À quoi doit-on s’attendre de Connor McDavid et Jack Eichel à leur saison recrue?

Wayne Gretzky n’a pas tort lorsqu’il évalue McDavid comme le meilleur espoir des 30 dernières années. Et si par là, il insinue que McDavid surpassera Crosby, je salue son audace et admets sans détour partager son opinion.

Il faut toutefois nuancer. De toute évidence, McDavid n’atteindra pas le plateau des 100 points comme l’a fait Sid The Kid à sa saison recrue. Non pas parce qu’il est un joueur inférieur, mais parce que les tendances offensives ont changé depuis 2006.

En 2005-2006 – année des premiers coups de patin de Crosby chez les professionnels –, une équipe marquait en moyenne 3.08 buts par match. Cette saison, une équipe a marqué en moyenne 2.7 buts par match. C’est un contraste énorme, une différence de 32 buts par équipe. Toujours en 2005-2006, une équipe enregistrait en moyenne 85 buts sur l’avantage numérique. En 2014-2015, le club moyen a enfilé 47 buts avec l’avantage d’un homme.

En 2005-2006, on comptait pas moins de 7 joueurs de 100 points et plus et 14 joueurs d’au moins 90 points. 5 joueurs ont marqué 50 buts et 11 joueurs ont enfilé au moins 40 réussites. Cette année : aucun joueur d’au moins 90 points, un marqueur de 50 buts et seulement trois joueurs avec un minimum de 40 réussites. Ma parole !

Personne n’échappe – ou n’échappera – à ce phénomène de modernisation du hockey qui inhibe l’offensive. Pas même McDavid. Pour projeter la saison recrue de la sensation ontarienne, il faut donc s’intéresser à la dernière campagne de Crosby, car elle tient compte des dernières tendances plus défensives de la LNH.

Qu’importe qui est le meilleur des deux, il demeure pertinent de comparer McDavid et Crosby. Premièrement, puisqu’on retrouve certaines ressemblances dans leurs styles de jeu et deuxièmement, puisqu’ils sont les deux joueurs ayant été affublés du statut de joueur exceptionnel à avoir fait le plus de dégâts dans les circuits juniors lors des 15 dernières années. Ils sont aussi deux Canadiens et deux centres tirant de la gauche. Pour ce qui est des différences, McDavid mesure deux pouces de plus, à 6’1, mais pèse 5 livres de moins selon Hockeydb. Crosby possède un meilleur tir alors que McDavid se veut un tantinet plus créatif.

Pour en venir à une projection réaliste et cohérente, on peut calculer la régression statistique d’un joueur comparable lorsqu’il a passé du circuit junior à la LNH et l’appliquer à une future recrue. En théorie, l’adaptation à la LNH est personnelle à chaque joueur, mais du point de vue des chiffres ça l’est beaucoup moins – à quelques écarts près – lorsqu’on compare deux joueurs exceptionnels avec un parcours similaire.

FORMULE PROJECTION #1
(POINTS/M JUNIOR) + (RÉGRESSION 1) = PTS PAR MATCH PROJETÉ
2.55 – 1.44 = 1.11 
(PTS PAR MATCH PROJETÉ)*(NB DE MATCHS)= NB DE PTS PROJETÉ 
1.11*81=90

Idem pour BUTS/MATCH et PASSES/MATCH

FORMULE PROJECTION #2 
(POINTS/M JUNIOR) + (RÉGRESSION 2) = NB PTS PROJETÉ 
2.55 – 1.61 = 0.94 
0.94*77= 72 

Pour effectuer la première projection, on applique à McDavid la régression statistique de Crosby durant la transition du junior à la LNH afin d’estimer sa production lors de son année recrue. Comme on a remarqué une baisse significative du nombre de buts dans la LNH depuis 2005-2006, on fait le même exercice cette fois en calculant la régression entre l’année d’admissibilité au repêchage de Crosby et sa saison 2014-2015, qui se veut au parfum des dernières tendances.

La 1re projection indique que McDavid produirait approximativement 28 buts, 60 passes et 90 points en 81 matchs à sa saison recrue, et ce, en tentant de relancer une équipe moribonde, tout comme Crosby avec les Penguins de 2005-2006.

La 2e projection indique que McDavid produirait approximativement 18 buts, 53 passes et 72 points en 77 matchs.

Biffons d’ores et déjà la 1re estimation. Le circuit Bettman tel qu’on le connaît ne verra pas une recrue inscrire 90 points avant un bail. La 2e projection, elle, se veut plus plausible. Il n’est pas tordu de prédire 0.94 point par match à McDavid sachant que Mark Stone et Johnny Gaudreau ont maintenu un rythme de 0.8 PPM à leur saison recrue. La marge d’erreur réside toutefois dans le fait qu’on tienne pour acquis que Crosby est resté sensiblement le même joueur qu’à sa première année malgré une baisse de production expliquée par les changements de tendances.

On ne sait trop qui flanquera McDavid à Edmonton. Craig MacTavish a fait savoir qu’il voulait garder intact le noyau de l’équipe, mais les choses pourraient vite changer avec l’embauche de Peter Chiarelli au poste de président des opérations hockey ET de directeur général (va-t-il dormir, bon sang?).

Il reste aussi à savoir si Todd Nelson – ou un autre entraineur-chef? – voudra mettre tous ses oeufs dans le même panier en réunissant Hall, McDavid et Eberle, ou bien équilibrer ses trios en plaçant Yakupov à la droite du prodige. Malgré une saison en demi-teinte, Yakupov est l’attaquant des Oilers qui a généré le plus de chances de marquer individuelles et le génie de McDavid pourrait lui permettre de les convertir à plus grande efficacité. Ça implique toutefois séparer le Russe de Derek Roy, un des rares à comprendre ses patrons de jeu. Cela dit, il s’agit plutôt d’identifier qui bénéficierait le plus de la présence de McDavid et non le contraire. À son meilleur, la production de Crosby n’est que très peu affectée par ses compagnons de trio. Le plan est davantage de maximiser son effet bonifiant.

Les excuses que l’on utilise légitimement pour expliquer le manque de production d’un joueur « normal » (Mises en jeu défensives, peu de temps de glace, qualité des coéquipiers, peu de temps sur l’avantage numérique, confrontations défavorables, etc.) ne s’appliquent tout simplement pas aux joueurs exceptionnels.

 

 

JACK EICHEL

Même si tous s’entendent pour dire que McDavid lui est supérieur, Eichel n’en est pas moins un futur joueur d’élite et il aurait sans doute été le meilleur espoir des cinq précédentes cuvées – ou il en donnerait pour son argent à MacKinnon, à tout le moins. Son rythme de production en tant que Freshman dans la NCAA éclipse celui de Vanek, Toews, et Parise… à leur deuxième campagne collégiale. Sans compter que Eichel évolue dans ce qui est considéré par plusieurs comme la division la plus relevé du circuit américain: la Hockey-East, qui regroupe les trois puissances Boston College, Boston University et Providence.

Le pourcentage des points que revendique un joueur au sein de son équipe est une donnée intéressante puisqu’elle est représentative de son utilité, montre s’il est bien entouré et prouve à quel point l’équipe compte sur lui.

Le plus effrayant dans tout ça, c’est que la saison de Eichel aurait pu être encore… meilleure. Limité au départ à jouer avec des attaquants ordinaires, il n’a enclenché la deuxième vitesse qu’en seconde moitié de saison quand on l’a jumelé à un ailier plus habile en Evan Rodrigues.  L’entraineur de Boston University admettra plus tard de son propre aveu qu’il aurait dû procéder à ce changement plus tôt.

À ce stade, il est impossible d’établir une projection de la saison recrue d’Eichel en le comparant à un autre joueur. Lui et Paul Kariya sont les seuls à avoir raflé le Hobey Baker  –  remis au joueur le plus utile du circuit collégial – à leur première année universitaire. Aucun espoir de la NCAA n’a été aussi dominant au cours des deux dernières décennies. On ne peut donc présumer que sa production suivra la même tangente qu’un Jonathan Toews ou un Phil Kessel. Ce qu’on sait du moins, c’est qu’Eichel est spécial et dans une classe à part.

Les espoirs en provenance du circuit collégial s’adaptent habituellement plus rapidement aux rigueurs de la LNH que les jeunes faisant directement le saut du circuit junior au circuit Bettman. En partie parce qu’ils sont opposés plus tôt à des joueurs dans la mi-vingtaine – un joueur de la NCAA peut avoir plus de 24 ans pourvu qu’il reste dans sa fenêtre d’admissibilité. Puis, Eichel est plus vieux que McDavid d’exactement 238 jours et se veut un tantinet plus costaud.  Il tire aussi de la droite, ce qui ne plait pas à certains gardiens. Son jeu dans les deux sens est tenu en haute estime alors qu’il fut l’un joueurs les plus utilisés de son équipe en désavantage numérique. Dans de telles circonstances, il n’est pas impossible que l’Américain connaisse une meilleure saison recrue que McDavid, mais tout indique que ce dernier sera plus prolifique à long terme. Comprenez-moi, « pas impossible » ne veut pas dire « fort probable » ou « plus probable que l’inverse ».

À 16 ans, il semblait déjà mature physiquement… Contrairement à Sam Bennett, qui peinait à faire un pull-up (mais qui connait de bonnes séries)! #Hehe 

Le natif de Noerth Chlemsford est le prototype parfait du hockeyeur vedette américain. Ses muscles du bas du corps sont finement développés, ce qui fait de lui une présence coriace le long des rampes et un as en récupération de rondelle. Il adore prendre des tirs et patiente s’il ne repère pas d’ouvertures au premier coup d’oeil. Eichel veut être l’homme à tout faire et il influence sur la cadence du jeu comme bon lui semble. L’homme au chandail #9 est donc très souvent en possession de la rondelle. Il est le cerveau de son équipe, ce qui peut mener à la perte de celle-ci quand il n’est pas son élément et le forcer à vouloir trop en faire.

Selon les effectifs actuels, Eichel devrait piloter le 1er trio des Sabres l’an prochain avec Evander Kane à gauche et Tyler Ennis patrouillant l’aile droite. Ennis est un centre naturel tirant de la gauche, mais il a souvent été utilisé à la droite durant la 2e moitié de saison et il y a paru passablement à l’aise. Kane lance à profusion et se salit le nez dans les zones dangereuses, Ennis crée de l’espace avec sa vitesse et son maniement de rondelle et réalise bien les entrées de zone, alors que Eichel peut battre son couvreur avec ses méninges et élever le niveau de jeu de ses coéquipiers en s’aidant de son QI hockey.  Voilà un trio qui non seulement, pourrait menacer offensivement, mais aussi disputer de grosses minutes face à la compétition la plus féroce. La présence de Ennis au sein de ce trio est moins certaine, mais les Sabres voudront assurément tabler sur un duo Kane-Eichel comme pierre angulaire de l’attaque. C’est avec cette ferme intention que Tim Murray a accepté de se départir de l’excellent Tyler Myers pour obtenir le costaud ailier gauche. Par ailleurs, gardons à l’oeil la plus récente signature des Sabres Evan Rodrigues, le coéquipier de Eichel à Boston University. Rodrigues, un attaquant de 21 ans non repêché, pourra se faire valoir au prochain camp d’entrainement et qui sait, obtenir son billet dans la LNH à la droite de son acolyte.

Des bruits de coulisses indiquent que Jack Eichel pourrait décider de disputer une saison de plus dans les rangs universitaires avant de faire le grand saut. Le scénario paraît toutefois invraisemblable. Parions qu’il brûle d’envie d’amorcer sa carrière professionnelle une fois pour toutes.

À quoi s’attendre de Jack Eichel à sa saison recrue? Difficile à dire. Une campagne de 65-70  points est une estimation somme toute sécuritaire…. Peut-être même trop.

En rafale 
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C’est donc peut-être le CEO qui va partir…

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En embauchant McLellan, les Oilers feraient un sapré virage à 180 degrés… #McDavid #Chiarelli

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