Jim Rutherford doit prendre une partie du blâme | Analyse des nouveaux trios

Donner la faute à l’entraineur est un classique. Et si, pour une fois, on évaluait le travail de son directeur général, dont la tâche est de fournir les bonnes munitions? Un soldat à la guerre sans équipements, ça ne fait pas long feu.

M. Rutherford a joué à un jeu dangereux en tentant de maximiser le plus possible une force de son alignement: le groupe d’attaquants. Il a voulu à tout prix déployer quatre lignes offensives et trouver un sbire digne de ce nom à Sidney Crosby. C’est dans cette optique que Phil Kessel, Nick Bonino, Eric Fehr, Matt Cullen et Sergei Plotnikov se sont amenés dans la ville de l’acier.

Il a ainsi volontairement négligé la ligne bleue. Question de priorité, voire d’idéologie. À l’image d’un chef d’État, Rutherford a coupé dans le département de son choix, pour en approvisionner un autre. Les bons Paul Martin, Christian Ehrhoff et Simon Després (par voie de transaction) ont quitté. Et au camp d’entrainement, le jeune Derrick Pouliot, en qui on a fondé beaucoup trop d’espoir pour remplacer des vétérans établis, a lamentablement échoué.  Quand Letang et Maatta ont recommencé à avoir des ennuis avec la santé, un château de cartes déjà fragile s’est effondré.

Vous avez là une partie du mécanisme de la nouvelle LNH, où la parité ne fait pas de cadeaux. Chaque équipe ayant une lacune flagrante finira par se brûler, peu importe la puissance de ses meilleurs atouts. Mauvais gardien? Les joueurs auront beau livrer la marchandise, les efforts seront vains quand l’adversaire fera mouche sur des tirs de moins bonne qualité. Mauvais groupe d’attaquants? Il sera difficile d’appliquer une pression soutenue en territoire offensif, de créer des occasions et de saisir ces mêmes occasions.

Mauvaise défense? Les meilleurs avants ne bénéficieront pas assez de touche de rondelle pour s’exprimer et leur talent sera pratiquement réduit à néant. Puis, sortie de zone désorganisée rime avec danger dans ton territoire.

Rutherford a été naïf de croire qu’il existait un raccourci pour maquiller une énorme faiblesse de son club.

Pour revenir à Mike Johnston, il n’est pas parfait, loin de là, mais il demeure un entraineur intelligent. J’ai lu le livre sur les stratégies qu’il a écrit en collaboration avec Ryan Walter et je recommande cet ouvrage à tout bon geek de systèmes qui se respecte. Au final, il aura peut-être surestimé son impact en tant qu’entraineur en mettant un accent très fort sur la structure. Cette année, il a reconnu que sa défensive représentait une faiblesse et il a essoufflé la créativité de son groupe en imposant un système aussi simple que méthodique, alors que Sidney Crosby, Evgeni Malkin et tout ce beau monde doivent voler de leurs propres ailes. Pour cette même raison, il a fait subir un traitement injuste à Daniel Sprong, un joueur imaginatif aux tendances outside the box.

Le destin nous dira si Mike Sullivan pourra réparer les pots cassés. On sait qu’il misera sur un bon bras droit en Jacques Martin. Il ne faut pas oublier que ce dernier a réussi à faire beaucoup avec un rien lorsqu’il dirigeait le Canadien – une faible équipe sur papier, à l’époque – en séries éliminatoires.

Il comprendra assez vite que le hockey a changé durant la dernière décennie!

Les nouveaux trios du Canadien

Michel Therrien n’est pas à blâmer pour avoir changé ses trios. Il semble toutefois s’être rendu à l’évidence qu’il n’aurait pas dû séparer Pacioretty et Plekanec en premier lieu, avant d’en arriver là.

Montréal est une ville qui donne beaucoup d’amour aux joueurs offrant un bon spectacle, que ce soit par leur talent, leur ardeur ou leur robustesse. Vous voyez pourquoi Plekanec ne reçoit pas les fleurs qu’il mérite. Son style est sobre. Il n’est pas physique, mais plutôt cérébral. Il ne manoeuvre pas à travers un essaim de joueurs. Il n’a pas ce troisième oeil pour repérer un coéquipier laissé seul (bref, il n’est pas Markov…). Il se contente du bon choix de jeu.

Mais que doit-on évaluer? La fioriture ou les résultats? Les résultats indiquent qu’il excelle à 5 contre 5, en désavantage numérique et sur le jeu de puissance. Ils montrent également qu’il est le centre se chargeant des missions défensives et offensives les plus importantes, tout en menant le CH au chapitre des points, avec 26.

Que ses patrons de jeu vous plaisent ou non, il a aussi été le centre le plus utile aux côtés de Max Pacioretty. Le concept distributeur-tireur qui est mis de l’avant lorsqu’on jumèle Pacioretty et Desharnais est 1) logique, 2) parfois très efficace, 3) agréable à regarder, mais le centre Tchèque a d’autres atouts qui jouent en sa faveur. Il peut aider l’américain en s’y prenant par d’autres moyens.

En l’absence de Gallagher, Plekanec devra tout de même se montrer plus altruiste, en attirant des joueurs vers lui pour bricoler de l’espace à son ailier de puissance.

Pour en revenir aux nouvelles épices de Therrien, on a cette impression qu’il appliquera encore plus rigoureusement son mantra de rouler à quatre trios. Le talent est éparpillé un peu partout. Ce qui se trouve à être la dernière unité, par définition, aligne deux jeunes joueurs talentueux en Hudon et Andrighetto. Therrien sait qu’il pourra utiliser ses jeunes jambes si elles répondent à l’appel alors que d’autres joueurs s’endorment.

Le positionnement de Byron dans cet échiquier se veut en quelque sorte absurde, mais la réalité est qu’il a très, très bien joué dans un rôle offensif dernièrement. L’entraineur a beau jeu de profiter de cette confiance qui l’anime avant que les choses ne reviennent à la normale.

Daniel Carr occupe quant à lui le rôle ingrat de piochon à la droite de Desharnais et Fleischmann. Son ardeur dans les bagarres 50/50 pour la rondelle est impressionnante, sans oublier sa gâchette trompeuse et son flair à l’orée du filet. Il faut apprendre à les aimer, ces plombiers qui savent jouer au hockey.

L’essai le plus intrigant du lot est de jumeler Weise à Galchenyuk et Eller, une expérience qui peut autant surprendre que foirer allègrement. Le Gretzky néerlendais est ce qu’il est: un joueur de troisième trio aux tendances offensives. Il donne, à tout le moins, une option de passe à son joueur de centre, car il sait où se positionner pour marquer des buts et possède un bon lancer. Il est aussi un brillant fabricant de jeu à ses heures. Cela dit, il faut garder en tête que Weise fonctionne à coup d’éclairs de génie sporadiques et qu’il n’est pas toujours vaillant en défensive.

En rafale
– Tiens, tiens! Notre ami Jiri Sekac dans la ligue américaine!

Son agent est bizarrement enthousiaste!

– Les mauvaises langues. Il faut voir BEAUCOUP plus loin que Kessel pour expliquer le congédiement de Johnston…

https://twitter.com/Miseojeu/status/675742018400833536/photo/1

– Mike Blunden a été rappelé par le Lightning de Tampa Bay! LIEN

– Alexander Semin est un incompris selon Michael Pelino, un Ontarien de souche qui dirige le Metallurg de Magnitogorsk… C’est charrier un peu. Selon moi, Semin avait de réels problèmes d’attitude durant sa carrière. Il a tout de même travaillé fort à Montréal pour se relancer, mais il n’avait plus la vitesse. LIEN

– Bon à savoir. Rutherford prend une partie du blâme: LIEN

– Le boxeur Joachim Alcine prend sa retraite. LIEN

– Je ne le vois pas du tout comme ça. Andrighetto et Hudon ont une bonne chimie. Therrien s’ajustera s’il voit que leur contribution coiffe celle d’un autre trio.

– Le secret de Jean-Gabriel Pageau: LIEN

– Le plan de match de Dany Dubé.

– Misère…

– Steven Stamkos est-il meilleur au centre ou à l’aile? LIEN

– Andrew MacDonald est de retour dans la LAH. Quel contrat affreux!

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