffisamment le leadership au Québec dans nos institutions et organisations? Boivin s’est alors donné une demie seconde de réflexion pour y aller d’un « non » catégorique. Pour lui, au Québec, comme à bien des endroits, les gens ne font surtout que critiquer et ont peu de respect pour ceux qui sont aux commandes. Peu sont en mesure de véritablement apprécier et mesurer toutes les responsabilités qui incombent aux dirigeants que ce soit en politique ou en affaires. 

C’est pourquoi un bon leader doit aussi être tough, selon lui.

Enfin, si un leader veut instaurer un changement de direction important dans son domaine, il doit travailler à partir du haut de la pyramide, se faire des alliés, et imprégner, incruster, ensuite son message tranquillement vers les bas de la pyramide (work your way down).

Il est ici évident que c’est exactement de cette façon que le Canadien a décidé de travailler ces dernières années avec son comité de leaders (Gionta, Gill et cie) qui doivent relayer la « bonne nouvelle » de Gauthier et de Martin aux autres joueurs de l’organisation. Et derrière tout ça il y a eu l’influence de Boivin, j’en suis maintenant persuadé.

Le joueur d’aujourd’hui

Après que MM. Boivin et Lorenzetti eurent quitté la salle en apportant avec eux  leurs gros fauteuils confortables de big boss, provoquant les rires dans la salle, ce fut au tour de Joël Bouchard et Maxime Talbot, de venir s’installer devant nous sur des tabourets, disons, plus modestes!

Bouchard et Talbot, très à l’aise devant public, ont surtout parlé à partir de leur expériences personnelles, dans la LNH, dans les ligues mineures et à leurs écoles de hockey auprès des jeunes, pour essayer de cibler le joueur d’aujourd’hui et ces caractéristiques.

La discussion fut cependant détournée dès le départ par un participant qui voulait traiter des mises en échec et du jeu robuste avec les panelistes.

Autant Bouchard que Talbot croient que la mise en échec, avant d’être utilisée au niveau Bantam, doit être enseignée dès le Pee-Wee, mais uniquement sous supervision lors des entraînements.

Bouchard a ensuite tenu à préciser que les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui assistent à son Académie de hockey,  ne « tripent » plus sur les matamores et le jeu robuste. Ce qu’ils aiment avant toute chose ce sont les habiletés des Crosby, Datsyuk et Ovechkin de ce monde.

La notion de plaisir a ensuite été le point central de la discussion. Selon Talbot, qui lui a bien du fun à jouer au hockey, il ne sert à rien de « virer fou » et être obsédé par le hockey 12 mois par année. Pour lui, il est très important de prendre des pauses du hockey durant l’été et en profiter pour devenir des athlètes plus complets en s’adonnant à d’autres sports, une idée qui a été reprises plus tard dans la soirée par Donald Audette et le lendemain par d’éminents « docteurs » du sport.

Toujours en lien avec le plaisir, les parents sont souvent les plus gros problèmes dans la vie du jeune joueur de hockey, selon Bouchard. Ahuri un jour en recevant l’appel d’un parent qui lui recommandait de faire « travailler » son enfant « élite » de 10 ans au lieu de le faire « jouer » lors de son passage à son Académie de hockey, Bouchard lui a dit que pour lui l’« élite » ne pouvait se situer à l’âge de 10 ans!

Selon lui, tant que le jeune aura du plaisir, il voudra s’améliorer. Le plaisir, c’est la base et le reste vient ensuite. C’est lorsque que l’on passe chez les pros que le plaisir occupe souvent moins de place, affirme celui qui a passé autant de matchs à l’infirmerie ou sur la galerie de presse que sur la glace lors son séjour dans une quinzaine d’organisations professionnelles différentes! On comprendra son point de vue…

C’est sans doute aussi un peu pourquoi il dit davantage enseigné la vie que le hockey à son Académie. Pour lui, être une bonne personne est une part importante du développement pour être un bon joueur de hockey. Une philosophie partagée, entre autres, on le sait, par Pierre Gauthier du Canadien.

Au vrai niveau élite, disons, à partir du midget et du junior majeur, Bouchard ne veut pas s’entourer de joueurs qui aiment gagner, tout le monde aime gagner, ce qu’il veut ce sont des joueurs qui détestent perdre.

Un gars intéressant ce Bouchard…

Questionnés à savoir qui sont les joueurs de la LNH avec qui ils ont joué et qui ont le plus de plaisir à jouer au hockey, Bouchard a identifié James Patrick qui, même à 42 ans chez les Flames, en redemandait encore, ainsi que le vieux Dave Gagner (père de Sam) qui voulait toujours frénétiquement la rondelle dès la mise en jeu!

Talbot a pour sa part tout de suite dit, sans surprise, que Sidney Crosby était hockey 24 sur 24 tellement il aime son sport. Sid the Kid, un joueur d’exception en tout point, ne prend même pas un seul verre de vin la veille des matchs!

Dan Bylsma serait aussi tout un coach, selon lui, lorsqu’il est question de s’assurer que ses joueurs aient du plaisir à venir à l’aréna.

Les défis en matière de développement au Québec

La dernière équipe de panélistes était composée de Donald Audette et de Jacques Martin qui étaient appelés à parler des défis du développement du hockey au Québec.

Un premier aspect soulevé par Martin et Audette a été celui de l’accessibilité du hockey. Le hockey, on le sait, est cher à pratiquer et les heures de glace difficiles à obtenir en raison du coût et des disponibilités.

Audette, pour qui le talent serait une chose innée pensent que les joueurs d’ici ne sont pas assez soumis à supervision et l’évaluation d’experts, ils arrivent au niveau Midget avec encore d’importantes carences techniques.

 

Par ailleurs, il pense aussi que les joueurs québécois, à partir de l’âge Midget, ne sont pas assez vus par les dépisteurs, ils n’ont pas assez d’exposure

Lorsqu’on a ensuite eu la chance de demander à Jacques Martin, dont l’école de hockey à Rigaud en est à sa 30e année, qu’elle était la chose qu’il aimerait que le joueur de hockey d’aujourd’hui comprenne plus facilement, il a répondu à sa manière habituelle, du tac au tac : « Donner son plein rendement et comprendre le concept d’équipe ».

Classique Martin! Je riais dans ma tête!

Mais Martin s’est fait plus loquace sur le développement optimal du joueur. Selon lui, un joueur apprend davantage en dominant dans un niveau inférieur sur une période donnée qu’en jouant dans un niveau où il peine à maintenir la tête hors de l’eau. Placer le joueur le joueur dans le bon environnement au bon moment de son développement devient donc la clé. Il a donné l’exemple de Pacioretty au cours des trois dernières saisons, on a tous compris ce qu’il voulait dire.

Se défendant une fois de plus de plus au sujet de l’emphase qu’il met sur le jeu défensif, Martin dit encourager fortement la créativité offensive et les risques bien calculés. C’est pourquoi il admire des joueurs comme Datsyuk et Zetterberg; ceux-ci créent souvent des revirements en prenant des risques offensifs, mais ils sont aussi parmi les meilleurs pour récupérer cette fameuse rondelle.

On y est ensuite allé d’une autre question d’ordre générale pour l’entraîneur de la Flanelle : Pourquoi le joueur d’aujourd’hui est-il différent du joueur d’hier? Martin a alors rappelé que la société avait énormément changé et que le coach d’aujourd’hui vit avec des réalités qui n’existaient pas jadis. Aujourd’hui les jeunes joueurs veulent savoir « pourquoi », on leur demande de faire telle ou telle chose. Martin n’y voit pas là une mauvaise chose pour autant, juste plus d’heure de travail, on imagine. Mais, comme on le connaît, ça ne doit pas le déranger outre mesure.

Un bourreau de travail et un vrai pro.

Enfin, un observateur de premier ordre en matière de développement du hockey était dans la salle : Blair Mackasey, qui est maintenant directeur du personnel chez les joueurs du Wild du Minnesota, après plusieurs années passées à Hockey Canada, a demandé à Audette et Martin pourquoi le Québec développait si peu de défenseurs. Seulement 9 ont joué dans la LNH l’an dernier et sur ce nombre, seulement 5 occupaient un poste à temps plein.

Rejoignant les propos d’Audette, Mackasey, en plus de la grosseur des arrières québécois a relevé les carences dans l’apprentissage de l’aspect physique et défensif du jeu. Selon lui, le Québec doit apprendre à développer autre chose que des attaquants destinés aux deux premiers trios.

La table était déjà mise pour la grosse journée de samedi.

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