Après un huitième de saison, crucifions au moins Semin pour les bonnes raisons

Il est tout à fait légitime de critiquer un attaquant ne revendiquant que trois points à ses dix derniers matchs, particulièrement si celui-ci évolue sur le deuxième trio et bénéficie de sa généreuse ration de temps en avantage numérique.

Même s’il n’est payé qu’un peu plus d’un million?

Oui, même s’il n’est payé qu’un peu plus d’un million. Un joueur est demandé de répondre aux attentes qui correspondent à sa position dans l’échiquier de l’équipe. Et il appert que celui qui a été adopté comme enfant terrible par les médias a sa niche au poste de deuxième ailier droit.

Sauf qu’il y a deux choses. On n’en est qu’au huitième de la saison.  Le parcours de notre mal-aimé au sein de sa nouvelle équipe n’en est qu’à ses balbutiements. Et puis, pour l’amour de Dieu, quand vient le temps de crucifier un joueur, crucifions-le au moins pour les bonnes raisons.

Hélas, dans une lancée victorieuse comme celle du Canadien, le cas de Semin est la seule miette de pain dont certains peuvent se gaver. On croirait entendre notre bon vieil ami s’esclaffer autour d’un feu, s’excusant avant d’avouer que la blague était trop facile à faire. Qu’il ne pouvait pas se l’en empêcher. Rire du jeu défensif de Semin, parce qu’il est un Russe et un joueur plutôt marginal, est la tendance de l’heure, la blague presque aveuglément approuvée en consensus général.

Mettons les choses au clair: si Semin éprouve des difficultés et connait des débuts silencieux, ce n’est pas en raison de son jeu sans la rondelle, et encore moins à cause d’un manque d’effort.  Pas plus tôt qu’hier soir, à Vancouver, le numéro 13 a effectué plusieurs interventions défensives judicieuses qui sont passées sous le radar ou qui ont été ignorées parce qu’elles ne respectaient pas le consensus préalablement établi. Ce même Semin, qu’on aime bien qualifier de paresseux, de sans-coeur, était le premier attaquant en repli pour couvrir les arrières de son compatriote Alexei Emelin, quand Derek Dorsett est venu porter la marque à 5 à 1. Mais les mauvaises langues ne se sont pas tues. Il était le joueur le plus près du disque quand le but a été inscrit, ce qui *faisait* de lui le joueur fautif. Une fois de plus, nos humoristes s’en sont donnés à coeur joie.

Le russe a toujours été astucieux avec son bâton durant sa carrière. 

Le repli sur le but de Derek Dorsett 

S’il y a un problème avec Semin (ne faisons pas l’autruche, il y en a plusieurs), il réside dans son jeu avec la rondelle. Ses revirements agaçants en zone neutre, son refus d’exploiter son lancer, sa lente exécution le rendant prévisible, ses tendances est-ouest trop altruistes et son manque d’opportunisme sont tous des facteurs expliquant fidèlement sa faible production.

Avec un peu de chance, il aurait pu engraisser sa fiche de deux ou trois buts et nous ne serions pas là à remettre en question ses performances. On l’a effectivement vu louper quelques chances de grade A et même des filets déserts, dans des situations où le gardien était compromis. A-t-on à s’inquiéter du manque de finition de Semin? Pour un joueur qui était jadis marqueur naturel, placer le caoutchouc dans le fond quand l’ouverture y est, c’est presque compter jusqu’à 10. La difficulté qui vient les embêter avec le vieillissement est la capacité de suivre la cadence et de jouir d’occasions de marquer. Dans cette optique, on peut au moins se réjouir du fait qu’il en a eues, qu’elles aient été bêtement ratées ou non.

Dommage que Jeff Petry ait fracassé son bâton sur la séquence, puisque ce fut un jeu bien pensé.

Mais vous savez ce qu’on dit. Avec des si et des « il aurait pu », on peut se rendre à Paris.

La dernière fois que Semin marquait des buts avec un élan ressemblant à celui de ses beaux jours, c’était en 2013-2014. Il en avait récolté 22 en seulement 65 joutes. Il réussissait alors 9 tirs cadrés et 20 lancers tentés par tranche de 60 minutes. Or, en ce début de saison, il n’a réussi que 7 tirs cadrés et 16 lancers tentés par heure jouée. Et si on s’intéresse à la distance de ses lancers, en 2013-2014 comme en 2015-2016, il les a effectués, en moyenne, approximativement à 35 pieds du filet, selon les données de LNH.com. Le problème ne semble pas venir du fait qu’il s’emprisonne dans la périphérie.

On remarque qu’en effet, Semin n’utilise pas assez son arme la plus redoutable, son lancer des poignets  ou son tir frappé. Mais on observe aussi qu’il prend un temps fou pour armer celui-ci, ce qui rend son action télégraphiée aux yeux du gardien. Ce sont deux détails qu’il peut corriger s’il développe, de concert avec Michel Therrien, une propension à tirer. Il doit retrouver le réflexe inné de poivrer les cerbères. Par dessus-tout, il doit prendre plaisir à tirer à partir de tous les endroits lorsqu’on lui concède ne serait-ce qu’un peu d’espace. Parce qu’heureusement, il mise encore aujourd’hui sur un des tirs les plus pesants du circuit. Il n’est visiblement plus ennuyé par cette vilaine blessure aux poignets qui a déboussolé ses patrons de jeu l’an dernier. À lui de reprendre le bon pli.

Rappelons-le: un huitième de saison. L’état des choses permet d’être patient, même si tout n’est pas parfait. Il faut également comprendre que le système de jeu très agressif prôné par Therrien se veut l’un des plus exigeants de la ligue, physiquement et mentalement. Son but ultime est d’imposer une cadence nord-sud effrénée, poussant l’adversaire à commettre des revirements et s’épuiser. C’est pourquoi les joueurs obtenus à la date limite par le CH l’an dernier ont composé avec une longue et pénible période d’adaptation et n’ont joué au sommet de leurs moyens qu’à l’aube du printemps. Combien de fois a-t-on vu Semin complètement exténué sur le banc, tentant tant bien que mal de reprendre son souffle? C’est preuve qu’il y met bel et bien l’effort sur la glace, mais il devra aussi mettre les bouchées doubles dans le gymnase (prendre exemple sur Markov), chose qu’il a peut-être négligée durant sa carrière. Ça expliquerait la dépréciation hâtive de son coup de patin.

Puisqu’on en parle, je serais intéressé de voir les résultats si on collait des moniteurs de fréquence cardiaque à la peau des joueurs. Certains ne sont ni rapides ni dynamiques, mais ils ne paressent pas pour autant. Semin s’est bel et bien bâti une réputation de nonchalant au fil du temps, mais il s’est au moins présenté à Montréal avec l’intention de travailler.

Il serait complètement stupide pour le Canadien de jeter l’éponge avec son ailier droit après seulement 10 matchs. Attendre le milieu de la saison représente le strict minimum pour en venir à une conclusion. En temps normal, la période de date limite sert de baromètre au directeur général, qui évalue toutes ses options. Seulement à ce moment, Marc Bergevin pourra dresser une analyse concluante et songer à du remplacement pour pimenter son top-6.

En attendant, il y aura toujours ces humoristes.

En rafale
– Des commentaires d’anciens joueurs à propos de la séquence du Canadien.

– Ce début de saison en est un particulièrement difficile pour les poolers! LIEN #Crosby #Getzlaf #Perry

– Rappelons que Nikita Scherbak serait légèrement blessé, à St. John’s.

Mark MacMillan vit son baptême de feu dans la LAH, ce soir. 

– Une entrevue avec Angela Price, en marge du retour de la série Hockey Wives. LIEN

– Voyez le but de l’année dans la MLS! LIEN

– Mauro Biello est un entraineur à l’écoute. La chronique de Pierre Durocher: LIEN

– Assurément Alexei Emelin! Et vous?

– Les Oilers ont beau miser sur McDavid, leur fiche n’est pas très glorieuse. LIEN

– Tj Brodie effectue un retour au jeu. Inutile de vous dire que c’est une excellente nouvelle pour les Flames…

– Sean Day n’est peut-être pas un joueur exceptionnel, il pourrait être un excellent choix à faire en fin de première ronde cet été. LIEN

– L’agent de Jean Pascal est déçu d’Adonis Stevenson. LIEN

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