Bettman a gagné depuis longtemps, mais le partisan aura-t-il aussi sa petite victoire?

Gary Bettman et quelques propriétaires mènent exactement le genre de guerre qu’ils rêvaient de mener aux joueurs depuis l’hiver dernier. Une guerre d’usure où ils auront le dernier mot.

On commence avec une offre ridicule qui mettra le feu au derrière des joueurs…

Après les avoir laissé poireauter tout l’été!

On les laisse poireauter un peu plus…

Et l’on commence ensuite à faire des concessions qui nous amènent au principe du 50-50 qui fera l’unanimité auprès du public.

Ensuite, on parsème des petits nananes au fil des semaines pour amortir le coup dans la tête des joueurs.

Puis, bang, on fait perdre la face aux joueurs après que Fehr ait dit en primetime qu’on était près d’une entente en dévoilant les points sur lesquels les proprios seraient inébranlables.

Du coup on gagne la guerre de l’opinion publique en faisant passer Fehr pour un idiot et les joueurs pour des bébés gâtés.

Les proprios veulent une entente de 10 ans et ils exigent que les contrats soient d’une durée maximale de 5 ans. De leur côté, les joueurs ont demandé une convention de 5-6 ans et des contrats d’une durée maximale de 8 ans.

Gary a « gagné », mais le partisan aura-t-il lui aussi sa petite victoire?
Source: cbc.ca


Une convention de 8 à 10 ans
Je crois que les proprios ont entièrement raison de vouloir une entente de 10 ans avec une possibilité de réévaluer le tout après la 8e année.

Donald Fehr n’a aucune légitimité lorsqu’il évoque des « raisons philosophiques et éthiques » pour défendre son refus d’accepter une si longue entente. Ses arguments me semblent très faibles.

Il dit qu’une telle entente empêcherait les joueurs de la future génération d’avoir la chance de négocier leurs conditions de travail et qu’on ne peut pas savoir à quoi ressemblera l’économie sur une si longue période.

Donald, Donald, Donald, malgré la crise économique qui sévit toujours aux États-Unis, la LNH n’a jamais fait autant d’argent. Le dollar canadien est performant et même s’il baissait un peu, les Canadiens vont continuer, dans une très large mesure, à remplir les coffres de la Ligue comme des poules pas de têtes.

Et, encore désolé Donald, mais où as-tu pris l’idée que les joueurs tiennent tant à avoir la chance de négocier fréquemment leurs conditions de travail? C’est Ron Hainsey qui t’as dit ça?

Si oui, il semble y en avoir quelques-uns qui ne sont pas d’accord avec Hainsey!

À ce que je sache, si la majorité des joueurs ont déjà de la difficulté à obtenir des contrats de plus de deux ans, ils ne doivent pas trop tripper à l’idée d’être constamment en négociations – aussi bien dire en lock-out automatique – et de perdre encore davantage de chèques de paye.

Ces gars-là sont des joueurs de hockey qui ne rêvent qu’à une chose, qui ne veulent qu’une chose et qui ne savent faire qu’une chose depuis qu’ils sont jeunes : jouer au hockey.

Et dans la LNH, ils gagnent en plus des millions pour le faire! Ils sont choyés et ils doivent pour la plupart être parfaitement comblés et s’estimer chanceux de gagner leur vie, par passion, en jouant!

Les joueurs ne sont même pas capables ou intéressés, dans 99% des cas, de négocier leurs propres contrats eux-mêmes. Je pense qu’on peut oublier leur « désir profond » de s’occuper d’une affaire compliquée et barbante comme une convention collective à tous les cinq ans!

Pas pour rien qu’ils sont pour la plupart éparpillés un peu partout sur le globe, les joueurs. Du genre « vous me le direz quand ça sera fini, les boys, on reviendra rendus là »…

D’autre part, avec un contrat de 10 ans ou de 8 ans minimum, le partisan serait lui aussi « gagnant » . Au moins, on ne le priverait pas de son plaisir hivernal avant un bout!

Du côté des proprios, on aurait un modèle stable qui aiderait à planifier la stratégie compétitive et commerciale sur plusieurs années.

Des contrats d’un peu plus de 5 ans?

Par contre, pour ce qui est des contrats de 5 ans maximum, bien que ce soit déjà un bon nombre d’années, je ne vois pas pourquoi les proprios ne pourraient pas se montrer un peu plus flexibles ici et se rapprocher du raisonnable 8 ans que demandent les joueurs.

Premièrement, les proprios n’ont tout simplement aucune crédibilité en faisant miroiter cela comme une position ferme. Leurs arguments me paraissent à leur tour fort douteux .

Ils ont passé l’été à distribuer des contrats allant de 13 ans à 6 ans! Les joueurs ont beau n’avoir que peu d’études pour la plupart, ils savent compter jusqu’à 13!

Les proprios devraient donc, en toute logique, accepter d’y aller avec des contrats d’une durée maximum d’au moins 6 ans, c’est ce qu’ils ont fait jusqu’au 14 septembre, qu’ils s’assument un peu!

Par ailleurs, si on peut croire que ce n’est peut-être pas tous les clubs qui peuvent se permettre d’octroyer des contrats de 8 ans, on peut tout de même penser que ces contrats ont l’avantage de donner un peu plus de marge de manœuvre sous le plafond salarial (5% d’écart maximum entre chaque saison) aux équipes.

Des contrats d’un peu plus de cinq ans sont également intéressants pour les partisans qui peuvent s’identifier un peu plus longtemps aux joueurs en place. Il ne faut jamais l’oublier, le partisan! Celui-ci est la base même de l’économie de la LNH et s’il s’attache aux joueurs il risque alors de consommer davantage de cossins rattachés à ceux-ci.

En tout cas, que l’on parle de 5, 6, 7 ou 8 ans, la parité entre les différentes formations pour la signature à long termes des meilleurs joueurs sera déjà nettement améliorée à comparer à la dernière convention collective.

Bref, je crois qu’on pourrait peut-être s’attendre à un peu de flexibilité de la part des proprios dans ce dossier et que des contrats maximum de 6 ou 7 ans ne sont pas impossibles, loin de là.

Les proprios ont déjà gagné sur toute la ligne de toute façon.

Le pouvoir du consommateur
Mais, au bout du compte, seuls des milliers de partisans conséquents pourraient faire regretter aux joueurs et aux propriétaires de les avoir fait languir aussi longtemps, jusqu’à l’écoeurement encore cette année après les avoir privés d’une saison entière il y a 7 ans. 

Soit ils auront perdu beaucoup de leur intérêt et se tourneront vers autre chose. Soit ils ne retourneront plus dans les amphithéâtres. Soit ils ne consommeront plus les produits de la LNH. Soit ils boycotteront massivement le premier match ou la première saison. Soit ils trouveront une foule d’autres moyens, dont le streaming, pour ne plus engraisser ces ultra-riches qui se pensent au-dessus de tout. Soit ils se commanderont des chandails fabriqués illégalement en Chine!

Ça va laisser des traces d’une manière ou d’une autre ce lock-out. Trop de monde disent qu’ils feront ceci ou cela pour ne rien faire au final. Le mouvement s’est assez bien répandu dans l’opinion publique aux 4 coins de l’Amérique. Même Mathias Brunet (le modéré) parle de boycott!

Si le cash rentre moins à la pelle dans les coffres de la LNH, que les amphithéâtre ne sont pas pleins à craquer et que les proprios sont forcés de réduire le prix des billets (et de la bière), le partisan aura eu sa petite victoire.

Une petite victoire douce et bien méritée.

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